Puisque nous sommes coincés au Sikkim, allons-y pour un autre trekking. Un vrai cette fois-ci.
Demain, nous partons pour neuf jours dans l'ouest de l'État. Pas de jeep. Seulement un guide, un cuisinier, un porteur, deux yacks, une tente et des sleepings bags. Nous atteindrons une altitude de 6000 mètres (le mont Everest en fait 8000 je pense) et nous devrons consommer pas loin de 5000 calories par jour pour évoluer dans ces conditions. Tout ça nous coûte une petite fortune, mais tant qu'à être pognés ici, aussi bien s'offrir l'expérience d'une vie. Ce soir, nous devrons faire nos adieux à nos compagnons des derniers jours, mais toute bonne chose a une fin. Les deux Finlandais me manqueront particulièrement.
Je fêterai donc mon 28ème anniversaire complètement coupé du monde. Par contre, quand nous serons de retour à Gangtok, il s'agira de ne plus perdre de temps et de foncer directement vers Varanasi.
Je pense que je vais aller prendre une douche.
De retour vers le 10 mars.
-
Jean, je sais que tu lisais mes aventures avec intérêt. Profite bien de tes derniers jours en ce monde entouré des gens que tu aimes. Je te souhaite un bon voyage mon ami. On se retrouve un jour.
Thursday, February 28, 2008
Wednesday, February 27, 2008
Lachen - Mangan
De retour du trekking, nous apprenons une nouvelle inattendue. La route qui conduit de Gangtok à Siliguri (seule option pour sortir du Sikkim) est maintenant fermée indéfiniment pour cause de grève, une fois de plus. Nous sommes coincés ici pour je ne sais combien de temps. Personnellement, ça me va. Mais je pense à quelques-uns de nos coéquipiers qui n'ont que deux ou trois semaines de vacances ici et qui avaient prévu voir autre chose : c'est pas mal plus problématique pour eux. Quoiqu'il en soit, deux autobus qui ont essayé de sortir ont été attaqués et incendiés hier, donc je crois que l'on va s'abstenir pour l'instant. Si la situation perdure, la dernière option restera l'hélicoptère, dont le prix est étonamment raisonnable (environ 35$ par personne pour regagner Siliguri). Tout ce que je sais, c'est que je dois être à Delhi vers le 25 mars pour rejoindre une amie. Ça laisse amplement le temps.
Bon, le trekking. Nous avions choisi le parcours nord, non loin de la frontière tibétaine, en passant par les villages de Lachen et de Mangan, à six heures de route de Gangtok et à environ 3000 mètres d'altitude. Les conditions météo ont fait en sorte que nous n'avons pas pu monter aussi au nord que l'on voulait, mais ce fut tout de même une très belle expérience ; remplie de neige, de glace et de froids assez extrêmes. En fait, c'était davantage une ballade qu'un trekking : nous dormions dans des hôtels et faisions de grands bouts en jeep. Les sept randonneurs que nous étions n'étaient pas dans la même condition physique et pour une première expérience c'était un bon compromis. Dans les villages, nous avons pu goûter à l'hospitalité tibétaine. J'ai cru comprendre que toutes les maisons peuvent faire office de restaurant ou d'endroit pour prendre un thé. Nous avons parfois été invités à rentrer pour boire un petit quelque chose et discuter, absolument gratuitement et sans attente de quelque chose en retour. À Lachen, deux individus (qui ne se sont pas consultés) m'ont dit que je ressemblais à un Népalais, et l'un deux m'a même rebaptisé Rohit. Après avoir déjà passé pour un Mexicain, un Irakien et un Amérindien, me voici maintenant Népalais. Excellent !
Une fois sortis des villages, les seules formes de vie que nous croisions étaient les militaires, qui sont absolument partout dans le Sikkim. Il faut comprendre que la Chine revendique ce territoire depuis fort longtemps, de là la présence de jeeps verts et de bases militaires à tous les kilomètres ou presque. À Gangtok, New Delhi investit de grosses sommes pour embellir la ville (la rue principale est en pleine rénovation), histoire de mieux concrétiser son emprise sur la ville et la région. On y envoie même des Indiens du sud pour doucement coloniser le territoire. Pas mal la même stratégie que la Chine applique au Tibet. Quoiqu'il en soit, les routes ne sont pas conçues pour que deux véhicules se croisent durant la période hivernale. Quand un jeep militaire se pointait à l'horizon, il fallait soit se tasser sur le côté (quand c'était possible) ou soit reculer, parfois pendant cinq minutes, jusqu'à ce qu'on trouve une petite aire pour se tasser et le laisser passer. Souvent, ça ressemblait à un pas par en avant et dix par en arrière. Les conditions routières étaient parfois si extrêmes que j'ai cru qu'on y passerait plus d'une fois. Il faut voir ces routes sans garde-fou ou un coup de volant de trop risquerait de nous faire tomber plusieurs centaines de mètres plus bas. Ajoutez à ça un peu de glace et nous avons droit à tout un cocktail.
Ensuite, visite de quelques monastères. Quel contraste avec les temples hindous : ici, nous nous sentons vraiment les bienvenus. Non seulement les prêtres ne sont pas des escrocs qui tentent de nous soutirer le maximum de roupies, mais nous sommes nourris gratuitement et je suis sûr que nous aurions été logés si tel avait été notre désir. Tout nous est expliqué avec patience et précision, avec une réelle volonté de nous en apprendre le plus possible sur leur philosophie et leur mode de vie. Vraiment, ces moines boudhistes sont à la hauteur de leur réputation.
Dans les villes et villages du Sikkim, l'alcool fait malheureusement des ravages. Il y a le fait que ça ne coûte presque rien (3$ pour 750 ml de rhum), mais surtout l'illusion que ça peut combattre le froid et l'isolement. À Gangtok et dans les villages dans lesquels nous avons logé, il est strictement interdit pour les étrangers de sortir de leurs hôtels après 20h ou 21h, tant tout le monde est saoul et que les choses peuvent devenir incontrôlables. Mais c'est correct, il n'y a pas tant à faire le soir quand tout est fermé, nous nous rassemblons donc tous pour jouer aux cartes, boire un p'tit coup (pour se réchauffer) et discuter. Concernant l'alcool, il est arrivé un épisode malheureux dans un village dont j'igonre le nom et ou nous avons fait une halte pour dîner. Moi, Jo et Pat (la filière nord-américaine) avions une heure d'avance sur le reste du groupe (la filière européenne). Je suis plus en forme que je pensais ! Nous sommes invités dans une maison à manger un bol de soupe et boire un verre d'alcool chaud. Bah, pourquoi pas. Sur place, un militaire sikh du Punjab nous explique qu'il est ici pour une période de deux ans. Il est midi et il est déjà saoul pas mal. Jusque là ça va, tout est correct. Il est sympathique mais énormément redondant ; c'est parfois même difficile de ne pas lui rire dans la figure. "Indian army, indian army". "Friends. Canada. My brother in London". Et répétez le tout une cinquantaine de fois. Puis, les autres nous rejoignent. Lorsque c'est le temps de quitter, il s'approche d'Eeva, la seule fille du groupe, et sans avertissement, il se met à lui pogner les seins. Tout le monde a réagi, dont le courageux propriétaire de la maison qui a infligé une pas pire râclé à notre militaire mal élevé. Notre sikh doit encore regretter son geste deux jours plus tard. Je dis courageux parce que sacrer une volée à un militaire saoul, ça me semble un pari risqué. Il peut aussi bien retourner à sa base (juste à côté) et revenir régler la question à coup de AK-47, qui sait. Nous ne saurons jamais la suite de l'histoire. C'était la première fois que je voyais un chignon de sikh lorsque son chapeau à revolé suite à la première taloche. Tiens, n'ont-ils pas comme principe sacré de ne pas fumer ni de boire d'alcool? Peu importe, notre gentille Finlandaise n'en a pas fait un plat et en parle en riant aujourd'hui. Notre guide nous a expliqué que ce genre d'incident arrive malheureusement trop souvent. Ces militaires sont isolés, ne voient jamais de femmes, sombrent dans l'alcool et le désespoir. Ça n'excuse toutefois aucunement son geste, mais ce sont des choses qui arrivent. Il y a aussi le fait que les femmes indiennes ne regardent jamais les hommes dans les yeux, ne leur adressent jamais la parole, donc une femme blanche qui se montre le moindrement sympathique à leur égard suffit bien souvent à déclencher l'étincelle qui résultera en ce genre de geste.
Sinon, pas eu si froid que ça malgré les chambres non chauffées et les températures entre -5 et -10. Le secret n'est pas de se limiter à un manteau chaud, mais de superposer le maximum de couches possible. C'est l'air emprisonné entre les épaisseurs qui sert d'isolant et qui s'avère plus efficace que n'importe quel Kanuk.
Pour les prochains jours, aucune idée. Nous restons à Gangtok un jour ou deux pour se reposer un peu les jambes et penser à la suite des choses. Peut-être un autre trekking (un vrai de vrai cette fois-ci, dans une tente et tout). Sinon, ce sera l'hélico jusqu'à Siliguri puis la vallée du Gange. Mais rien ne presse.
Bon, le trekking. Nous avions choisi le parcours nord, non loin de la frontière tibétaine, en passant par les villages de Lachen et de Mangan, à six heures de route de Gangtok et à environ 3000 mètres d'altitude. Les conditions météo ont fait en sorte que nous n'avons pas pu monter aussi au nord que l'on voulait, mais ce fut tout de même une très belle expérience ; remplie de neige, de glace et de froids assez extrêmes. En fait, c'était davantage une ballade qu'un trekking : nous dormions dans des hôtels et faisions de grands bouts en jeep. Les sept randonneurs que nous étions n'étaient pas dans la même condition physique et pour une première expérience c'était un bon compromis. Dans les villages, nous avons pu goûter à l'hospitalité tibétaine. J'ai cru comprendre que toutes les maisons peuvent faire office de restaurant ou d'endroit pour prendre un thé. Nous avons parfois été invités à rentrer pour boire un petit quelque chose et discuter, absolument gratuitement et sans attente de quelque chose en retour. À Lachen, deux individus (qui ne se sont pas consultés) m'ont dit que je ressemblais à un Népalais, et l'un deux m'a même rebaptisé Rohit. Après avoir déjà passé pour un Mexicain, un Irakien et un Amérindien, me voici maintenant Népalais. Excellent !
Une fois sortis des villages, les seules formes de vie que nous croisions étaient les militaires, qui sont absolument partout dans le Sikkim. Il faut comprendre que la Chine revendique ce territoire depuis fort longtemps, de là la présence de jeeps verts et de bases militaires à tous les kilomètres ou presque. À Gangtok, New Delhi investit de grosses sommes pour embellir la ville (la rue principale est en pleine rénovation), histoire de mieux concrétiser son emprise sur la ville et la région. On y envoie même des Indiens du sud pour doucement coloniser le territoire. Pas mal la même stratégie que la Chine applique au Tibet. Quoiqu'il en soit, les routes ne sont pas conçues pour que deux véhicules se croisent durant la période hivernale. Quand un jeep militaire se pointait à l'horizon, il fallait soit se tasser sur le côté (quand c'était possible) ou soit reculer, parfois pendant cinq minutes, jusqu'à ce qu'on trouve une petite aire pour se tasser et le laisser passer. Souvent, ça ressemblait à un pas par en avant et dix par en arrière. Les conditions routières étaient parfois si extrêmes que j'ai cru qu'on y passerait plus d'une fois. Il faut voir ces routes sans garde-fou ou un coup de volant de trop risquerait de nous faire tomber plusieurs centaines de mètres plus bas. Ajoutez à ça un peu de glace et nous avons droit à tout un cocktail.
Ensuite, visite de quelques monastères. Quel contraste avec les temples hindous : ici, nous nous sentons vraiment les bienvenus. Non seulement les prêtres ne sont pas des escrocs qui tentent de nous soutirer le maximum de roupies, mais nous sommes nourris gratuitement et je suis sûr que nous aurions été logés si tel avait été notre désir. Tout nous est expliqué avec patience et précision, avec une réelle volonté de nous en apprendre le plus possible sur leur philosophie et leur mode de vie. Vraiment, ces moines boudhistes sont à la hauteur de leur réputation.
Dans les villes et villages du Sikkim, l'alcool fait malheureusement des ravages. Il y a le fait que ça ne coûte presque rien (3$ pour 750 ml de rhum), mais surtout l'illusion que ça peut combattre le froid et l'isolement. À Gangtok et dans les villages dans lesquels nous avons logé, il est strictement interdit pour les étrangers de sortir de leurs hôtels après 20h ou 21h, tant tout le monde est saoul et que les choses peuvent devenir incontrôlables. Mais c'est correct, il n'y a pas tant à faire le soir quand tout est fermé, nous nous rassemblons donc tous pour jouer aux cartes, boire un p'tit coup (pour se réchauffer) et discuter. Concernant l'alcool, il est arrivé un épisode malheureux dans un village dont j'igonre le nom et ou nous avons fait une halte pour dîner. Moi, Jo et Pat (la filière nord-américaine) avions une heure d'avance sur le reste du groupe (la filière européenne). Je suis plus en forme que je pensais ! Nous sommes invités dans une maison à manger un bol de soupe et boire un verre d'alcool chaud. Bah, pourquoi pas. Sur place, un militaire sikh du Punjab nous explique qu'il est ici pour une période de deux ans. Il est midi et il est déjà saoul pas mal. Jusque là ça va, tout est correct. Il est sympathique mais énormément redondant ; c'est parfois même difficile de ne pas lui rire dans la figure. "Indian army, indian army". "Friends. Canada. My brother in London". Et répétez le tout une cinquantaine de fois. Puis, les autres nous rejoignent. Lorsque c'est le temps de quitter, il s'approche d'Eeva, la seule fille du groupe, et sans avertissement, il se met à lui pogner les seins. Tout le monde a réagi, dont le courageux propriétaire de la maison qui a infligé une pas pire râclé à notre militaire mal élevé. Notre sikh doit encore regretter son geste deux jours plus tard. Je dis courageux parce que sacrer une volée à un militaire saoul, ça me semble un pari risqué. Il peut aussi bien retourner à sa base (juste à côté) et revenir régler la question à coup de AK-47, qui sait. Nous ne saurons jamais la suite de l'histoire. C'était la première fois que je voyais un chignon de sikh lorsque son chapeau à revolé suite à la première taloche. Tiens, n'ont-ils pas comme principe sacré de ne pas fumer ni de boire d'alcool? Peu importe, notre gentille Finlandaise n'en a pas fait un plat et en parle en riant aujourd'hui. Notre guide nous a expliqué que ce genre d'incident arrive malheureusement trop souvent. Ces militaires sont isolés, ne voient jamais de femmes, sombrent dans l'alcool et le désespoir. Ça n'excuse toutefois aucunement son geste, mais ce sont des choses qui arrivent. Il y a aussi le fait que les femmes indiennes ne regardent jamais les hommes dans les yeux, ne leur adressent jamais la parole, donc une femme blanche qui se montre le moindrement sympathique à leur égard suffit bien souvent à déclencher l'étincelle qui résultera en ce genre de geste.
Sinon, pas eu si froid que ça malgré les chambres non chauffées et les températures entre -5 et -10. Le secret n'est pas de se limiter à un manteau chaud, mais de superposer le maximum de couches possible. C'est l'air emprisonné entre les épaisseurs qui sert d'isolant et qui s'avère plus efficace que n'importe quel Kanuk.
Pour les prochains jours, aucune idée. Nous restons à Gangtok un jour ou deux pour se reposer un peu les jambes et penser à la suite des choses. Peut-être un autre trekking (un vrai de vrai cette fois-ci, dans une tente et tout). Sinon, ce sera l'hélico jusqu'à Siliguri puis la vallée du Gange. Mais rien ne presse.
Saturday, February 23, 2008
Eunuques
Puisque j'ai un peu de temps devant moi, un petit mot sur les eunuques, ces mystérieux travellos que nous croisons un peu partout dans le pays, et dont j'avais fait mention précédemment. J'en ai appris pas mal sur eux en lisant et en discutant avec quelques Indiens. Il s'agit d'hommes qui ont été privés de leurs attributs masculins dès leur tout jeune âge, pour mener une vie condamnée à l'errance et à la mendicité. Ils peuvent faire irruption à n'importe quel moment, que ce soit dans les mariages ou dans les transports en commun. Ils inspirent une certaine crainte chez les Indiens, puisque leur présence apporterait la malchance et si vous avez le malheur de ne rien leur donner, ils peuvent aller jusqu'à vous montrer leurs organes mutilés. Je ne les ai côtoyés que dans les trains, et à chaque fois le scénario est le même : on entend frapper des mains à deux ou trois reprises du fond du wagon. Les gens se dressent et le malaise envahit l'endroit. Tout le monde donne, et ceux qui ne le font pas finissent par le faire, puisqu'ils/elles restent devant vous en vous chantant une chanson, en vous jouant dans les cheveux, en vous mettant bien à l'aise finalement. Personnellement, j'achète la paix depuis ma première rencontre avec eux en leur donnant 10 Rps, et j'ai droit à un gentil toucher de front. Sweeeeet ! Personnages à la fois repoussants et fascinants ...
Rumtek
Vu que notre trekking n'a lieu que demain, il fallait bien s'occuper aujourd'hui. Moi, Jo, Pat (l'Américain) et Ralf (l'Allemand) avons décidé d'aller visiter un monastère dans la petite ville de Rumtek, située à 32 kilomètres de Gangtok. Une fois sur place, catastrophe ! Deux militaires nous informent que nous devons présenter nos permis du Sikkim pour avoir accès au monastère. Les deux autres boys ont leurs papiers avec eux, pas de problème. Mais moi et Jo, tels deux grands génies, avons tout bonnement laissé nos papiers à l'hôtel. Si ils exigent un permis pour circuler dans l'État, ils ne s'attendent probablement pas à ce qu'on le laisse moisir dans notre chambre. Pendant que les Saxons montent vers le monastère, il faudra donc trouver quelque chose à faire, alors nous sommes allés nous ballader dans les environs, encore une fois dans des paysages difficilement descriptibles ; essentiellement de la verdure et des sommets brumeux à perte de vue. L'air le plus pur que je n'aie jamais respiré (même si je n'ai encore rien vui). La sensation d'être à peu près partout au monde sauf en Inde prend vraiment le dessus. Et comble de chance, Pat et Ralf reviennent plutôt déçus de leur visite en nous disant que nous n'avons absolument rien manqué. Ouf ! De toute façon, ce ne sont pas les monastères et autres hauts lieux de la culture bouddhiste qui vont manquer au cours des prochains jours.
Finalement, nous partirons en trekking la gang des sept qui occupons la chambre. Je suis bien content puisque la dynamique du groupe est vraiment très bonne. Je viens de payer un fort prix pour me procurer un bon manteau (essentiel en montagne, surtout la nuit ... dans l'hôtel !) mais ça valait la peine, puisque mon manteau resté à Montréal s'est fait voler (!) quelques jours après mon départ.
Pendant ce temps, Darjeeling est toujours fermée à clé. En espérant que le tout se règle durant notre expédition, sinon nous risquons de ne jamais voir cette cité mythique. Il faudra dans ce cas aller directement vers Bodghaya, Varanasi et la Vallée du Gange (retour dans la "vraie" Inde !)
On verra bien ...
Finalement, nous partirons en trekking la gang des sept qui occupons la chambre. Je suis bien content puisque la dynamique du groupe est vraiment très bonne. Je viens de payer un fort prix pour me procurer un bon manteau (essentiel en montagne, surtout la nuit ... dans l'hôtel !) mais ça valait la peine, puisque mon manteau resté à Montréal s'est fait voler (!) quelques jours après mon départ.
Pendant ce temps, Darjeeling est toujours fermée à clé. En espérant que le tout se règle durant notre expédition, sinon nous risquons de ne jamais voir cette cité mythique. Il faudra dans ce cas aller directement vers Bodghaya, Varanasi et la Vallée du Gange (retour dans la "vraie" Inde !)
On verra bien ...
Friday, February 22, 2008
Gangtok
Il s'en est passé des choses depuis le soir ou nous avons quitté Calcutta; soirée mémorable si elle en fut une. Nous avions environ deux heures à tuer avant le départ de notre train à la gare de Sealdah, nous avons donc posé nos sacs et nous sommes assis à l'extérieur de la gare. Sealdah est tristement célèbre pour le nombre faramineux d'enfants orphelins qui y traînent, ayant pour seul espoir les maigres païsas que les passants voudront bien leur donner. Ça n'a évidemment pas été bien long avant que deux d'entre eux nous approchent pour nous solliciter. Deux petits bouttes au regards espiègle et au sourire moqueur. Ils tournent autour de nous tels des vautours, et l'assaut est donné : ils nous sautent dessus pour nous chatouiller. Eh ben ! Ne laissant jamais porter atteinte à mon intégrité physique, je ne pouvais pas ne pas répliquer. En deux minutes, nous avions de nouveaux p'tits amis, qui furent rapidement rejoints par leurs ''collègues''. Au menu : leçon d'hindi en échange d'une leçon de français, tir au poignet et chamaillage. Durant un instant, ils sont redevenus des enfants (et nous aussi). Les deux drôles d'étrangers que nous sommes ont tôt fait de provoquer un petit rassemblement autour de l'événement. Nous voilà donc entourés d'à peu près tout ce qui traîne dans la gare de Sealdah, tout le monde le grand sourire aux lèvres (particulièrement nous) à savourer ce petit moment. Lorsque je me décide à sortir mon appareil photo, mon statut de vedette est définitivement concrétisé. Tout le monde veut se faire prendre pour se voir ensuite. Ça les amuse comme des petits fous, adultes comme enfants. Bon, c'est pas tout, nous avons un train à prendre à 22h. Nos deux petits amis du début nous accompagnent jusqu'au quai sans jamais nous demander de l'argent une seule fois. "Reviendrez-vous à Calcutta?" "Non, mais prends soin de toi, yaar !"
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Il n'y a aucun train qui fait la liaison directe avec Darjeeling. Nous devons passer par la ville de Siliguri, pour ensuite prendre le fameux "Toy train" qui mène à la ville en environ 8h. Une fois à Siliguri, nous apprenons qu'une grève frappe la ville de Darjeeling est que rien ne s'y rend : ni train, ni bus, ni taxi. Et même si on réussissait à s'y rendre, ce serait peine perdue puisqu'absolument tout est fermé, dont les hôtels et les restos. Bon. On fait quoi ? Nous rencontrons un couple de Finlandais dans la même situation et on se dit que la meilleure solution est de rester à Siliguri 24 ou 48 heures (même s'il n'y a strictement rien à y faire), le temps que les choses se placent à Darjeeling. On se prend une grande chambre quadruple et nos principales activités consistent à boire un petit verre et jouer aux cartes (ils sont fait solides ces Finlandais !) ... Après 24 heures, nous tombons d'accord sur un changement de cap, et nous décidons de filer dans le Sikkim, province coincée entre le Népal, le Bhoutan et le Tibet; le tout bordé par l'Himalaya. Le problème, c'est que nous apprenons qu'une grève frappe également Gangtok (la capitale) et que là non plus, aucun moyen de s'y rendre. Comble de chance, c'est la première grève du genre à frapper la région en 23 ans. Nous sommes littéralement pognés ici. Une autre petite nuit à Siliguri en espérant que tout sera correct le lendemain. Et ce sera le cas. Ouf!
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Le moyen le plus efficace de joindre Siliguri à Gangtok est par les jeeps collectifs, qui peuvent prendre huit passagers. En rôdant près du terminal de taxis, ce n'est pas très long que nous trouvons des coéquipiers pour boucler notre line-up : un Américain, un Allemand et un Anglais. Nous avons tous nos documents et photos en main pour faire faire notre permis à la frontière (puisque ça en prend un pour entrer au Sikkim) et c'est parti ! Quatre heures de trajet ou nous montons tranquillement pendant 2000 mètres, dans des paysages à couper le souffle, ou les seules formes de vie sont les singes qui regardent tranquillement passer les jeeps. Rendus en ville, c'est carrément un autre monde. En observant les faciès des gens, on se croirait davantage en Chine qu'en Inde. La gastronomie s'en ressent egalement : hier j'ai pu savourer des momos tibetains, un joyeux hybride entre les dim sum chinois et les piroguis polonais. Il fait pas loin de zéro degrés Celsius, et c'est très pénible puisqu'absolument aucun bâtiment n'est chauffé. Incroyable mais vrai, le premier hôtel que nous regardons nous propose une chambre à sept lits en plein coeur de la ville à un prix totalement ridicule. Et c'est reparti pour l'auberge espagnole avec la gang du jeep ! La ville est magnifique, construite sur différents palliers reliés les uns aux autres par des escaliers. Sur la terrasse de l'hôtel, nous apercevons au loin les sommets éternellement enneigés de l'Himalaya. C'est la première fois de ma vie que je grimpe à une telle hauteur et je vais avouer que les premières heures n'ont pas été faciles : épuisement, déshydratation et absence d'appétit. Mais là tout est réglé et après-demain, nous partons en trekking dans l'Himalaya durant quatre ou cinq jours, avec Pat l'Américain et possiblement d'autres.
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J'écris un petit peu moins qu'au début ! Pas que je sois nécessairement moins motivé; c'est surtout le fait que les petits détails qui m'émervaillaient au début et que je m'empressais de raconter font maintenant parti de mon quotidien. Je vous entends protester. Ne vous en faites pas, je vais continuer à donner des nouvelles régulièrement, mais sans doute avec un peu moins de ponctualité.
À bientôt !
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Il n'y a aucun train qui fait la liaison directe avec Darjeeling. Nous devons passer par la ville de Siliguri, pour ensuite prendre le fameux "Toy train" qui mène à la ville en environ 8h. Une fois à Siliguri, nous apprenons qu'une grève frappe la ville de Darjeeling est que rien ne s'y rend : ni train, ni bus, ni taxi. Et même si on réussissait à s'y rendre, ce serait peine perdue puisqu'absolument tout est fermé, dont les hôtels et les restos. Bon. On fait quoi ? Nous rencontrons un couple de Finlandais dans la même situation et on se dit que la meilleure solution est de rester à Siliguri 24 ou 48 heures (même s'il n'y a strictement rien à y faire), le temps que les choses se placent à Darjeeling. On se prend une grande chambre quadruple et nos principales activités consistent à boire un petit verre et jouer aux cartes (ils sont fait solides ces Finlandais !) ... Après 24 heures, nous tombons d'accord sur un changement de cap, et nous décidons de filer dans le Sikkim, province coincée entre le Népal, le Bhoutan et le Tibet; le tout bordé par l'Himalaya. Le problème, c'est que nous apprenons qu'une grève frappe également Gangtok (la capitale) et que là non plus, aucun moyen de s'y rendre. Comble de chance, c'est la première grève du genre à frapper la région en 23 ans. Nous sommes littéralement pognés ici. Une autre petite nuit à Siliguri en espérant que tout sera correct le lendemain. Et ce sera le cas. Ouf!
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Le moyen le plus efficace de joindre Siliguri à Gangtok est par les jeeps collectifs, qui peuvent prendre huit passagers. En rôdant près du terminal de taxis, ce n'est pas très long que nous trouvons des coéquipiers pour boucler notre line-up : un Américain, un Allemand et un Anglais. Nous avons tous nos documents et photos en main pour faire faire notre permis à la frontière (puisque ça en prend un pour entrer au Sikkim) et c'est parti ! Quatre heures de trajet ou nous montons tranquillement pendant 2000 mètres, dans des paysages à couper le souffle, ou les seules formes de vie sont les singes qui regardent tranquillement passer les jeeps. Rendus en ville, c'est carrément un autre monde. En observant les faciès des gens, on se croirait davantage en Chine qu'en Inde. La gastronomie s'en ressent egalement : hier j'ai pu savourer des momos tibetains, un joyeux hybride entre les dim sum chinois et les piroguis polonais. Il fait pas loin de zéro degrés Celsius, et c'est très pénible puisqu'absolument aucun bâtiment n'est chauffé. Incroyable mais vrai, le premier hôtel que nous regardons nous propose une chambre à sept lits en plein coeur de la ville à un prix totalement ridicule. Et c'est reparti pour l'auberge espagnole avec la gang du jeep ! La ville est magnifique, construite sur différents palliers reliés les uns aux autres par des escaliers. Sur la terrasse de l'hôtel, nous apercevons au loin les sommets éternellement enneigés de l'Himalaya. C'est la première fois de ma vie que je grimpe à une telle hauteur et je vais avouer que les premières heures n'ont pas été faciles : épuisement, déshydratation et absence d'appétit. Mais là tout est réglé et après-demain, nous partons en trekking dans l'Himalaya durant quatre ou cinq jours, avec Pat l'Américain et possiblement d'autres.
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J'écris un petit peu moins qu'au début ! Pas que je sois nécessairement moins motivé; c'est surtout le fait que les petits détails qui m'émervaillaient au début et que je m'empressais de raconter font maintenant parti de mon quotidien. Je vous entends protester. Ne vous en faites pas, je vais continuer à donner des nouvelles régulièrement, mais sans doute avec un peu moins de ponctualité.
À bientôt !
Friday, February 15, 2008
Kolkata
Nous sommes arrivés au coeur de ce monstre de 14 millions d'habitants hier matin, par la plus grande gare d'Asie. Étant sans doute victime des mêmes préjugés que tout le monde, cette ville ne m'attirait aucunement au départ et n'était pas envisagée dans l'itinéraire. Ça aurait été une grande erreur que de l'éviter. Tous les touristes croisés auparavant avaient une opinion tranchée sur Calcutta : soit ils avaient aimé profondément, soit ils avaient carrément détesté. Devant une telle absence de zones grises, un seul constat s'imposait : il fallait aller voir ce qu'il s'y passe pour forger notre propre opinion. Quand on pense à Calcutta, une série de clichés et d'idées reçues nous vient immédiatement en tête : énorme ville grise et moche, pauvreté omniprésente, insécurité, mendicité, etc. Maintenant, imaginez une gigantesque ville bien sympathique sur laquelle le soleil brille constamment, et au coeur de laquelle on peut se promener en sécurité à toute heure du jour ou de la nuit, et vous obtenez Calcutta. C'est la ville la plus européenne que j'ai pu visiter depuis mon arrivée en Inde, exception faite du minuscule quartier français de Pondichéry. Normal : cette ville jadis au coeur de l'Empire indien (mais aujourd'hui frontalière suite à la partition du Bangladesh) fut créée de toutes pièces par les Britanniques à la fin du XVIIe siècle. De grands boulevards bordés d'édifices à l'architecture coloniale font qu'on peut avoir l'impression d'être à Londres parfois. Ajoutez à cela des boutiques chic à la pelletée, des représentants de la classe moyenne émergeante le téléphone portable à la main, des bars, des restos, des grands hôtels et le mirage est parfait. Il n'y a pas plus de mendiants qu'à Bangalore ou Thanjavur, et Calcutta est loin de dégager l'image miséreuse à laquelle je m'attendais. Bien sûr, lorsque l'on s'aventure en dehors du centre-ville, exit l'architecture coloniale et les beaux grands parcs et boulevards, et bonjour les constructions bancales et archaïques qui respirent une pauvreté certaine, mais ni plus ni moins qu'ailleurs en Inde. Ce qui me fait m'interroger sur les raisons pour lesquelles cette sale réputation colle à Calcutta ; sans doute le mythe créé autour du personnage de Mère Térésa qui ne donnait sans doute pas très souvent l'occasion de voir les meilleurs côtés de la vie ici. Il y a également ces rickshaw-pullers, véritables véhicules humains uniques à Calcutta, qui donne une image assez tiers-mondiste de la ville. Ils sont d'ailleurs interdits depuis une dizaine d'années, mais ceux qui avaient une licence à l'époque ont gardé le droit de persister à transporter des Indiens dodus. Bref, ils sont appelés à disparaître. Est-ce une bonne chose ? Je ne sais pas. Ils gagnent leur vie comme ça et il y a visiblement une demande pour ce type de transport. Sinon, chaque carrefour déborde de vie, avec des commerces de rue à chaque mètre. Ici, on se fait raser dans la rue (tiens, je suis dû) et cirer les souliers sous le regard des passants. On mange et on lit son journal sur le trottoir, exactement comme il y a cinquante ans. C'est ce charme pittoresque que je n'avais pas encore observé ailleurs qui fait en sorte que Calcutta s'avère un véritable coup de coeur.
L'entraide routarde à son meilleur : en débarquant à la gare de Howrah, nous tombons sur deux gentils Britanniques qui nous demandent ou on s'en va. On ne le sait pas trop, on va vers Sudder Street, là ou tous les hôtels semblent se concentrer, non loin de la très bourgeoise Park Avenue et de l'immense parc (dont le nom m'échappe) en plein coeur de la ville. Eux aussi font la même chose, et ils nous suggèrent de tous prendre ensemble un ''pre-paid taxi'', concept que je n'avais jamais expérimenté jusqu'à maintenant. Le système est tout à fait génial : le préposé imprime un billet, on paie, on le remet au chauffeur et basta ! Pas d'interminables et épuisantes négociations dans lesquelles le rapport de force ne nous est pas avantageux, puisque l'on ne sait même pas quelle est notre destination exacte. Nous traversons donc le Howrah Bridge, symbole de Calcutta. L'architecture me rappelle vraiment celle du pont Jacques-Cartier à Montréal, mais la structure est davantage imposante. Incroyable mais vrai : il est interdit de photographier ce pont depuis sa construction, en pleine Deuxième Guerre Mondiale. La raison ? C'était une cible stratégique à l'époque. Mais les boys, nous sommes maintenant en 2008. Tant pis, je vais me risquer. Le chauffeur nous dépose un peu n'importe ou (ils ne semblent pas beaucoup aimer le concept "pre-paid" contrairement à nous) et nous sommes un peu perdus, en plein Calcutta, à 8h le matin. C'était sans compter sur l'amabilité de deux Français qui, non seulement veulent bien nous conduire à Sudder Street, mais qui nous recommandent vivement de nous prendre une chambre dans leur guesthouse, qui offre un prix vraiment avantageux. C'est ce que nous ferons. Je n'ai malheureusement pas revu les deux Anglais par après, mais nous croisons sans cesse nos deux Français dans les rues de la ville. Ce soir, on va probablement au cinéma avec eux.
Hier après-midi, nous nous sommes trimballés aux quatre coins de la ville, en utilisant les bus publics ainsi que le ... métro ! Ce dernier n'a rien à envier à celui de Montréal au niveau de la propreté. Un peu normal, puisque l'amende est de 500 Rps si on est surpris à disposer de nos déchets ailleurs que dans les poubelles (inexistantes). Réseau efficace, sécuritaire et pas du tout compliqué. Un autre mythe défait ?
Bref, voyez le genre. Le peu de choses que j'ai à raconter est représentatif de la relative paisibilité de Calcutta, à mon grand étonnement. Après cette étape, on fonce vers la terre promise montagneuse qu'est Darjeeling, le tout via un chemin de fer parmi les plus célèbres au monde.
À bientôt !
L'entraide routarde à son meilleur : en débarquant à la gare de Howrah, nous tombons sur deux gentils Britanniques qui nous demandent ou on s'en va. On ne le sait pas trop, on va vers Sudder Street, là ou tous les hôtels semblent se concentrer, non loin de la très bourgeoise Park Avenue et de l'immense parc (dont le nom m'échappe) en plein coeur de la ville. Eux aussi font la même chose, et ils nous suggèrent de tous prendre ensemble un ''pre-paid taxi'', concept que je n'avais jamais expérimenté jusqu'à maintenant. Le système est tout à fait génial : le préposé imprime un billet, on paie, on le remet au chauffeur et basta ! Pas d'interminables et épuisantes négociations dans lesquelles le rapport de force ne nous est pas avantageux, puisque l'on ne sait même pas quelle est notre destination exacte. Nous traversons donc le Howrah Bridge, symbole de Calcutta. L'architecture me rappelle vraiment celle du pont Jacques-Cartier à Montréal, mais la structure est davantage imposante. Incroyable mais vrai : il est interdit de photographier ce pont depuis sa construction, en pleine Deuxième Guerre Mondiale. La raison ? C'était une cible stratégique à l'époque. Mais les boys, nous sommes maintenant en 2008. Tant pis, je vais me risquer. Le chauffeur nous dépose un peu n'importe ou (ils ne semblent pas beaucoup aimer le concept "pre-paid" contrairement à nous) et nous sommes un peu perdus, en plein Calcutta, à 8h le matin. C'était sans compter sur l'amabilité de deux Français qui, non seulement veulent bien nous conduire à Sudder Street, mais qui nous recommandent vivement de nous prendre une chambre dans leur guesthouse, qui offre un prix vraiment avantageux. C'est ce que nous ferons. Je n'ai malheureusement pas revu les deux Anglais par après, mais nous croisons sans cesse nos deux Français dans les rues de la ville. Ce soir, on va probablement au cinéma avec eux.
Hier après-midi, nous nous sommes trimballés aux quatre coins de la ville, en utilisant les bus publics ainsi que le ... métro ! Ce dernier n'a rien à envier à celui de Montréal au niveau de la propreté. Un peu normal, puisque l'amende est de 500 Rps si on est surpris à disposer de nos déchets ailleurs que dans les poubelles (inexistantes). Réseau efficace, sécuritaire et pas du tout compliqué. Un autre mythe défait ?
Bref, voyez le genre. Le peu de choses que j'ai à raconter est représentatif de la relative paisibilité de Calcutta, à mon grand étonnement. Après cette étape, on fonce vers la terre promise montagneuse qu'est Darjeeling, le tout via un chemin de fer parmi les plus célèbres au monde.
À bientôt !
Tuesday, February 12, 2008
Konarak
Mais qu'est-ce que je fous ici moi ? On n'était pas supposés se reparler seulement à Calcutta ? Eh non. En fait, après avoir réfléchi à tout ça, nous en sommes venus à la conclusion que les astres étaient alignés pour que le départ de Puri se fasse ce soir. Pourquoi ? Aucune idée. Quoi qu'il en soit, ça fait un peu trop longtemps que nous traînons ici. On a beau être super bien, mais vient un moment ou le derrière se doit d'être botté et qu'il faut se bouger un peu.
Hier, nous sommes allés visiter le Sun Temple à Konarak, à environ 30 kilomètres de Puri (soit une heure de route selon les standards indiens). Magnifique temple surtout célèbre pour ses sculptures érotiques frôlant l'indécence (aux yeux des Indiens, bien sûr) et pour être classé dans le Patrimoine Mondial de l'UNESCO. Mais ce qui arrive, c'est qu'en ce moment à Konarak a lieu le Sun Festival : des centaines de milliers d'Indiens campent sur la plage pour honorer le soleil le jour et la lune la nuit, tout ça à cause d'une espèce d'éclipse de solstice équinoxal ou un truc du genre. Notre chauffeur de rickshaw préféré (M. Shilom) nous conduit au temple en nous prévenant de le retrouver dans le stationnement à 17h20 gros max. La raison ? À cause du festival, la route vers Puri sera fermée de 17h30 à 7h30 le lendemain. Bref, dix minutes de retard et on sera pognés ici. On se rend au parking vers 17h10, histoire de mettre toutes les chances de notre bord. Pas de chauffeur. Ça va, il a dû aller se fumer un autre shilom. 17h20, toujours rien. Le plan : à 17h25, s'il n'est pas là, on se trouve un autre rickshaw-wallah, même si on n'a pas encore payé l'autre pour l'aller. Pas question de coucher sur la plage parmi un million et demi d'adorateurs de la lune. On sollicite un autre rickshaw en maudissant notre chauffeur irresponsable et tous les Indiens du même coup, et nous apprenons la nouvelle catastrophique : la route est déjà fermée. Il nous pointe un autobus nolisé nous disant que celui-ci se rend à Puri, malgré le détour de 85 kilomètres que ça implique. On s'arrange avec le chauffeur, qui nous embarque volontiers pour 50 roupies chacun. C'est parti pour un bon deux heures de route dans des chemins de campagne qu'on pourrait qualifier de pittoresques, pour rester polis. Après cinq minutes de trajet, une seconde tuile s'abat sur notre tête : nous passons devant un autre parking du temple, exactement pareil à celui ou nous avons attendu. Nous nous étions trompés ! Tout est 100% de notre faute, le chauffeur risque d'être pogné là pour la nuit, probablement sans un sou en poche. Le pauvre gars doit être en train de nous chercher partout dans Konarak. Rongés par la culpabilité, on se demande bien quelle sera la suite des événements.
Je ne dors pas très bien la nuit suivante, en rentrant (hier soir, en fait). Je propose à Jonathan qu'on aille retrouver le chauffeur à son endroit habituel dès l'aube, qu'on se fasse engueuler un peu, qu'on lui donne un bon 500 ou 600 roupies pour réparer notre erreur, en espérant que ce soit suffisant. Ce matin, après cinq minutes à déambuler dans les rues, nous croisons donc notre chauffeur. Il n'est pas content. Il nous dit qu'effectivement, il n'a pas dormi de la nuit, il est tout juste de retour de Konarak et qu'il a dû quémander de la nourriture, n'ayant que 15 roupies sur lui. On lui explique notre version, lui dit qu'on a galéré pas mal aussi en prenant un bus qui est passé par le point Z pour aller de A à B. Il rit. On lui dit qu'on le cherchait justement pour le payer, et qu'on s'excuse sincèrement. Il traduit notre histoire à ses collègues qui nous entourent, méfiants. Je pense que c'est dans la poche. "Ok guys, not my mistake, not your mistake" qu'il dit, l'air soulagé de connaître le fin mot de l'histoire mais surtout de ne pas s'être fait rouler par deux petites frappes. Je lui tends 600 roupies, et là, non seulement il ne nous en veut plus, mais voilà qu'il me prend dans ses bras pour me hugger. Bon, je pense que nous avons prouvé notre bonne foi. Il s'agit d'un très bon montant, mais rien comparé à ce que le pauvre type a dû baver cette nuit (ses traits tirés le rendant pratiquement méconnaissable).
Tout est bien qui finit bien. Nous quittons l'Orissa ce soir.
Hier, nous sommes allés visiter le Sun Temple à Konarak, à environ 30 kilomètres de Puri (soit une heure de route selon les standards indiens). Magnifique temple surtout célèbre pour ses sculptures érotiques frôlant l'indécence (aux yeux des Indiens, bien sûr) et pour être classé dans le Patrimoine Mondial de l'UNESCO. Mais ce qui arrive, c'est qu'en ce moment à Konarak a lieu le Sun Festival : des centaines de milliers d'Indiens campent sur la plage pour honorer le soleil le jour et la lune la nuit, tout ça à cause d'une espèce d'éclipse de solstice équinoxal ou un truc du genre. Notre chauffeur de rickshaw préféré (M. Shilom) nous conduit au temple en nous prévenant de le retrouver dans le stationnement à 17h20 gros max. La raison ? À cause du festival, la route vers Puri sera fermée de 17h30 à 7h30 le lendemain. Bref, dix minutes de retard et on sera pognés ici. On se rend au parking vers 17h10, histoire de mettre toutes les chances de notre bord. Pas de chauffeur. Ça va, il a dû aller se fumer un autre shilom. 17h20, toujours rien. Le plan : à 17h25, s'il n'est pas là, on se trouve un autre rickshaw-wallah, même si on n'a pas encore payé l'autre pour l'aller. Pas question de coucher sur la plage parmi un million et demi d'adorateurs de la lune. On sollicite un autre rickshaw en maudissant notre chauffeur irresponsable et tous les Indiens du même coup, et nous apprenons la nouvelle catastrophique : la route est déjà fermée. Il nous pointe un autobus nolisé nous disant que celui-ci se rend à Puri, malgré le détour de 85 kilomètres que ça implique. On s'arrange avec le chauffeur, qui nous embarque volontiers pour 50 roupies chacun. C'est parti pour un bon deux heures de route dans des chemins de campagne qu'on pourrait qualifier de pittoresques, pour rester polis. Après cinq minutes de trajet, une seconde tuile s'abat sur notre tête : nous passons devant un autre parking du temple, exactement pareil à celui ou nous avons attendu. Nous nous étions trompés ! Tout est 100% de notre faute, le chauffeur risque d'être pogné là pour la nuit, probablement sans un sou en poche. Le pauvre gars doit être en train de nous chercher partout dans Konarak. Rongés par la culpabilité, on se demande bien quelle sera la suite des événements.
Je ne dors pas très bien la nuit suivante, en rentrant (hier soir, en fait). Je propose à Jonathan qu'on aille retrouver le chauffeur à son endroit habituel dès l'aube, qu'on se fasse engueuler un peu, qu'on lui donne un bon 500 ou 600 roupies pour réparer notre erreur, en espérant que ce soit suffisant. Ce matin, après cinq minutes à déambuler dans les rues, nous croisons donc notre chauffeur. Il n'est pas content. Il nous dit qu'effectivement, il n'a pas dormi de la nuit, il est tout juste de retour de Konarak et qu'il a dû quémander de la nourriture, n'ayant que 15 roupies sur lui. On lui explique notre version, lui dit qu'on a galéré pas mal aussi en prenant un bus qui est passé par le point Z pour aller de A à B. Il rit. On lui dit qu'on le cherchait justement pour le payer, et qu'on s'excuse sincèrement. Il traduit notre histoire à ses collègues qui nous entourent, méfiants. Je pense que c'est dans la poche. "Ok guys, not my mistake, not your mistake" qu'il dit, l'air soulagé de connaître le fin mot de l'histoire mais surtout de ne pas s'être fait rouler par deux petites frappes. Je lui tends 600 roupies, et là, non seulement il ne nous en veut plus, mais voilà qu'il me prend dans ses bras pour me hugger. Bon, je pense que nous avons prouvé notre bonne foi. Il s'agit d'un très bon montant, mais rien comparé à ce que le pauvre type a dû baver cette nuit (ses traits tirés le rendant pratiquement méconnaissable).
Tout est bien qui finit bien. Nous quittons l'Orissa ce soir.
Saturday, February 9, 2008
Puri
Voilà maintenant quatre jours que nous sommes dans cette ville plutôt relaxe, et nous avons signé pour deux journées supplémentaires ce matin. Pourquoi s'éterniser ici ? Pour plusieurs raisons. L'ambiance est super; des gens de partout et une vague impression que le temps s'est arrêté il y a trente ans. Ensuite, le fait que les chambres d'hôtel sont à un prix absolument dérisoire. La chambre que l'on occupe nous revient à 150 Rps la nuit, pour deux (1$ = environ 40 Rps). Rajouter à tout ça deux autres données : mon estomac a fait des siennes et j'ai passé une journée et demi alité, puis finalement le fait que notre prochaine étape est Calcutta, à 12h de train. Avec le trajet de plus de trente heures de la semaine dernière, on n'est pas pressés de retourner sur les rails.
Bon, d'abord, on va mettre une chose au clair. Il y a deux sortes de touristes à Puri : les voyageurs ordinaires comme nous, puis les hippies qui n'ont pas tout à fait dégelé de leur trip d'acide de 1973. On pourrait rajouter une troisième catégorie : les jeunes hippies en formation, suivant les traces de la catégorie précédente. Le gouvernement tient un magasin de ganja à deux coins de rue d'ici. Toute la ville est continuellement stoned, c'en est parfois même agaçant. Du serveur de resto qui fait circuler le gros spliff à 9h le matin, au chauffeur de rickshaw qui s'arrête trois fois en dix kilomètres pour se fumer un shilom. Comme nous sommes de jeunes hommes purs et à l'abri de ces déviations, on se contente d'observer le tout, bien entendu. Mais c'est ce que ça donne : une ville ou tout le monde a les yeux rouges dès 9h le matin, évoluant dans une ambiance plutôt désinvolte. Les gens ont la conversation facile. Je pense au gérant d'un resto que nous aimons bien et qui nous explique, spliff à la main, à quel point nous sommes chanceux nous, hommes Occidentaux, de pouvoir fréquenter des femmes sans nécessairement les marier. Que le choix de la personne avec qui on partage notre vie vient de nous, et non de nos parents. Puis de se lancer dans une long plaidoyer contre certaines valeurs conservatrices de son pays. C'est certain qu'il a raison, mais ailleurs en Inde les gens n'abordent pas ce genre de sujets, surtout pas avec les étrangers. Quand je dis que le temps semble s'être arrêté : à notre hôtel, nous avons comme voisins de chambre deux Français dans la quarantaine sortis tout droits d'un roman hippie des années 70. Fabriquant mais surtout fumant des shiloms à journée longue dans leurs chambres, ils ont des histoires abracadabrantes à raconter, toujours en train de monter toutes sortes de combines pour prolonger leur voyage. Ces temps-ci, ils parlent de peut-être vendre leur passeport. Vous voyez le genre. Pas des enfants de choeur. Ils sont toutefois de bonne compagnie, mais à très petite dose ...
Il y a un village de pêcheurs donnant directement sur la plage, à environ 50 mètres de l'hôtel. Ici, ils ont trouvé une bonne recette pour faire du fric : repêcher des touristes en manque d'authenticité indienne et les inviter à prendre un repas dans leur humble demeure. C'est ainsi que nous avons été dénichés par Sithi, une gentille femme dans la trentaine. On se donne rendez-vous chez elle vers 19h, et elle nous cuisinera du thon à l'indienne. Elle ne parle pas d'argent, mais c'est certain qu'on déboursera quelque chose. Le souper se passe à merveille, on paye la tournée de bière à son mari pêcheur ainsi qu'à son collègue.
- Et toi Sithi, tu prends une bière ?
- Non, non, jamais. En Inde, les femmes ne boivent pas et ne fument pas. C'est mauvais pour la santé.
- C'est sûr.
- Nous, on a trop de choses à faire. La cuisine, la lessive, les tâches. "But it's ok like this. Men drink, not women. And woman live longer".
Ok, changeons de sujet. Les deux boys pêcheurs nous invitent à pêcher le crabe le surlendemain, que Sithi nous cuisinera immédiatement après. Rendez-vous mercredi, à midi. Suuuper! À la fin du souper donc, Sithi nous dit qu'elle ne fait pas ça pour l'argent, qu'elle veut rencontrer des touristes et tout. Ouais, bon. Nous lui donnons un billet de 500 Rps et elle saute de joie. (Sans compter que les boys ne nous ont pas ramené le change pour la bière, mais bon, ça va aller).
Partie de pêche, mercredi midi. Vieille barque en bois, filet troué. "We are poor people you know". Il nous montre son filet complètement troué. Par contre, la veille il nous avait dit qu'il pêchait aussi le thon. Sûrement pas avec ça. On commence à soupçonner une légère mise en scène. Surtout quand il se met à nous demander si on pourra lui donner un souvenir par après, que tous les touristes font ça. L'autre pêcheur est fasciné par mes lunettes de soleil, et demande à les essayer. Il trippe pas mal en découvrant de nouvelles couleurs à l'océan. Les deux se les échangent et rient comme des petits fous. Ah ben voilà, je leur donnerai mes lunettes, ils en feront bon usage et elles m'ont coûté 10$ au Québec. La partie de pêche se passe bien, on récolte cinq ou six crabes. De retour à la maison, on se le fait servir bien bouilli. Délicieux, mais difficile à manger quand même. Vient le temps de donner les fameux "souvenirs". J'offre mes lunettes. ''Thank you, but it's not Indian style''. Pardon? Bon. Jo a pensé offrir une chemise qu'il a apportée du Québec. ''Des manches longues? Ah non, on ne porte pas ça''. Ok, là ils font la fine bouche. Donnons un autre 500 Rps à Sithi (1000 Rps pour deux repas, une fortune, quand même) et sacrons notre camp. Voilà qu'elle nous dit que ce n'est pas suffisant et que ça lui a coûté plus que ça !! Sans compter que les gars nous ont refait le coup du change de la bière. On ne donnera pas un sou de plus évidemment, mais c'est ce qui est agaçant avec les Indiens parfois. Ils disent une chose et son contraire, et peu importe ce qu'on donne, ce n'est jamais assez. On lui aurait donné 1000 par repas qu'elle aurait rechigné. On ne peut pas leur en vouloir quand on regarde les conditions sanitaires de leur village. Absolument pitoyables. Mais donner de l'argent directement aux Indiens, comme ça, je ne pense pas que ce soit la meilleure chose à faire, en y réfléchissant avec recul. Elle a beau faire fortune avec son petit resto improvisé pour touristes, mais que peut-elle bien faire avec cet argent? Ses enfants vont à l'école, sa maison ne peut pas être améliorée faute d'espace, et le système de castes indiens étant ce qu'il est, il est impensable qu'elle quitte son village un jour. Résultat? Le mari boit les profits. Eh oui ... À voir l'égoût à ciel ouvert qui sert de plage, cet argent pourrait certainement être mieux investi. Parlant de ça, lors du dîner de crabe, je demande à aller à la toilette. Il n'y en a pas, bien entendu. "It's ok, go on the beach". Bah, d'accord, faisons comme les Indiens. Par contre, rendu sur la plage, je constate qu'il y a du monde partout partout. Peu importe ou je me trouve, il y a quelqu'un à moins de cinq mètres de moi. Hmmm. Je reviens à la hutte en demandant ou je dois aller exactement. Sithi réveille son mari qui cuve sa bière, et me voilà escorté pour aller pisser !!! Bon, me dis-je, au moins il me conduira sans doute à un petit spot un peu plus intime. "There! It's here!" Entre deux barques de pêcheurs bien pleines et deux mecs accroupis en train de déféquer. Pas le choix ...
L'expérience d'une vie.
-
Hier soir, il a plu sur l'Orissa. Premières précipitations que je vois en six semaines. Il fait beau, chez nous ?
-
Le coût de la vie en Inde est dérisoire : je confirme officiellement. Mi-février, et je roule toujours sur mon premier 1000. Yeah baby !
-
Rendez-vous à Calcutta.
Bon, d'abord, on va mettre une chose au clair. Il y a deux sortes de touristes à Puri : les voyageurs ordinaires comme nous, puis les hippies qui n'ont pas tout à fait dégelé de leur trip d'acide de 1973. On pourrait rajouter une troisième catégorie : les jeunes hippies en formation, suivant les traces de la catégorie précédente. Le gouvernement tient un magasin de ganja à deux coins de rue d'ici. Toute la ville est continuellement stoned, c'en est parfois même agaçant. Du serveur de resto qui fait circuler le gros spliff à 9h le matin, au chauffeur de rickshaw qui s'arrête trois fois en dix kilomètres pour se fumer un shilom. Comme nous sommes de jeunes hommes purs et à l'abri de ces déviations, on se contente d'observer le tout, bien entendu. Mais c'est ce que ça donne : une ville ou tout le monde a les yeux rouges dès 9h le matin, évoluant dans une ambiance plutôt désinvolte. Les gens ont la conversation facile. Je pense au gérant d'un resto que nous aimons bien et qui nous explique, spliff à la main, à quel point nous sommes chanceux nous, hommes Occidentaux, de pouvoir fréquenter des femmes sans nécessairement les marier. Que le choix de la personne avec qui on partage notre vie vient de nous, et non de nos parents. Puis de se lancer dans une long plaidoyer contre certaines valeurs conservatrices de son pays. C'est certain qu'il a raison, mais ailleurs en Inde les gens n'abordent pas ce genre de sujets, surtout pas avec les étrangers. Quand je dis que le temps semble s'être arrêté : à notre hôtel, nous avons comme voisins de chambre deux Français dans la quarantaine sortis tout droits d'un roman hippie des années 70. Fabriquant mais surtout fumant des shiloms à journée longue dans leurs chambres, ils ont des histoires abracadabrantes à raconter, toujours en train de monter toutes sortes de combines pour prolonger leur voyage. Ces temps-ci, ils parlent de peut-être vendre leur passeport. Vous voyez le genre. Pas des enfants de choeur. Ils sont toutefois de bonne compagnie, mais à très petite dose ...
Il y a un village de pêcheurs donnant directement sur la plage, à environ 50 mètres de l'hôtel. Ici, ils ont trouvé une bonne recette pour faire du fric : repêcher des touristes en manque d'authenticité indienne et les inviter à prendre un repas dans leur humble demeure. C'est ainsi que nous avons été dénichés par Sithi, une gentille femme dans la trentaine. On se donne rendez-vous chez elle vers 19h, et elle nous cuisinera du thon à l'indienne. Elle ne parle pas d'argent, mais c'est certain qu'on déboursera quelque chose. Le souper se passe à merveille, on paye la tournée de bière à son mari pêcheur ainsi qu'à son collègue.
- Et toi Sithi, tu prends une bière ?
- Non, non, jamais. En Inde, les femmes ne boivent pas et ne fument pas. C'est mauvais pour la santé.
- C'est sûr.
- Nous, on a trop de choses à faire. La cuisine, la lessive, les tâches. "But it's ok like this. Men drink, not women. And woman live longer".
Ok, changeons de sujet. Les deux boys pêcheurs nous invitent à pêcher le crabe le surlendemain, que Sithi nous cuisinera immédiatement après. Rendez-vous mercredi, à midi. Suuuper! À la fin du souper donc, Sithi nous dit qu'elle ne fait pas ça pour l'argent, qu'elle veut rencontrer des touristes et tout. Ouais, bon. Nous lui donnons un billet de 500 Rps et elle saute de joie. (Sans compter que les boys ne nous ont pas ramené le change pour la bière, mais bon, ça va aller).
Partie de pêche, mercredi midi. Vieille barque en bois, filet troué. "We are poor people you know". Il nous montre son filet complètement troué. Par contre, la veille il nous avait dit qu'il pêchait aussi le thon. Sûrement pas avec ça. On commence à soupçonner une légère mise en scène. Surtout quand il se met à nous demander si on pourra lui donner un souvenir par après, que tous les touristes font ça. L'autre pêcheur est fasciné par mes lunettes de soleil, et demande à les essayer. Il trippe pas mal en découvrant de nouvelles couleurs à l'océan. Les deux se les échangent et rient comme des petits fous. Ah ben voilà, je leur donnerai mes lunettes, ils en feront bon usage et elles m'ont coûté 10$ au Québec. La partie de pêche se passe bien, on récolte cinq ou six crabes. De retour à la maison, on se le fait servir bien bouilli. Délicieux, mais difficile à manger quand même. Vient le temps de donner les fameux "souvenirs". J'offre mes lunettes. ''Thank you, but it's not Indian style''. Pardon? Bon. Jo a pensé offrir une chemise qu'il a apportée du Québec. ''Des manches longues? Ah non, on ne porte pas ça''. Ok, là ils font la fine bouche. Donnons un autre 500 Rps à Sithi (1000 Rps pour deux repas, une fortune, quand même) et sacrons notre camp. Voilà qu'elle nous dit que ce n'est pas suffisant et que ça lui a coûté plus que ça !! Sans compter que les gars nous ont refait le coup du change de la bière. On ne donnera pas un sou de plus évidemment, mais c'est ce qui est agaçant avec les Indiens parfois. Ils disent une chose et son contraire, et peu importe ce qu'on donne, ce n'est jamais assez. On lui aurait donné 1000 par repas qu'elle aurait rechigné. On ne peut pas leur en vouloir quand on regarde les conditions sanitaires de leur village. Absolument pitoyables. Mais donner de l'argent directement aux Indiens, comme ça, je ne pense pas que ce soit la meilleure chose à faire, en y réfléchissant avec recul. Elle a beau faire fortune avec son petit resto improvisé pour touristes, mais que peut-elle bien faire avec cet argent? Ses enfants vont à l'école, sa maison ne peut pas être améliorée faute d'espace, et le système de castes indiens étant ce qu'il est, il est impensable qu'elle quitte son village un jour. Résultat? Le mari boit les profits. Eh oui ... À voir l'égoût à ciel ouvert qui sert de plage, cet argent pourrait certainement être mieux investi. Parlant de ça, lors du dîner de crabe, je demande à aller à la toilette. Il n'y en a pas, bien entendu. "It's ok, go on the beach". Bah, d'accord, faisons comme les Indiens. Par contre, rendu sur la plage, je constate qu'il y a du monde partout partout. Peu importe ou je me trouve, il y a quelqu'un à moins de cinq mètres de moi. Hmmm. Je reviens à la hutte en demandant ou je dois aller exactement. Sithi réveille son mari qui cuve sa bière, et me voilà escorté pour aller pisser !!! Bon, me dis-je, au moins il me conduira sans doute à un petit spot un peu plus intime. "There! It's here!" Entre deux barques de pêcheurs bien pleines et deux mecs accroupis en train de déféquer. Pas le choix ...
L'expérience d'une vie.
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Hier soir, il a plu sur l'Orissa. Premières précipitations que je vois en six semaines. Il fait beau, chez nous ?
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Le coût de la vie en Inde est dérisoire : je confirme officiellement. Mi-février, et je roule toujours sur mon premier 1000. Yeah baby !
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Rendez-vous à Calcutta.
Monday, February 4, 2008
En vrac
Un mot sur le cricket. Jour après jour, il ouvre les bulletins de nouvelles et orne la frontispice des journaux. Ces temps-ci, des politiciens exigent la démission de l'entraîneur de l'équipe nationale suite à une cuisante défaite. Un bon 30% des opinions des lecteurs dans les journaux ainsi que du contenu des nouvelles télévisées concerne le cricket. Pendant ce temps, les politiciens indiens sont parmi les plus corrompus de la planète, on apprend que 17 000 fermiers indiens laissés à eux-mêmes se sont suicidés l'an dernier, que la grippe aviaire gagne l'Inde, que des médecins font le trafic de reins, mais ici, on préfère parler de cricket toute la journée. Au grand plaisir des politiciens, qui ont compris l'intérêt d'entretenir cette flamme. Il disait quoi César, déjà? Du pain et des jeux? ...
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Il existe ici un conglomérat dont les tentacules sont déployées dans absolument tous les secteurs : Tata. Tata Automobile, Tata Telecom, Tata Tea, Tata Clothings, etc. Ils sont même en train de fabriquer une voiture du peuple, espèce de concept Beetle mais 2008, et qui coûtera l'équivalent de 3000$ canadiens (pas nécessairement une bonne chose, il y a déjà assez de voitures comme ça ...) En fait, Tata est le joyau et le success-story de l'économie indienne et fait la fierté du pays. Advenant que ce pays bascule dans le communisme un jour (qui sait ce que l'avenir nous réserve :P), disons que l'entreprise privée ne serait pas vraiment difficile à nationaliser ...
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Moi qui suis fan de pain naan, c'est impossible d'en commander un dans un resto si on ne demande pas un plat "gravy" (saucé) en accompagnement. Sinon, ça crée tout un malaise quand j'essaie de leur faire comprendre que je veux manger juste le naan, avec mon plat. Nouveau regard complètement incrédule. "Ok ok forget the naan", pendant que Jonathan est mort de rire. Un jour, je réussirai ...
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Le Canadien est bien capable de gagner la Coupe alors que je suis à l'autre bout du monde. Si c'est ce que ça prend pour que ça arrive chaque année, je suis prêt à me sacrifier ...
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Il existe ici un conglomérat dont les tentacules sont déployées dans absolument tous les secteurs : Tata. Tata Automobile, Tata Telecom, Tata Tea, Tata Clothings, etc. Ils sont même en train de fabriquer une voiture du peuple, espèce de concept Beetle mais 2008, et qui coûtera l'équivalent de 3000$ canadiens (pas nécessairement une bonne chose, il y a déjà assez de voitures comme ça ...) En fait, Tata est le joyau et le success-story de l'économie indienne et fait la fierté du pays. Advenant que ce pays bascule dans le communisme un jour (qui sait ce que l'avenir nous réserve :P), disons que l'entreprise privée ne serait pas vraiment difficile à nationaliser ...
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Moi qui suis fan de pain naan, c'est impossible d'en commander un dans un resto si on ne demande pas un plat "gravy" (saucé) en accompagnement. Sinon, ça crée tout un malaise quand j'essaie de leur faire comprendre que je veux manger juste le naan, avec mon plat. Nouveau regard complètement incrédule. "Ok ok forget the naan", pendant que Jonathan est mort de rire. Un jour, je réussirai ...
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Le Canadien est bien capable de gagner la Coupe alors que je suis à l'autre bout du monde. Si c'est ce que ça prend pour que ça arrive chaque année, je suis prêt à me sacrifier ...
Sunday, February 3, 2008
Bhubaneswar
J'aurais donné des nouvelles plus rapidement si l'électricité ici ne coupait pas toutes les trente minutes pour cause de ... hmm ... de routine. Bref, bienvenue dans l'Orissa, État dans lequel nous avons choisi de mettre les pieds par méconnaissance totale de celui-ci. En effet, pas croisé l'ombre d'un seul touriste ici. Mais parlons un peu de la façon dont nous avons abouti dans ce coin un peu perdu ...
Trente-deux heures de train. Sans escale, sans transfert. 1500 kilomètres. Le conditionnement psychologique préalablement résigné a fait en sorte que ce fut tout à fait endurable, malgré les couchettes visiblement conçues pour des nains et autres désagréments vécus. Si vous regardez une carte de l'Inde, vous verrez que nous avons effectué un bon saut de puce. Traversé l'Andhra Pradesh au grand complet; État ponctué de paysages semi-désertiques rougeâtres, rizières verdoyantes et autres décors montagneux fort spectaculaires. Nous n'avons pas mis les pieds dans l'Andhra au sens propre mais nous l'avons vu défiler dans son ensemble comme aucun autre État auparavant. J'ai vu mon premier singe ! Sur le quai de la gare d'une ville dont le nom m'échappe totalement. Il était immense; je l'ai pris pour -un autre- mendiant cul-de-jatte la première fraction de seconde ou mon oeil s'est posé sur lui.
Parlant des mendiants, ceux-ci ont pas mal agrémenté notre périple de trente-deux heures. Premièrement, je vais mettre une chose au clair. Dans mon post précédent, j'avais mentionné avoir croisé trois travestis à Bangalore, pour ensuite affirmer "only in Bangalore". Je me rétracte. Ils sont soudainement partout. À chaque arrêt dans une gare importante, nous étions sollicités par eux (elles?), qui, tapant des mains, faisaient le tour des banquettes pour réclamer de l'argent. Et de nous gratifier d'un geste théâtral de dédain quand nous refusions. C'est alors qu'un souvenir m'est revenu à l'esprit (rien de personnel, rassurez-vous). Il me semble avoir vu à la télé il y a quelques années un documentaire sur de nébuleux eunuques indiens. Ceux-ci, ayant été privés de leur organe reproducteur, passaient leurs vie à errer et mendier à travers le pays, en étant habillés en femmes. Mais tout ça est très loin, je ne m'en souviens plus très bien. Bref, il existe sans doute une explication logique quant à l'existence de ces intrigants personnages.
Je reviendrai sur les fameux mendiants du train dans quelques instants, pour parler juste avant du train lui-même. Autant c'est hyper compliqué d'acheter un billet dans une gare, autant l'embarquement est d'une simplicité enfantine. Une fois sur place, il s'agit de trouver le tableau indicateur sur lequel sera indiqué le quai ou nous devrons nous rendre. Sur chaque wagon, une feuille est grossièrement collée avec le nom de tous les passagers ainsi que leur numéro de banquette. Impossible de se tromper. Rapide coup d'oeil pour réaliser qu'encore une fois, nous serons les seuls étrangers à bord. Futés comme nous sommes, on s'est évité le tracas de l'achat des billets en passant par une agence à Bangalore située près de notre hôtel. Les gentilles et jeunes demoiselles se sont occupés d'absolument tout, pour une commission vraiment basse (environ 1%). Restait plus qu'à se rendre à la gare l'esprit tranquille le lendemain.
Je parlais donc des mendiants dans le train. En ville ou n'importe ou ailleurs, c'est plutôt facile d'en faire abstraction. On donne ou pas, selon notre conscience et notre humeur du moment. Quand on choisit de ne pas donner, on les sème, même s'ils peuvent s'avérer très collants (parlez-en à Jonathan!) Mais dans le train, rien à faire. Ils restent devant vous, insistants. La fuite est impossible, à moins de s'improviser une destination finale, mais ce n'est pas raisonnable. On peut faire semblant de dormir, ou ne pas les regarder, mais la technique finit par présenter des failles. Au début du trajet, ça allait. Un vieillard par-ci, un amputé par-là, ponctué d'un gamin en haillons de temps en temps, sans compter nos amis les travellos. Mais plus l'interminable trajet avancait, plus la fréquence de leurs passages augmentait; embarquant à bord à chaque gare pour débarquer un peu plus loin, une fois l'aumône terminée. Le train est beaucoup trop long et les contrôleurs trop peu nombreux pour y changer quoi que ce soit. Mais en tant que Blancs, nous n'avions droit à aucun répit (puisque c'est connu, nous sommes tous de facto des multi-milliardaires). Une espèce de folle enceinte s'est même permise de m'invectiver violemment en me tapotant le visage de façon assez agressive suite à mon refus. J'étais tellement surpris que je n'ai pas vraiment réagi. Mais quelques instants plus tard, je me suis juré qu'on ne me la referait pas et que, Inde ou pas, un peu de savoir-vivre est de mise, bordel. Dommage pour l'autre bonne femme qui a suivi une heure plus tard, et qui a vu son bras revoler -gentiment, tout de même- après avoir pris l'initiative de me passer la main au visage elle aussi. Le tout sous le regard amusé (mais très gêné) de deux jeunes Indiens assis à côté de nous. Ils avaient la paix, eux. En tout cas, plus que nous. Fort sympathiques, mais ne disant pas un seul mot d'anglais, la socialisation n'a jamais vraiment pu avoir lieu, à part quelques sourires échangés. Bon, après, ce fut le tour du petit gars qui fait son numéro de cirque, suivi du chanteur à tam-tam (vraiment très talentueux, pour vrai), en passant par l'unijambiste astiquant l'allée. Un véritable défilé ... Vous aurez deviné que ce n'était donc pas vraiment de tout repos. La nuit par contre, nous étions tranquilles (en tout cas je pense, à moins qu'ils n'aient pas poussé l'audace jusqu'à me réveiller). Est-ce que je recommencerais cette expérience? Absolument ! Et je le referai. Je ne suis pas masochiste, mais je vous jure qu'après avoir vécu un truc du genre et croisé tous ces éclopés, notre propre vie et les tourments qu'elle comprend prennent une toute autre perspective, cette fois-ci relativisée. Je tenais à voir toutes les facettes de ce pays -sans exceptions- et j'en prends parfois plein la gueule. Mais c'est aussi ça l'Inde, ça ne peut pas toujours être Kovalam Beach, et c'est aussi un peu pour dealer avec ce genre de situations que je suis venu ici. Le dernier tronçon du trajet s'est fort bien déroulé. La vie étant drôlement faite, nous avons rencontré des gars de notre âge et parlant très bien anglais dans la ... dernière demi-heure du trajet. Sur trente-deux heures. Bon ... Petite parenthèse, les Indiens connaissent très bien l'existence du Québec, c'en est hallucinant. Quand on nous demande d'ou on vient et que l'on répond Canada, évidemment, la question qui suit est "Vancouver?". "No, Montreal". "Aaaah Quebec, français, comment allez-vous? Montrrrrrrrréal?" Du marchand de journaux jusqu'au prêtre dans un temple. Je ne m'attendais vraiment pas à ça, surtout quand je me dis qu'il y a sans doute moins de 20% des Américains qui savent que le Québec existe. Fin de la parenthèse.
Arrivée à Bhubaneswar samedi soir vers 22h30. De retour au Moyen-Âge; le contraste avec Bangalore est frappant. Il fait très froid. Les Indiens portent des tuques et des manteaux d'hiver. 15 degrés Celcius environ. À vous qui me lisez depuis la banquise, je ne me moque pas de vous, mais après avoir passé quelques semaines sous le soleil tropical, la différence thermique est notable. Dimanche, on a pris ça plutôt relax, en déambulant dans les rues pas mal toute la journée, comme on aime si bien le faire. Rien de tel pour prendre le pouls d'une ville. Première impression : très sal et très pauvre. La plupart des rues sont en terre battue, mais la vieille ville dans laquelle sont installés les temples (des dizaines, une des plus grandes concentration au pays) est magnifique et représente totalement l'Inde telle qu'on se l'imagine de loin. L'ambiance est relâchée, il y a même un peu moins de klaxons qu'ailleurs, on dirait. Zéro touriste, mais bizarrement, l'accueil est excellent et personne ne fait vraiment attention à nous. L'absence de tourisme et de la contamination qu'il peut entraîner dans les rapport avec la population locale est parfois une très bonne chose. La nuit à Bhubaneswar, les meutes de chiens errants (vraiment nombreux et dodus) hurlent en choeur pour je ne sais trop quelle raison. Des cris inqualifiables, comme s'ils étaient en train de massacrer quelqu'un. À glacer le sang ...
Aujourd'hui, ce fut la visite des temples, prise de photos, rencontre avec des prêtres. Le circuit touristique classique (il le faut, parfois). Demain, nous filons vers Puri, quatrième ville sainte de l'Inde, vraiment pas loin d'ici. Puri a des temples vénérés mais surtout ... de très belles plages. :) Coin très touristique, qui attire notamment beaucoup de Russes. Nous verrons bien ...
Les premières photos s'en viennent. Ça fait quelques fois que j'essaie mais soit l'ordi est trop lent, soit le temps me manque, soit ma prise USB est incompatible avec le système. Par contre, ça va prendre quelques jours : le net est ralenti au pays depuis quelques jours, suite à la rupture d'un câble sous-marin de fibre optique, au large de l'Égypte. Ça a l'air de rien comme ça, mais la différence est notable; c'est même un sujet chaud dans l'actualité indienne. Donc ce n'est pas vraiment le temps d'uploader des photos. Mais patience, j'en ai des vraiment pas mal...
Trente-deux heures de train. Sans escale, sans transfert. 1500 kilomètres. Le conditionnement psychologique préalablement résigné a fait en sorte que ce fut tout à fait endurable, malgré les couchettes visiblement conçues pour des nains et autres désagréments vécus. Si vous regardez une carte de l'Inde, vous verrez que nous avons effectué un bon saut de puce. Traversé l'Andhra Pradesh au grand complet; État ponctué de paysages semi-désertiques rougeâtres, rizières verdoyantes et autres décors montagneux fort spectaculaires. Nous n'avons pas mis les pieds dans l'Andhra au sens propre mais nous l'avons vu défiler dans son ensemble comme aucun autre État auparavant. J'ai vu mon premier singe ! Sur le quai de la gare d'une ville dont le nom m'échappe totalement. Il était immense; je l'ai pris pour -un autre- mendiant cul-de-jatte la première fraction de seconde ou mon oeil s'est posé sur lui.
Parlant des mendiants, ceux-ci ont pas mal agrémenté notre périple de trente-deux heures. Premièrement, je vais mettre une chose au clair. Dans mon post précédent, j'avais mentionné avoir croisé trois travestis à Bangalore, pour ensuite affirmer "only in Bangalore". Je me rétracte. Ils sont soudainement partout. À chaque arrêt dans une gare importante, nous étions sollicités par eux (elles?), qui, tapant des mains, faisaient le tour des banquettes pour réclamer de l'argent. Et de nous gratifier d'un geste théâtral de dédain quand nous refusions. C'est alors qu'un souvenir m'est revenu à l'esprit (rien de personnel, rassurez-vous). Il me semble avoir vu à la télé il y a quelques années un documentaire sur de nébuleux eunuques indiens. Ceux-ci, ayant été privés de leur organe reproducteur, passaient leurs vie à errer et mendier à travers le pays, en étant habillés en femmes. Mais tout ça est très loin, je ne m'en souviens plus très bien. Bref, il existe sans doute une explication logique quant à l'existence de ces intrigants personnages.
Je reviendrai sur les fameux mendiants du train dans quelques instants, pour parler juste avant du train lui-même. Autant c'est hyper compliqué d'acheter un billet dans une gare, autant l'embarquement est d'une simplicité enfantine. Une fois sur place, il s'agit de trouver le tableau indicateur sur lequel sera indiqué le quai ou nous devrons nous rendre. Sur chaque wagon, une feuille est grossièrement collée avec le nom de tous les passagers ainsi que leur numéro de banquette. Impossible de se tromper. Rapide coup d'oeil pour réaliser qu'encore une fois, nous serons les seuls étrangers à bord. Futés comme nous sommes, on s'est évité le tracas de l'achat des billets en passant par une agence à Bangalore située près de notre hôtel. Les gentilles et jeunes demoiselles se sont occupés d'absolument tout, pour une commission vraiment basse (environ 1%). Restait plus qu'à se rendre à la gare l'esprit tranquille le lendemain.
Je parlais donc des mendiants dans le train. En ville ou n'importe ou ailleurs, c'est plutôt facile d'en faire abstraction. On donne ou pas, selon notre conscience et notre humeur du moment. Quand on choisit de ne pas donner, on les sème, même s'ils peuvent s'avérer très collants (parlez-en à Jonathan!) Mais dans le train, rien à faire. Ils restent devant vous, insistants. La fuite est impossible, à moins de s'improviser une destination finale, mais ce n'est pas raisonnable. On peut faire semblant de dormir, ou ne pas les regarder, mais la technique finit par présenter des failles. Au début du trajet, ça allait. Un vieillard par-ci, un amputé par-là, ponctué d'un gamin en haillons de temps en temps, sans compter nos amis les travellos. Mais plus l'interminable trajet avancait, plus la fréquence de leurs passages augmentait; embarquant à bord à chaque gare pour débarquer un peu plus loin, une fois l'aumône terminée. Le train est beaucoup trop long et les contrôleurs trop peu nombreux pour y changer quoi que ce soit. Mais en tant que Blancs, nous n'avions droit à aucun répit (puisque c'est connu, nous sommes tous de facto des multi-milliardaires). Une espèce de folle enceinte s'est même permise de m'invectiver violemment en me tapotant le visage de façon assez agressive suite à mon refus. J'étais tellement surpris que je n'ai pas vraiment réagi. Mais quelques instants plus tard, je me suis juré qu'on ne me la referait pas et que, Inde ou pas, un peu de savoir-vivre est de mise, bordel. Dommage pour l'autre bonne femme qui a suivi une heure plus tard, et qui a vu son bras revoler -gentiment, tout de même- après avoir pris l'initiative de me passer la main au visage elle aussi. Le tout sous le regard amusé (mais très gêné) de deux jeunes Indiens assis à côté de nous. Ils avaient la paix, eux. En tout cas, plus que nous. Fort sympathiques, mais ne disant pas un seul mot d'anglais, la socialisation n'a jamais vraiment pu avoir lieu, à part quelques sourires échangés. Bon, après, ce fut le tour du petit gars qui fait son numéro de cirque, suivi du chanteur à tam-tam (vraiment très talentueux, pour vrai), en passant par l'unijambiste astiquant l'allée. Un véritable défilé ... Vous aurez deviné que ce n'était donc pas vraiment de tout repos. La nuit par contre, nous étions tranquilles (en tout cas je pense, à moins qu'ils n'aient pas poussé l'audace jusqu'à me réveiller). Est-ce que je recommencerais cette expérience? Absolument ! Et je le referai. Je ne suis pas masochiste, mais je vous jure qu'après avoir vécu un truc du genre et croisé tous ces éclopés, notre propre vie et les tourments qu'elle comprend prennent une toute autre perspective, cette fois-ci relativisée. Je tenais à voir toutes les facettes de ce pays -sans exceptions- et j'en prends parfois plein la gueule. Mais c'est aussi ça l'Inde, ça ne peut pas toujours être Kovalam Beach, et c'est aussi un peu pour dealer avec ce genre de situations que je suis venu ici. Le dernier tronçon du trajet s'est fort bien déroulé. La vie étant drôlement faite, nous avons rencontré des gars de notre âge et parlant très bien anglais dans la ... dernière demi-heure du trajet. Sur trente-deux heures. Bon ... Petite parenthèse, les Indiens connaissent très bien l'existence du Québec, c'en est hallucinant. Quand on nous demande d'ou on vient et que l'on répond Canada, évidemment, la question qui suit est "Vancouver?". "No, Montreal". "Aaaah Quebec, français, comment allez-vous? Montrrrrrrrréal?" Du marchand de journaux jusqu'au prêtre dans un temple. Je ne m'attendais vraiment pas à ça, surtout quand je me dis qu'il y a sans doute moins de 20% des Américains qui savent que le Québec existe. Fin de la parenthèse.
Arrivée à Bhubaneswar samedi soir vers 22h30. De retour au Moyen-Âge; le contraste avec Bangalore est frappant. Il fait très froid. Les Indiens portent des tuques et des manteaux d'hiver. 15 degrés Celcius environ. À vous qui me lisez depuis la banquise, je ne me moque pas de vous, mais après avoir passé quelques semaines sous le soleil tropical, la différence thermique est notable. Dimanche, on a pris ça plutôt relax, en déambulant dans les rues pas mal toute la journée, comme on aime si bien le faire. Rien de tel pour prendre le pouls d'une ville. Première impression : très sal et très pauvre. La plupart des rues sont en terre battue, mais la vieille ville dans laquelle sont installés les temples (des dizaines, une des plus grandes concentration au pays) est magnifique et représente totalement l'Inde telle qu'on se l'imagine de loin. L'ambiance est relâchée, il y a même un peu moins de klaxons qu'ailleurs, on dirait. Zéro touriste, mais bizarrement, l'accueil est excellent et personne ne fait vraiment attention à nous. L'absence de tourisme et de la contamination qu'il peut entraîner dans les rapport avec la population locale est parfois une très bonne chose. La nuit à Bhubaneswar, les meutes de chiens errants (vraiment nombreux et dodus) hurlent en choeur pour je ne sais trop quelle raison. Des cris inqualifiables, comme s'ils étaient en train de massacrer quelqu'un. À glacer le sang ...
Aujourd'hui, ce fut la visite des temples, prise de photos, rencontre avec des prêtres. Le circuit touristique classique (il le faut, parfois). Demain, nous filons vers Puri, quatrième ville sainte de l'Inde, vraiment pas loin d'ici. Puri a des temples vénérés mais surtout ... de très belles plages. :) Coin très touristique, qui attire notamment beaucoup de Russes. Nous verrons bien ...
Les premières photos s'en viennent. Ça fait quelques fois que j'essaie mais soit l'ordi est trop lent, soit le temps me manque, soit ma prise USB est incompatible avec le système. Par contre, ça va prendre quelques jours : le net est ralenti au pays depuis quelques jours, suite à la rupture d'un câble sous-marin de fibre optique, au large de l'Égypte. Ça a l'air de rien comme ça, mais la différence est notable; c'est même un sujet chaud dans l'actualité indienne. Donc ce n'est pas vraiment le temps d'uploader des photos. Mais patience, j'en ai des vraiment pas mal...
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