Tuesday, March 11, 2008

De retour !

De retour à Gangtok qui est en train de devenir ma ville d'adoption ! Expérience palpitante si elle en fut une. Je ne sais même pas par ou commencer.

Revenons donc quelques jours en arrière. La veille du départ, nous rencontrons Rainer à l'agence de trekking. Allemand vivant en Suisse, début de la quarantaine, notre expédition l'intéresse et après avoir échangé un peu avec lui, c'est décidé, il part avec nous. Nous serons donc trois. Le type de l'agence nous avoue en toute honnêteté que nous sommes ses premiers clients, qu'il a ouvert la semaine d'avant, et qu'il mettra le paquet pour que nous soyons satisfaits. Je m'en doutais un peu, en voyant que j'avais la facture 001. Un peu inquiétant, mais je vois qu'il semble vraiment zélé et qu'il fera tout pour que notre expédition soit la plus agréable possible. De retour à l'hôtel, je retrouve la gang du premier trek qui boit un verre au resto, et de qui nous nous séparerons le lendemain. En fait, il ne reste plus qu'Eeva, Peteri, Alex et Jo mon fidèle compagnon, bien entendu ; Ralf et Pat étant partis explorer d'autres horizons. Je monte à ma chambre chercher un peu d'argent et je leur dis que je suis de retour dans trois minutes. De retour, je suis accueilli avec un gâteau sur lequel est indiqué mon nom et le chiffre 28 dessus. On me chante bonne fête, et tout le kit. Ça, je ne m'y attendais vraiment pas ! Quels gens extraordinaires. Mais ce n'était pas tout : Eeva a pris le temps de me tricotter des mitaines pour mon expédition, et Petteri m'a concocté une bouteille d'un petit drink typiquement finlandais. "Tu boiras ça là-haut, me dit-il, tu vas en avoir besoin". J'ai bien l'intention de populariser ce petit cocktail une fois de retour au Québec ; rien de plus efficace pour les soirées froides. Donc j'ai droit à un petit surprise party auquel je ne m'attendais pas du tout. Vraiment super !

Le lendemain matin à l'aube, nous faisons connaissance avec l'équipe qui nous accompagnera. Jigmee est le guide principal. Il n'a que 25 ans, mais sept ans d'expérience dans la région. Suraj sera son assistant : 23 ans, sourire permanent dans le visage. Ce sera son premier trek, il est là pour apprendre. Suraj a soif d'Occident et de heavy métal : le corps recouvert de tatous, il peut chanter par coeur toutes les paroles de Pantera, System of a Down ou Iron Maiden même s'il ne comprend strictement rien. Ça y est, je pense que je vais m'entendre à merveille avec lui. Avant de partir, je lis des articles qui sont imprimés et collés sur le mur du bureau de l'agence. Récemment, deux Indiens du West Bengal sont décédés d'une embolie pulmonaire dûe au mal des hauteurs. Rassurant. Jigmee nous dit que l'an dernier, un guide et deux Allemands sont partis faire le même parcours que nous, et on n'a jamais eu de nouvelles d'eux depuis. Encore plus rassurant. Comme l'impression qu'on les retrouvera au rayon des surgelés ceux-là.

Bon, disons que je ne raconterai pas tout le trek en détails, à part peut-être le fait que, comme d'habitude, les choses n'ont pas tourné comme prévu. Nous n'avons pas pu monter plus au nord que Dzongri (environ 4500 mètres), pour cause de neige trop abondante. Monter ne poserait pas trop de problèmes, c'est surtout redescendre ; beaucoup de glace et des dénivellations atteignant parfois 80 degrés. Est-ce que je recommencerais demain matin ? Jamais. Ce fut parfois très pénible. Je me rappellerai toujours de ces deux nuits à Dzongri, là ou nous étions coincés. Dormant sur des lits de paille dans une espèce de hutte, j'ai bien pensé que je mourrais de froid. Il faisait environ -15 dehors, et bizarrement, encore plus froid en dedans. Je suis toutefois bien content d'avoir relevé ce défi. Un des symptomes les plus fréquents du mal de l'altitude est l'insomnie ; disons que j'y ai goûté à merveille. Une moyenne de deux heures de sommeil par nuit, à lutter contre le froid et à me demander ce que je fous là. Une nuit ou j'ai dû sortir pour soulager ma vessie, j'ai eu droit à un spectacle incroyable. Bien sûr il y avait ces milliers d'étoiles qu'aucune lumière urbaine ne distortionnait, mais le ciel clignotait au loin, comme si des obus tombaient à quelques kilomètres de là. Je suis resté un bon 15 minutes à contempler ce spectacle unique. Je pense que c'est un phénomène dû à l'altitude; je ne sais pas trop. Suraj a tenté de m'expliquer, mais moi et l'esprit scientifique, ça fait deux. Et puis, parfois je n'aime pas les explications rationnelles. Le troisième ou quatrième jour (je ne sais plus trop), nous sommes tirés du lit à 4h30 par Jigmee. Nous devons absolument monter sur un sommet à 30 minutes de marche de notre camp pour voir le lever du soleil. Ok d'abord ! Le plus beau spectacle que j'aie vu de toute ma vie. Devant nous se dressait une montagne de 7400 mètres, la luminosité était parfaite, et à mesure que le soleil se pointait, nous pouvions contempler ces sommets enneigés qui se dressaient à l'infini devant nous, sur des centaines de kilomètres. Tellement beau que j'oubliais à quel point je me les gelais. Puis quand le soleil est finalement apparu, ses chauds rayons ont tôt fait de nous réchauffer. Jamais je n'avais été si près de lui, comme si j'avais juste à tendre la main pour le chatouiller un peu. Après Dzongri, Jigmee nous annonce donc que les projets changent. Nous finirons le séjour en faisant le trek des monastères, en redescendant tranquillement vers Yuksom (point de départ) lors des prochains jours. Personnellement, ça me convient parfaitement, j'ai froid malgré mes sept épaisseurs, j'ai contemplé les plus hauts sommets du monde, je suis satisfait. Jo est déçu, il voulait monter plus haut. Mais il m'avouera à la fin du trek qu'il ne regrette aucunement le changement de plan, puisque la route des monastères nous a donné l'occasion de voir des paysages absolument incroyables, encore une fois. C'était hallucinant là-haut aussi, mais plus monotone et moins varié.

C'était aussi de traverser tous ces minuscules villages complètement isolés, près desquels absolument aucune route ne passe, et là ou vivent paisiblement quelques familles. J'ai aussi appris qu'il n'y a que moi qui suis capable de me perdre dans un village de 300 habitants.

Le jour de mon anniversaire, j'atteins à l'aube le plus haut sommet que je n'aie jamais gravi. Jigmee sort une bouteille de brandy, me donne un foulard semblable aux drapeaux à prières bouddhistes, et me souhaite bon anniversaire. Nous trinquons tous ensemble à 4300 mètres (pas trop quand même), et je me dis que c'est sans aucun doute le plus inusité des anniversaires que je n'aurai jamais.

Nous étions trois équipes à plus ou moins suivre le même parcours. On se rencontrait parfois à des haltes, pour faire une pause-thé. Disons que notre groupe se distinguait pas mal des autres. Les autres étaient tous équipés pour des centaines et des centaines de dollars, technologie dernier cri, sérieux comme des contrôleurs fiscaux; ces gens-là ne semblaient pas être là pour s'amuser. Moi, Jo et Rainer sommes plutôt du genre bons vivants : la bouteille de rhum n'était jamais bien loin, ça fumait pas mal et disons-le, nous n'étions pas super bien équipés. Ironie du sort : les deux autres groupes ont abandonné bien avant nous. Dans la première équipe, un monsieur est tombé malade et ils ont dû redescendre (seul médication contre le mal de l'altitude). Dans la deuxième équipe, une dame et un ..... porteur sont tombés malades, et ils ont dû redescendre à leur tour. Nous, pas de problème, nous voulions encore monter et le staff se portait à merveille, tout comme nous. Jigmee n'en revenait tout simplement pas ; il nous regardait comme des extra-terrestres et nous a avoué bien humblement qu'il avait rarement vu une équipe comme la nôtre aussi bien tenir le coup. Il nous dit à quel point il est bien avec nous et qu'il ne nous oubliera pas de sitôt ! Le premier jour, il nous tend une cigarette grossièrement roulée. Pour lutter contre le mal de l'altitude, dit-il, rien de tel. Une cigarette??? "No, no, ganja". Ah ben cibole !
- Je n'en offre pas aux touristes d'habitude, mais avec vous, c'est différent. On le fume?
- Jamais de la vie. Je ne touche pas à ça, bien entendu.
- Moi non plus, répond Jigmee. Je ne fume pas à Gangtok, seulement en montagne. Ça fait des miracles, je te dis.
- Ok d'abord. Ça tombe bien, moi aussi je fume seulement quand je suis dans l'Himalaya.
Faut dire que Rainer a abusé du concept de sous-équipement. Je ne sais pas ou il s'imaginait qu'on s'en allait, davantage à un mariage qu'à un trekking probablement. Toujours est-il que ce pauvre Rainer a descendu une partie du mont jouxtant Dzongri sur le cul. Amusant. Mais les souliers à crampon sont indispensables. Peut-être que je parais un peu irresponsable en racontant tout ça, mais je me suis lancé dans ce trekking comme je l'ai fait pour ce voyage : sans trop de préparation, on plonge et advienne que pourra. Jusqu'ici, ça m'a très bien servi, et ce fut le cas une fois de plus.

Cette expédition ou on se sent seul au monde donne l'occasion de réfléchir, de faire le point. Le soir, il n'y avait absolument rien à faire, à part penser, lire (à la lampe de poche!) et tiens, pourquoi pas méditer avec les mentras que Suraj et Jigmee nous ont enseigné.

Les yacks sont de bien braves bêtes. Armés de leur cloche au cou, il faut les voir transporter des charges incroyables sans jamais broncher, réguliers comme des métronomes et affrontant des climats rudes qui n'ont rien à envier à ceux du Québec. Ils étaient parfois si rapides qu'il valait mieux se tasser de leur chemin, si on ne voulait pas avoir deux marques de cornes imprimées sur le postérieur. J'ai baptisé le mien Martial. Un fort caractère, très rebelle mains consciencieux.

Notre cuisinier était tout un personnage. Environ 25 ans, l'air un peu perdu, parle tout seul, sale gueule de bum. Mais je ne pense pas mentir en disant que je n'ai probablement jamais aussi bien mangé que cette semaine. Très créatif le mec, le menu ne s'est pas répété une seule fois. Momos par-ci, pain tibétain par-là, soupes et salades excellentes. C'était parfois beaucoup trop ; un soir, j'ai dû carrément refuser de souper. Quand ça ne rentre plus, ça ne rentre plus. Le dernier soir, pour remercier cette formidable équipe, nous invitons toute la gang au seul bar de Tashiding (destination finale) et Rainer, moi et Jo s'occupons de la facture. Petite note sur ce bar... C'était assez surréaliste. Ça faisait des jours que nous n'avions vu à peu près aucune civilisation, et nous découvrons cette hutte sur le bord d'une petite route, et sur laquelle est indiqué "Bar". Nous rentrons, pour trouver un décor absolument très moderne, avec Manu Chao comme trame sonore et à peu près toutes les marques d'alcool imaginables derrière le comptoir fait tout en mirroir. Décidément ... C'était également l'occasion de faire connaissance avec la thomba, fameuse bière tibétaine. On nous sert une peinte en bambou dans laquelle repose seulement du millet, sembable à de l'orge. Ensuite, on verse de l'eau bouillante dedans, et le processus de fermentation express fait son oeuvre. On attend cinq minutes, et le mélange se transforme en alcool. Ça me rappelle presque Jésus ... On peut remettre de l'eau trois ou quatre fois. Excellent!!

Suraj me promet que d'ici cinq ans, il viendra vivre au Canada pour s'ouvrir son propre magasin de tatouage, et il me fera mon prochain grtuitement. Bonne chance Suraj !

-

Rencontré deux Québécois ici à Gangtok, Max et Hélène. Ça fait du bien de parler un peu dans sa langue avec d'autres personnes, j'ai quasiment peur de perdre mon français. Je me suis inquiété durant le trekking, quand je me suis surpris à penser en anglais ... Ouf! Max et Hélène sont une bouffée d'air frais.

-

Je m'ennuie des gens que j'aime, mais pas de notre mode de vie "course-contre-ne-sais-pas-trop-quoi-au-juste", ou la vie se déroule essentiellement entre le bureau et le centre d'achats. Juste d'y penser, ça me donne des frissons. Mais bon, je me prépare mentalement à y faire face un jour ...

-

Dans deux jours, nous faisons un saut au Bhoutan. Un des pays les plus fermés au monde. Impossible d'y voyager en individuel, et ça coûte 200$ US par jour simplement pour le privilège d'être sur ce territoire. Qu'à cela ne tienne, depuis 2001, c'est possible d'y faire un arrêt de 24 heures et ce, complètement gratuitement. Je ne peux pas rater cette occasion.

No comments: