Monday, May 12, 2008

United Airlines vol 7634 15/5/2008

Ho Chi Minh - Hong Kong - Chicago - Montréal. J'atteris jeudi soir un peu avant 22h.

Fin de cette aventure, donc. À moins qu'il ne se passe quelque chose d'exceptionnel, ceci sera mon dernier message outre-mer. J'ai encore le nez bien trop collé sur l'expérience pour en faire un bilan quelconque. Au retour peut-être, si je me sens inspiré. Comment je me sens ? À la fois content et triste. Content de rentrer; quatre mois et demi, c'est amplement suffisant. Mais je suis également conscient que c'est la fin d'une expérience inoubliable, et que je ne revivrai probablement pas ça très souvent dans ma vie. Quoique ... Le prochain projet du genre commence déjà à mijoter dans ma tête. Je pense que le ''backpacking'' est une maladie incurable.

Mais bon, avant de penser à tout ça, on va commencer par rentrer.

Merci d'avoir eu la patience de me lire durant tous ces mois.

C'est la fin. On se revoit à Montréal !

Sunday, May 11, 2008

Saigon II

Revenons donc un peu plus de vingt-quatre heures en arrière. Lorsque le bus fait son entrée dans Saigon, je constate que nous traversons le quartier de Phan Ngu Lao, et c'est exactement là que je désirais loger : beaucoup de restos, bars et hôtels bon marché. Ça tombe bien, le chauffeur nous demande justement s'il y en a parmi nous qui souhaitent s'arrêter ici plutôt qu'au terminus. Je débarque donc avec quatre ou cinq autres personnes. Trouver un endroit où loger fut, comme d'habitude, très facile. Je me suis dégoté une adorable petite guesthouse familiale où l'on se sent automatiquement chez soi : le petit bébé qui joue au milieu du hall d'entrée, le père qui gosse sur internet dans le salon, la maman à la cuisine qui prépare les repas (''demain midi je mange avec vous'', que j'ai promis). Je pense être le seul client de la place, et j'ai droit à toutes les petites attentions.

Pour 10$US, c'est un véritable petit palace que l'on m'offre, si on compare à ma petite chambre de Phnom Penh : air climatisé, mini-bar (mais ça c'est sournois pour la facture finale, j'évite pour l'instant), télévision. Tiens, parlant de télévision, j'ai accès à TV5 Monde pour la première fois depuis le début du voyage. Hier, je me suis tapé le bulletin de nouvelles de la SRC. L'animateur Sébastien Bovet articulait tellement trop que je me suis dit qu'il s'agissait sans doute d'une édition ''internationale''. Bingo ! Le générique me le confirmera. Puis, avant d'aller au dodo, je tombe sur Guy A. et Sylvie dans ''Un gars, une fille''... sous-titré ! Mais c'était bien d'écouter ça.

Etre seul change l'atmosphère à 100%, évidemment. Je ne regrette pas une seconde d'avoir tenté l'expérience. Mais j'ai bien eu peur que ça n'arrive pas : durant le trajet de bus, j'ai fraternisé avec un sympathique type de Victoria, BC. Son voyage commencait tout juste et il semblait un peu stressé de débarquer à Saigon. Je craignais qu'il me propose que l'on se cherche un hôtel ensemble, mais j'avais préparé le terrain : durant le trajet, j'ai pris soin de mentionner à quelques reprises combien le fait de débarquer seul dans cette ville de sept millions d'habitants m'enthousiasmait et que j'étais content d'essayer ça. Ça a porté fruit : la proposition n'est jamais arrivée.

Sinon, le plus gros inconvénient concerne mon sens de l'orientation absolument inexistant. Celui de Jonathan était quand même assez bon : on pouvait partir explorer une ville les yeux fermés. Alors que maintenant, la moindre petite marche me demande un très gros effort de concentration, mais on s'en sort ! Je n'ai pas le choix de toute façon, je prends ça comme une pratique pour mon prochain gros projet où je partirai seul, cette fois-là.

Au niveau gastronomique, je suis carrément au paradis ici. Je suis un très grand fan des soupes ''Pho'', ou tonkinoises, ainsi que des rouleaux printanniers frais, pas les frits, mais ceux que l'on se fait servir enroulés dans une mince pâte de riz transparente. J'abuse pas mal de ces deux plats jusqu'à maintenant ; je ne pense pas avoir mangé autre chose. Ce soir, on va essayer de varier un peu : la cuisine vietnamienne semble avoir plusieurs autres très bons trucs à offrir. La plus grande déception est toutefois quand ces rouleaux arrivent frits, du genre resto chinois québécois, mais ce n'est arrivé qu'une seule fois jusqu'à maintenant.

-

Dire que je capotais parce que la devise du riel cambodgien donnait lieu à des montants ridiculement élevés. Je n'avais rien vu. Bienvenue au pays des dongs ! Un dollar = 16 000 dongs ! Limite de retrait de deux millions par jour dans les guichets automatiques. Un bon petit repas avec une bière me coute quelque chose comme 120 000 dongs. Mais c'est le même phénomène qu'au Cambodge : les dongs et les dollars US sont utilisés parallèlement. Hier, je vais au dépanneur pour me procurer les magazines Time et The Economist (seul au resto, j'aime bien avoir des trucs à lire). Suspense, suspense, dans quelle devise me demandera-t-on de payer ? La fille me dit 6$ US. Parfait, je lui donne un 20. Ensuite, elle sort sa calculatrice, s'arrache les cheveux, appelle son frère à l'aide, tout ça pour savoir combien de dongs elle doit me redonner, avec le taux de change actuel et tout. Compliqué, vous dites? Elle m'a redonné une couple de 100 000, là. Sinon, ils sont pas mal tatillons sur la qualité des billets. La dame qui m'a fait du change à la frontière (et qui m'a un peu crossé, on va se l'avouer) m'a refilé un billet de 50 000 avec une légère déchirure sur le haut. Je n'arrive pas à le passer nul part, meme en essayant de jouer au prestidigitateur. Ils s'en rendent compte sur-le-champ. Ils me disent d'aller dans une banque et on me le changera ; on verra si j'ai le temps. C'est quand même juste 3$, au pire je le garderai dans ma collection d'argent, qu'il faudrait bien que je commence un jour. En tout cas, ça s'en vient un peu mêlant tout ça : en moins d'un mois, il a fallu apprendre à composer avec les roupies, les bahts, les riels, les dongs et les dollars US. Rentrer à la maison, ce sera comme prendre des vacances, finalement.

-

Autre petit changement : l'écriture utilsée au Viet-Nam est exactement la même que chez nous. Tiens c'est vrai, je n'avais jamais remarqué. Bon, il y a quelques variations bizarres comme des cédilles sous les ''o''. Ça n'aide toutefois en rien à mieux comprendre, mais contrairement au thai ou à l'hindi, on peut au moins prononcer, ou tenter de le faire. Et pour se remémorer un nom de rue ou de resto, c'est bien !

-

Demain, visite du musée Cu Chi, ou un truc comme ça, et qui concerne l'histoire de la Guerre du Viet-Nam. C'est situé un peu en-dehors de la ville. Il paraît que c'est presque aussi insupportable que ce que nous avons vu au Cambodge. Je ne vais pas voir ces trucs par voyeurisme macabre, mais pour tenter de mieux comprendre ces événements, ces conflits, ces régimes. Ensuite, je compte aller me perdre un peu dans le quartier chinois (qui est très bien, parait-il) dans l'espoir de manger des dim sum. Finalement, un petit tour du coté du marché Ben Thanh, espèce de lieu chaotique ou l'on vend absolument tout, des chiens dépecés ''prêts-a-manger'' aux paires de Air Jordan contrefaites. J'avais adoré l'ambiance de celui de Phonm Penh, alors on remet ça !

À bientot ...

Saturday, May 10, 2008

Saigon I

La ville s'appelle Ho Chi Minh Ville depuis une bonne trentaine d'années, mais tout le monde continue de dire Saigon. Je ferai donc pareil.

Juste pour vous donner une idée, je me trouve en ce moment à 100 mètres de cette intersection :

http://www.youtube.com/watch?v=1dqibvh96Og

Et ce n'est pas si compliqué à traverser. Surtout, aucun geste brusque. Il faut être lents et prévisibles. Ils finiront toujours par vous contourner. On peut louer une petite moto pour 5$ par jour. Une autre fois, peut-être ?

Je reviendrai ce soir ou demain pour raconter mes (excellentes) premières impressions sur cette ville et ce pays.

++

Friday, May 9, 2008

Phnom Penh II

Deuxième message aujourd'hui. Je suis en feu.

Aujourd'hui étant mon dernier jour au Cambodge, j'en profite pour faire une longue tournée de la ville à pieds, accompagné bien sûr de Jo et Thi. Bien contents d'être avec cette dernière, qui, maîtrisant évidemment la langue locale, nous épargne pas mal de niaisage et de sollicitations, même si de ce côté-là, ça n'a rien à voir avec l'Inde. Donc ce soir on se permettra un resto de luxe quelque part au centre de la ville, sur les rives du Mékong, pour ''fêter'' la fin de cette collaboration de plus de quatre mois. Je quitte pour le Viêt-Nam demain matin vers 6h30. Et le hasard faisant trop bien les choses, mon état de santé est maintenant à 99% rétabli. Tout est allé très vite. Je viens sans doute de finir de digérer l'Inde. Mais comme pour ce pays, je pense bien revenir au Cambodge. Gens absolument merveilleux et généreux. Suis-je trop sentimental ? Toujours si difficile de quitter un pays ...

-

Dans la chronique ''J'ai testé pour vous", que je viens d'inventer : la poutine cambodgienne. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir, dans le menu du resto de la guesthouse, la présence de ce St-Graal Québécois. Avec une définition en plus : "Mets typiquement québécois composé de frites, de sauce ''gravy'' et de fromage. Non, nous n'avons rien de Québécois, mais nous l'avons essayé une fois et on le garde sur le menu à cause de la demande générale." Il faut dire qu'ils ont de l'humour dans leur menu, et que chaque plat est décrit un peu de cette façon. Bon, le résultat ? Pas tout à fait La Banquise, mais les cafétérias de nos écoles secondaires peuvent aller se rhabiller ! Vraiment vraiment très bonne.

-

Dans les clubs de Phnom Penh, lorsqu'une envie de soulager nos boyaux nous prend après quelques consommations, autre surprise locale : il y a des masseurs proposant leurs services (ou sévices, au choix) pendant que vous accomplissez votre noble tâche. Très peu pour moi merci, mais pour ceux qui ont la vessie capricieuse en public, à essayer, je suppose. Nous vivons dans un monde étrange ...

-

Les Khmers, ou Cambodgiens si vous préférez, sont passés maîtres dans l'art de la copie. Beaucoup plus que les Thaïs, qui jouissent eux-mêmes d'une bonne réputation dans le domaine. Tous les romans, revues, guides, CD, DVD sont vendus ici à prix absolument dérisoires. Je me demandais pourquoi mon Lonely Planet du Viêt-Nam ne m'avait coûté que 2$US. Quand la reliure a menacé de céder entre mes mains dès la première consultation, j'ai compris. Mais les copies sont néanmoins assez bien faites. Tout comme pour les revues The Economist et Newsweek que je me suis procurées aujourd'hui. Mais ça ne battra jamais les chaînes de resto : pour une raison inconnue, aucune chaîne internationale n'est présente ici. Mais attention : le Big Burger -logo 100% identique à celui de Burger King- et le My Burger, même M arché que McDo, veillent patiemment sur vos potentielles ulcères d'estomac.

-

Toujours dans la catégorie en vrac, pour finir : en dehors de Phnom Penh, toutes les maisons cambodgiennes sont construites à quelques mètres du sol, sur pilotis. La raison : empêcher les serpents d'entrer. Leurs morsures constituent la première cause de décès ''non-naturelle'' au pays. Watch out !

-

Je me suis fait reprocher d'avoir rebaptisé mon blog d'un nom anglophone. Connaissez pas les Dead Kennedys ? ;)

-

Bon, assez parlé pour aujourd'hui, et il y a trop de lézards sur le clavier.

Tchelo !

Choeung Ek - Tuol Sleng

J'aurais également pu intituler ce post ''tourisme de la mort''. Hier fut une journée forte en émotions, ayant sur notre itinéraire la visite de deux sites hautement syboliques en ce qui concerne le régime de terreur des Khmers Rouges.

Premier arrêt : Choeung Ek, ou encore les ''Killing Fields''. Ici furent emportés des milliers de Cambodgiens n'ayant pour seul destin que l'exécution sommaire, à coup de moyens rudiementaires bien souvent ; il fallait économiser les précieuses balles. 17 000 personnes y passèrent entre 1975 et 1978. Les restes d'environ 9000 d'entre eux furent découverts en 1980, et leurs crânes sont aujourd'hui exposés, nous regardant en plein visage, ayant l'air de nous supplier de ne jamais les oublier. Un monument d'environ une vingtaine de mètres de haut se trouve face à nous dès l'entrée sur le site, et ces crânes, divisés en catégories d'âge et de sexe, nous font face sur plusieurs étages. Dessous reposent leurs vêtements. Une fois le recueillement terminé, nous sommes invités à visiter d'autres endroits tout aussi macabres -extérieurs cette fois-ci- comme les lieux des charniers qui sont aujourd'hui de nouveau envahis par une nature, mais jeune et fragile. Tout à côté trône ''l'arbre de la torture'', sur lequel on attachait les enfants et bébés en les battant à mort devant les yeux suppliant de leurs mères, qui elles-mêmes se transformeraient en cadavres quelques moments plus tard de toute façon.

Après la visite de ce site, on devait se rendre directement à Tuol Sleng, mais pour l'instant j'en avais assez vu. Une virée au marché était au programme de la journee, et j' ai préféré passer à cette étape histoire de laisser retomber un peu la poussière. Deux heures et quelques achats plus tard, nous voila donc à Tuol Sleng. École secondaire transformée en centre de détention par les Khmers Rouges dès leur prise du pouvoir, qu'ils rebaptisèrent humblement l'An Zéro. En fait, les 17 000 personnes mortes à Choeung Ek ont fait leur "stage" ici avant, si je puis me permettre l'expression. De ce nombre, sept d'entre eux ont survécu. Et lorsque les Viet-Namiens sont venus libérer la ville en 1979, on tortura à mort les quatorze prisonniers qui étaient dans l'établissement. Chaque cellule est demeurée intacte, avec les lits et les instruments de torture, avec en plus une photo qui montre l'état des cadavres au moment de leur découverte. Les restes de ces quatorze malheureux reposent symboliquement dans ce qui fut jadis une cour d'école, juste à côté de la barre à gymnastique transformée en outil de pendaison. Mais ce n'est pas tout. Les Khmers Rouges prenaient en photo toutes les victimes de leur régime une fois entre leurs griffes. Des dizaines de milliers de visages sont donc exposés dans les diverses pièces de Tuol Sleng, si bien qu'après un moment, ça devient complètement insupportable. Impossible de ne pas réprimer un sanglot ou une boule dans la gorge en voyant tous ces regards complètement désespérés, sachant très bien ce qui les attend. Je vous épargne tout le reste. Mais entre autres : instruments de tortures exposés, dont de gros récipients d'eau dans lesquels on plongeait les victimes par la tête, pieds attachés, juste assez longtemps pour simuler la noyade, afin de soutirer des confessions ou des délations. Pauvre eux, ils étaient exécutés sur-le-champ par après, confession ou pas. Tiens, une petite pensée pour nos amis Américains à Bahia Guantanamo ici, qui revendiquent fièrement le droit, qu'ils prendront de toute façon, d'utiliser encore cette technique. Bref, impossible de ne pas sortir de ces visites complètement à l'envers. Imaginez la nature humaine dans ce qu'elle a de pire. Maintenant, imaginez dix fois pire.

Wednesday, May 7, 2008

Phnom Penh I

Le séjour à Siem Reap fut plutôt tranquille et sympa. Les temples d'Angkor sont évidemment fidèles à leur réputation, même si ça me faisait énormément penser à ce que j'avais déjà vu à Ayuttaya en Thaïlande, en 2004. Cependant, la superficie concernée est des centaines de fois plus grande. Ils vendent d'ailleurs des passes pour une, deux ou trois journées, tout le monde s'entendant pour dire qu'une journée, ce n'est définitivement pas suffisant. Sacrilège ou pas, nous n'avons pris une passe que pour une journée. Je vous assure que c'est amplement suffisant vu le contexte ... Je le répète, mais après quatre mois de tourisme, on se tanne un peu de visiter des trucs, qu'ils soient mondialement célèbres ou pas. De plus, la chaleur est particulièrement pénible au Cambodge ces jours-ci. C'était bien assez pour moi. Quoiqu'il en soit, Jo est un petit ratoureux. Il s'est lié d'amitié avec une fille travaillant sur le site, et est retourné la voir les deux jours suivants ! Le troisième jour, il me demande si ça me dérange qu'elle nous accompagne à Phnom Penh et à Sihanoukville : elle n'est jamais sortie de Siem Reap, sa patronne est d'accord pour la libérer une semaine ou deux, puisque c'est tranquille ces temps-ci au niveau touristique. Bien sûr que ça ne me dérange pas, même que ça me fait plaisir. '' Mais Jo, fallait que je te parle de toute façon ... Je ne pense pas aller à Sihanoukville .. '' ''Quoi??!''

Eh oui, plusieurs raisons murissent mon choix, et la nouvelle amie de Jo (qui n'est qu'une amie, entendons-nous!) n'y est absolument pour rien. De un, je commence à être serré un peu financièrement. Pas que je manque d'argent, mais je dois penser à mon retour. Je veux qu'il me reste suffisament d'argent pour pouvoir vivre quelques semaines à Montréal sans trop stresser. Et puisque je devrai me trouver un appartement pas mal dès mon retour, faut prévoir le coup. Ce serait d'une irresponsabilité totale de rentrer au Québec le porte-feuille vide. De deux, Sihanoukville ne m'attire pas plus qu'il le faut. Plage, farniente, bière, bouffe, oisiveté totale, je ne suis pas dans ce mood ces jours-ci et je n'en ressens pas particulièrement le besoin. Et de trois, ça fait depuis le début du voyage qu'on se dit que ce serait bien de faire un petit bout en solo. Ca manque parfois de défi ; tout étant si facile à deux. Et finalement, je commence à m'ennuyer de mon monde et à avoir hâte de rentrer, ça joue pas mal, ça aussi. Ah oui, et y a une autre raison. Je commence à avoir hâte d'aller consulter un médecin. Rien de grave, rien qui ne m'empêche de fonctionner, mais un petit embêtement au niveau digestif qui ne semble pas vouloir s'en aller, après plus d'un mois. Je lui assure que c'est absolument rien de personnel, et mes explications le convaiquent. Ma décision est prise : pendant que lui se dirigera à Sihanoukville, je prendrai le chemin de Ho Chi Minh Ville au Viet-Nâm, d'où les billets d'avion sont de 400 à 500 dollars de moins cher qu'en partance de Phnom Penh. Et puis, j'en profiterai pour visiter un peu cette grouillante métropole quelques jours en solitaire, le temps de régler les formalités de mon billet d'avion. Alors voilà où j'en suis ! Je suis bien à l'aise avec ma décision, ça donnera un petit coup d'aventure qui manquait un peu dernièrement.

Nous sommes en ce moment à Phnom Penh, la sympathique capitale du Cambodge. Petite guesthouse bien confortable sur les rives du lac Boeng Kak, un autre quartier particulièrement populaire auprès des routards de tout genre. Vu que j'avais réservé l'hôtel à l'avance, un type nous attendait au terminal de bus, pour nous conduire au gîte en moto. Une sévère pluie venait de s'abattre sur la ville, si bien que nous roulions fréquemment dans dix ou quinze centimètres d'eau brunâtre. Mais au vu du comportement des conducteurs, cette situation semblait parfaitement normale.

Dans mon post précédent, je parlais des fameux ''shooting range'' pour lesquels on se fait sans cesse solliciter pour aller se défouler à coup d'artillerie lourde. Au diable l'éthique, nous avons succombé et y sommes allés ce matin. Fucked up ! On arrive là, et le type (avec une très sale gueule) nous remet tout bonnement un menu, comme si nous étions dans un vulgaire resto. Les prix pour chaque arme sont affichés, avec le nombre de munitions dont nous disposons pour atteindre les cibles (en carton, bien sûr). Jo et moi avons opté pour l'AK-47 tous les deux ; c'était un des moins chers et cette arme, de par son histoire, m'a toujours pas mal fasciné. Thi, l'amie de jo (et maintenant aussi la mienne par le fait même) quant à elle a préféré s'abstenir. Mais quell thrill, sans joke ! Fallait que j'essaie ça une fois dans ma vie. Et au nombre de touristes qu'il y avait là-bas, disons que nous n'étions pas les seuls à y avoir été poussé par curiosité. C'est situé non loin de l'aéroport international de Phnom Penh, et lorsque la moto s'approche de l'aire, un frisson nous parcourt, à l'écoute de toutes ces détonations d'explosifs et d'armes semi-automatiques. Dans une véritable zone de guerre, ça doit sonner exactement comme ça. Sinon, entre autres, sur le menu : un tir de bazooka pour 300$ US. Mais ils nous ammènent en pleine jungle, à une heure de là. Il y a aussi moyen de garrocher une grenade pour 30$ US. C'est complètement cinglé, mais il fallait que j'essaye. Et puis, je n'ai pas à me justifier, après tout ... C'était cool en maudit ! :)

Non loin de là, il y a un petit circuit de Go-Kart. Tiens, pourquoi pas ! Je n'en ai pas fait depuis l'âge de huit ans, pourquoi pas en faire au Cambodge ! Les seules anomalies consistaient à prier pour que la vache (qu'est-ce qu'elle foutait là?) qui broutait directement sur le bord de la piste ne prenne pas la fantaisie de traverser la piste, ou de s'y installer carrément, comme les vaches savent si bien le faire. Ce n'est pas arrivé. Mais les trois ou quatre nonchalants qui gèrent le circuit devraient tout de même faire attention, ça aurait pu être dangereux. Sinon, c'est bizarre de rouler au bruit des détonations qui se font entendre au loin, mais, même si c'est un peu terrible à dire, on s'y habitue.

Alors voilà. Demain, au programme : visite du Musée du Génocide. Pas particulièrement joyeux, mais il s'agit d'un incontournable, pour mieux comprendre (s'il y a quelque chose à comprendre) la folie totale qui s'est emparée de ce pays entre 1975 et 1979.

-

Le prix du gaz à Phnom Penh est à 1.25$ US le litre. Comme chez nous, mais c'est là que la comparaison s'arrête. Ma chambre d'hôtel (bon, un peu rudimentaire) me coûte 3$US la nuit, un excellent repas au resto 3-4$ aussi, alors j'imagine le bas prix des produits de base ... Tout ça pour dire que ça ne me surprendrait guère que faire un plein leur coûte quelques jours de salaire. Mais ça n'empêche en rien les véhicules de prendre d'assaut les rues de la capitale. A ce sujet, j'ai vu deux jeeps aujourd'hui immatriculés en ... Californie ! Mais bon, au nombre de véhicules qui roulent carrément sans plaque et dans un pays où je pourrais acheter ma citoyenneté pour quelques dizaines de dollars, c'était probablement une petite fantaisie décorative de la part des chauffeurs.

-

Sinon, un petit regret : je n'aurai peut-être pas de photos du Viet-Nâm. Je ne dispose plus de carte-mémoire depuis Varanasi ; je n'ai jamais réussi à en trouver une compatible avec mon appareil, pourtant fabriqué en Asie. Mais jusque-là ça allait, j'avais convenu avec Jonathan que je pigerais dans ses photos du Cambodge, que ses images seraient les miennes. De toute façon, bien souvent, nous prenons pas mal les mêmes photos. Il y aurait toujours la carte-mémoire de mon lecteur MP3. Le risque, c'est de perdre d'un coup la moitié de ma liste de chansons sans que ça ne m'apporte quoi que ce soit en retour. Mais je prendrai ce risque, pour ce qu'il reste au voyage de toute façon. Au pire, je pense à ça, il y a toujours les appareils jettables cheapo. Au diable la qualité des images, mais au moins j'en aurai. Tiens, c'est probablement ça que je ferai !

-

Je pense quitter Phnom Penh dans trois jours. J'aime bien l'amibance ici ! Ensuite, j'ignore combien de temps je resterai au Viet-Nâm, mais je ne m'éterniserai fort probablement pas. Le chemin du retour est amorcé !

Je réécrirai de Saigon, bien sûr ...

A bientôt ! :)

Friday, May 2, 2008

Siem Reap

Nous voici donc au Cambodge, à Siem Reap, deuxième ville du pays. Il s'agit en fait de l'agglomération jouxtant les célèbres temples d'Angkor Wat, qui sont à 8 kilomètres d'ici. Ces temples, ou ce qu'il en reste, constituent les plus grands édifices religieux sur la planète (selon notre Lonely, ça me surprend beaucoup), mais également ce que l'empire khmer représentait vers le XIIe siècle, à l'apogée de son règne, lorsqu'il dominait ce qu'est aujourd'hui la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Viet-Nâm. Nous allons visiter tout ça demain.

Avant de poursuivre, un petit mot sur notre semaine à Bangkok. Ce fut parfait pour nous remettre un peu plus en forme. Notre hôtel était tellement confo qu'on a eu bien du mal à quitter cette ville géniale. Il y avait tout ce qu'on voulait sur place : quelques bars et restos dans l'hôtel, une piscine sur le toit, une télévision avec un réseau interne qui diffusait des DVD de South Park et Family Guy ... un vrai petit resort, qui me faisait même penser que j'étais dans le sud. Ajoutez-y une plage et l'illusion aurait été parfaite. Sans oublier la fameuse Kao San Road et ses innombrables bars qui ne ferment que quand le dernier client a fini de picoler. Les Thaïs sont toujours aussi gentils, et il est très facile de lier des liens d'amitié ; c'est moins ''intéressé'' qu'avec les Indiens. D'ailleurs, il m'est formellement interdit de me prendre une chambre d'hôtel la prochaine fois que je passe par Bangkok. Donc c'est ça, à part la Kao San Road et ses environs, nous ne nous sommes pas vraiment promenés à Bangkok. De un, j'avais déjà visité tout ce qu'il y avait à visiter en 2004 et de deux, on était surtout là en transit, pour glander un peu avant d'avoir la possibilité d'entrer vers notre seconde étape officielle : le Cambodge.

Nous y sommes donc allés en bus. Premier choc : le contraste vraiment frappant entre la Thaïlande et le Cambodge lorsque l'on franchit la frontière par la route. Des belles routes thaïes goudronnées et sans aucune fissure, nous passons soudainement à d'étroits chemins boueux ou le bus ne peut avancer à guère plus de 25 ou 30 km/h. Nous avons d'ailleurs changé de véhicule à la frontière, ce qui nous a brusquement rappelé que nous n'étions plus dans le Disneyland touristique thaï. Du bus climatisé à deux étages avec toilettes et lecteur DVD, nous switchons pour un tape-cul inconfortable qui nous laissera tomber un peu plus loin d'ailleurs. Premier constat : la Thaïlande est riche, très riche même, par rapport à ses voisins.

Ici au Cambodge, nous réalisons bien vite que nous sommes dans un pays ou tout est à faire, et ou le régime sanguinaire des Khmers Rouges de Pol Pot (1975-1979 ... deux millions de morts) a laissé des séquelles absolument épouvantables. Cette gang de sans-dessein a eu l'idée géniale d'abolir la monnaie et de faire exploser l'édifice de la Banque Centrale à Phnom Penh. Résultat : c'est un peu le chaos monétaire en ce moment. Trois monnaies sont utilisées parallèlement : le riel cambodgien, le dollar US et le baht thaï (mais principalement les deux premières). On paye en riel, on reçoit notre monnaie en dollars, et vice-versa. Il faut vite apprendre à jongler entre les deux devises, mais le taux de change est un chiffre assez rond ... environ 4000 riels pour 1$US. D'ailleurs, ça fait assez drôle de se ramasser avec une facture de 25 000 pour un repas à deux. Pourriez pas juste couper quelques zéros ? Pour donner un peu une idée de l'instabilité du Cambodge dans l'ère contemporaine, dites-vous juste que le pays a changé de nom cinq fois depuis 1970, mais semble s'être branché pour de bon en 1993 en choisissant son nom actuel : le Royaume du Cambodge.

Les temples d'Angkor sont évidemment le truc dont les Cambodgiens sont les plus fiers. Le temple principal, le plus gros (celui que l'on voit partout) est représenté partout. Du drapeau national aux sacs de riz, en passant par les cannettes de bière et les paquets de cigarette. Difficile à manquer, en tout cas ! Pour donner une idée de l'ampleur de l'importance d'Angkor pour les Cambodgiens : il y a quelques années, une comédienne de soap-opéra thaï avait mentionné que ces temples appartenaient historiquement à la Thaïlande. Résultat : plusieurs jours d'émeute à Phnom Penh, ambassade thaï saccagée et incendiée, sièges sociaux de compagnies thaïes pris d'assaut. On ne niaise pas avec Angkor Wat ...

Le Cambodge est tristement célèbre pour le nombre effarant de mines anti-personnel qui sont encore dispersées un peu partout au pays. Il n'est pas rare de voir des amputés (il y en aurait 50 000 environ au pays). Partout ou nous sommes, on se fait dire de ne jamais sortir des sentiers battus ... Si par exemple, un besoin naturel nous prend alors que nous sommes sur le bord d'une route, vaut mieux sacrifier un peu de dignité qu'une jambe. Les maudits malades de Khmers Rouges ont posé ces mines au début des années 70 alors qu'ils cherchaient à renverser le gouvernement en place à l'époque. Le but ? Démoraliser le gouvernement. Ces pauvres Cambodgiens en paient encore le prix. Parlant des Khmers Rouges, je regarde les gens marcher dans les rues, et j'en vois très très peu semblant avoir au-dessus de 50 ans. Si j'en ai vu trois ou quatre, c'est déjà beau. Un immense respect m'envahit en les croisant, quand je me dis qu'ils ont survécu au régime le plus sanguinaire de l'ère moderne.

Toutes ces années de guerres civiles ont laissé d'autres sortes de traces, en faisant place à un genre de tourisme assez particulier : ça fait plusieurs fois que l'on se fait offrir d'aller dans des ''shooting range''. Mais qu'est-ce que c'est ? Tout simplement un endroit ou pour quelques dollars US, on peut joyeusement s'amuser à tirer du AK-47, du bazooka ou du machine gun. Spécial, n'est-ce pas ? Les armes à feu n'étant absolument pas mon genre de truc, je crois que je vais passer mon tour, mais j'en connais qui seraient probablement très curieux d'essayer. Mais je ne sais pas, je me demande si c'est bien d'encourager ça. Bon, pendant que ces armes servent à ça, elles ne détruisent pas de vies et ça semble faire vivre un certain nombre de personnes dans le coin. Peut-être qu'il faut voir ça comme une façon constructive d'utiliser le surplus d'armes qu'il y a dans le pays. Et les cibles ne sont plus animales, comme il y a quelques années (incroyable !) Je ne sais pas trop quoi penser ... Je vais laisser la ''chance'' à d'autres.

Sinon, l'ambiance est bonne ici. Les gens sont gentils et souriants. Pas mal de bars, et le coût de la vie est relativement peu élevé (par rapport à la Thaïlande ... à peu près semblable à l'Inde.) Un excellent repas de fruits de mer revient à 2-3$US, la bière est environ 1$, et le pichet de Long Island Iced Tea est à 7$USD, au lieu de 22$ comme au St-Sulpice. Je pense que je vais en profiter un peu ce soir en allant faire un tour sur Bar Street (ça ne s'invente pas). Et sérieusement, je n'ai mangé que quatre ou cinq repas jusqu'à maintenant, mais c'est vraiment excellent. Principalement des fruits de mer et du poisson. En prenant certaines bouchées, des souvenirs d'enfance de mes vacances dans le Maine remontaient à la surface. À ce point-là ! Je pense qu'on va bien s'amuser ici. Dans deux ou trois jours, plein cap sur la capitale, Phnom Penh, et ensuite ce sera les plages dorées de Sihanoukville pour finir ce voyage en beauté. Restera juste à décider si on rentre par Ho Chi Minh Ville (Viet-Nâm) ou si on retourne à Bangkok pour le vol de retour. Ça dépendra des prix ...

À bientôt !

Friday, April 25, 2008

Bangkok !

Eh oui ! Nous voici maintenant en passage-éclair au Royaume du Siam, la Thaïlande. Les vols Delhi - Phnom Penh étant hors de prix, il était définitivement plus sage de venir passer quelques jours au Pays du Sourire, puis de prendre un bus à prix dérisoire en direction du Cambodge par la suite. Pourquoi le Cambodge ? Hmm ... On y pense depuis longtemps, puisque l'option de visiter un ou deux autre pays après l'Inde est envisagée depuis le début. Surtout pour sa nouvelle ouverture au tourisme, pour la complexité de son histoire (surtout contemporaine), pour sa soudaine accessibilité qui n'était pas envisageable il y a à peine cinq ans. Ce n'est pas un coup de tête, puisque nous avons acheté le Lonely Planet sur le Cambodge à Calcutta il y a déjà plusieurs semaines. Voilà donc notre plan, qui, si tout va bien, nous mènera ultimement au Viet-Nam ...

Coïncidence, il y a exactement quatre ans jour pour jour, je débarquais à Bangkok, ville gigantesque mais ô combien sympathique. Nous avons soudainement un tout petit peu moins le mal du pays (bon, j'exagère) car tout est accessible ici; revers de la medaille de l'"internationalisation" à outrance de cette ville, ce qui toutefois, je vais l'avouer, fait parfaitement mon affaire pour le moment. Quelle bouffée d'air frais. Je digère encore mes futomakis, et ce soir, on va aller manger un steak ! (aaargh). La ville n'a pas vraiment changé depuis 2004, malgré le coup d'état de septembre 2006 qui a mis les militaires au pouvoir... Nous logeons sur Kao San Road, qui est à Bangkok ce que Pahar Ganj est à New Delhi : le coin des backpackers à la recherche de logis bon marché. Pas mal animé !

Alors voilà. Demain, nous allons acheter nos billets de bus en direction d'Angkor Wat au Cambodge, ville qui abrite les vestiges de l'ancien empire Khmer qui domina la région durant quelques siècles, puis ce sera Phnom Penh, Sihanoukville, Ho Chi Minh Ville (anciennement Saïgon) et ses environs. Mais ça a le temps de changer, comme d'hab ... En attendant, on prend ça un peu relax à Bangkok, je pense qu'on le mérite bien.

D'autres nouvelles un moment donné ! :)

A+!

Tuesday, April 22, 2008

New Delhi, le retour

De retour à New Delhi, ville que j'aime bien, contrairement à absolument tout le monde. Qu'est-ce qu'on fout ici ? Ah, ça c'est une bonne question. Comme je l'ai mentionné dans mon post précédent, nous étions sur la liste d'attente pour le train Haridwar / Jammu. La procédure est simple : à moins d'être vraiment malchanceux, on se pointe sur le quai, on va voir le contrôleur et il nous attribue une place. Ça marche 99% du temps, sauf quand le train est vraiment trop plein. Celui-là l'était. La suite des choses s'est faite automatiquement. Une heure et demie de galère pour se faire rembourser, courir d'un bureau à l'autre en ayant l'impression de se faire carrément niaiser. Je pense que le coup est calculé : ils rendent ça tellement compliqué de se faire rembourser que la plupart des gens abandonnent sans doute. Toujours est-il qu'on était à bout de nerfs, et vraiment en criss. L'incertitude totale ... Là on fait quoi ? On reste à Haridwar indéfiniment jusqu'à ce qu'une place se libère? Haridwar est bien sympa, mais c'est le genre de ville ou on reste une journée ou deux max. Il n'y a pratiquement rien à bouffer (ville sainte, donc végétalienne, pas d'oeufs, rien ...)

Fidèle à mon habitude, une idée de génie me traverse l'esprit. Je dis à Jo : ''Regarde, depuis deux ou trois semaines, on n'est plus dedans pantoute. On fait tout à reculons. Même si on arrive à aller au Cachemire, même pas sûr qu'on va en profiter. Le diagnostic est simple, même si sans appel : je pense qu'après quatre mois, on en a notre claque de l'Inde. Je propose qu'on retourne à Delhi, qu'on s'achète un billet d'avion pour la ville X, qu'on y reste quelques temps, et de là, ce sera facile de rejoindre les pays Y et Z. Qu'est-ce que t'en penses?'' ''Ouais, ok!'' Sweet deal.
Nous sautons donc dans un bus direction New Delhi. Mais on ne pouvait pas faire un dernier trajet sans que la bonne vieille Inde nous réserve encore quelque surprise (elle a plus d'un tour dans son sac celle-là ...) À 40 km de Delhi, le moteur du bus saute. J'avais des soupçons depuis un bout de temps, quand je voyais de l'huile s'échapper du dash et de la boucane sortir d'en-dessous du levier à vitesse. Les hommes sortent pour pousser et dégager la voie (on a créé tout un bouchon). Après quelques tentatives de réanimation, le décès du bus (qui serait interdit de circulation depuis 25 ans chez nous) est constaté. Résultat : on doit attendre un autre bus qui voudra bien nous reccueillir, ce qui ne sera pas trop long malgré la chaleur accablante. Le reste du trajet constitue la pire heure de mon existence en Inde. Assis dans les escaliers du bus avec mon gros pack-sac sur les genoux, avec un chauffeur complètement dingue, la sensation de cuire dans un four, un estomac encore sensible, des gens partout partout. Mais bon, on a fini par arriver. Évidemment, les chauffeurs de rickshaw nous attendaient de pied ferme. ''Là, tu nous ammènes à la gare pour 150 Rps, et tu ne poses aucune crisse de question. Deal?'' ''Deal''. Ça peut paraître raide, mais venez à Delhi, et vous comprendrez parfaitement ...

Alors voilà. Ce message est le dernier qui sera envoyé de l'Inde. Je vous écrirai d'un autre pays la prochaine fois, dans quelques jours (eh non, ce ne sera pas du Québec). Il nous reste encore quelques semaines devant nous, mais on ne tardera pas à rentrer pour de vrai non plus. Est-ce que je reviendrai en Inde un jour ? Absolument. Le genre de relation qu'on développe avec ce pays est loin d'être simple. En fait, l'Inde n'est pas un pays, c'est un continent, comme aiment le rappeler les Indiens. Quand meme fou d'avoir pu si facilement passer des douces plages du Kerala aux neiges éternelles himalayennes, et pourquoi pas un petit detour dans le désert. Il en reste donc beaucoup à voir pour une prochaine fois : Bombay, Goa, le Punjab, le Gujarat et le Cachemire. Et c'est clair que je retournerai voir mes amis du Sikkim à Gangtok un de ces quatre. Oui, pour l'instant j'ai ma dose, mais d'ici quelques jours je m'ennuirai déjà de ce pays de fous, j'en suis à peu près certain.

Je ne peux pas conclure ce volet indien sans laisser une ou deux anecdotes :

- J'ai signé un autographe à Lucknow.
- À Varanasi, j'achète une barre Mars à la boutique de l'hôtel. Tiens donc, ça goûte pas mal bizarre. Je regarde la date d'expiration, et le 03 a été grossièrement changé en 08 au crayon feutre, pas subtil pantoute. Mais c'est quand même magique. Un coup de crayon et ma Mars a rajeuni de cinq mois. Apu existe vraiment, et il est Indien pour vrai ...
- À Haridwar, le gars du Room Service nous a chargé nos deux Coca-Cola avec la prose suivante : 2 Cocks ... Eeeeuhhhhhhh !!!!!

Bye !

Saturday, April 19, 2008

Haridwar

Nous voici maintenant dans cette ville importante de l'État d'Uttaranchal, aux pieds des montagnes himalayennes indiennes, mais de l'Ouest du pays cette fois. Après des petits ennuis de santé qui nous ont simultanément frappé moi et Jo, on peut enfin respirer et dire que tout va mieux. Nous avons retrouvé notre énergie des débuts, et nous sommes prêts à entreprendre ce dernier segment de notre séjour en Inde. Car oui, nous prenons un train demain matin pour Jammu, et de là un bus pour Srinagar, la capitale du Cachemire indien. Après ce sera le Ladakh voisin, avec sa culture bouddhiste et tibétaine, qui nous rappellera probablement le tant-adoré Sikkim. Et après, ce sera pas mal ca pour l'Inde ! Il fait toujours aux alentours de zéro degré dans le coin de Leh et du Ladakh, ce qui me réjouit au plus haut point, après les chaleurs insupportables de Varanasi et de la vallée du Gange (tiens, le fait d'être parti des températures de 45 degrés doit aider à se sentir un peu mieux ...) La situtation politique dans le Cachemire est relativement calme depuis quelques mois, surtout après la dernière élection au Pakistan, ou la nouvelle administration favorise le dialogue et se dit prête à en arriver à une entente. Car le Pakistan revendique l'ensemble du Cachemire (qui est majoritairement musulman), et les Cachemiris veulent soit un État indépendant, soit l'annexion au Pakistan. De là le fait que Srinagar est l'aéroport le mieux gardé au monde après Bagdad et que des dizaines de milliers de soldats patrouillent la ville. Toujours est-il qu'il faudra se tenir informé des derniers développements et que, de toute façon, on ne compte pas s'éterniser sur place. Le Ladakh nous attire un peu plus, et c'est davantage tranquille de ce côté-là. Le problème, c'est que c'est quasiment inaccessible (les routes sont fermées la plupart du temps ...) On verra bien.

Le départ de Varanasi fut rempli de magnifiques surprises. 42 degrés ce jour-là, et notre train a eu ... 4h30 de retard ! Par chance, des gentils policiers nous ont invité à les suivre et nous ont montré une pièce nommée ''Foreign tourist waiting room''. Quoi ?! Première fois que je voyais ça. Belle grande salle climatisée, avec de beaux divans bien confortables. De là, on avait une vue sur le tableau indicateur, qui nous apprenait à toutes les dix minutes que notre train serait encore plus en retard que prévu. Mais sans cette salle d'attente, on aurait sans aucun doute été victime d'un coup de chaleur sur les quais, dans la foule dense, comme quelques Indiens que j'ai vu d'ailleurs quand j'allais m'acheter des bons concombres au masala (en vente partout sur les quais, un vrai p'tit régal !). J'ignore pourquoi ce genre de salle d'attente existe, même que ça a un petit côté apartheid. Mais on aurait été cons de ne pas en profiter !

Bon, comme vous voyez, pas grand chose à raconter ! Mais je vais vous faire une petite confession : après presque quatre mois, je ne suis pas fâché que le volet indien de l'expédition tire à sa fin. Sans vouloir faire mon frais, je pense que ça doit être difficile à comprendre vu de l'extérieur et qu'il faut vraiment rester ici une quinzaine de semaines pour mieux visualiser ce qu'on ressent. Certaines choses nous émerveillent au début, puis nous blasent, pour finalement nous exaspérer. Je pensais rester un an ici au tout début, mais à moins de rester au même endroit durant plusieurs mois, je ne pense pas que j'aurais ''toffé'' ça. Car c'est loin d'être une partie de plaisir tous les jours ! :) Mais si mes prédictions sont bonnes, on aura quand même fait cinq mois en Inde. Après ça, on pense toujours aller décontracter un peu dans un -ou des- autre pays pas trop loin, et je ne sais pas trop pour combien de temps.

À part ça, quelques petites impressions sur Haridwar en vrac : ville vraiment charmante et relaxe, avec des petites rues piétonnières étroites. Par contre, c'est une ville sèche (on y sert pas d'alcool) car sainte. En effet, la source du Gange se trouve à quelques kilomètres en amont d'ici. Parlant du Gange, il n'a pas vraiment le même look qu'à Varanasi, c'est le moins qu'on puisse dire. Pas mal plus fière allure ! D'une couleur bleue, quasi limpide. Le courant est très puissant. On peut meme faire du rafting sur ce fleuve sacré, pas trop loin d'ici. Si demain nous n'arrivons pas a prendre notre train (124 et 125e sur la liste d'attente, donc ca devrait aller), ce pourrait etre intéressant ! En tout cas, le Gange a Haridwar n'a pas grand chose à voir avec la masse brune, stagnante et puante de Varanasi ; on a de la misère à s'imaginer qu'il s'agit du même fleuve. Sinon, des jolies petites montagnes verdoyantes encerclent la ville, un peu comme dans le West Bengal lorsqu'on approchait du Sikkim : on sent que la montagne (la vraie) n'est vraiment pas loin. On se reparle de là-bas, d'ailleurs !

Monday, April 14, 2008

Jaipur - Agra - Varanasi

Je vais tout d'abord revenir un peu sur Jaipur, car il est bien vrai que je n'en avais pas glissé un seul mot. J'ai exploré la ville par moi-même, car quand Jo et Julie étaient prets à partir, je ne me sentais pas super bien (un truc qui me colle depuis quelques temps). La capitale du Rajasthan avait absolument tout pour m'attirer, et faisait office de vieux fantasme pour moi, depuis le jour où j'avais vu un documentaire à Découverte qui expliquait la hiérarchie entre les clans de singes qui peuplent la ville. Il s'y dégageait une aura de mystère, comme quelque chose de loin et d'inssaisissable. Sans compter le fameux Palais des Vents, qui figure dans toutes les brochures touristiques qui parlent de l'Inde. Ok, disons que Jaipur ressemble à n'importe quel autre gros bled indien. Bruit, stress, pollution, odeurs nauséabondes. Les singes semblent très bien cachés, beaucoup plus qu'ailleurs en tout cas. Et le Palais des Vents, sérieusement, quelle déception. Il ne s'agit que de la facade d'un bâtiment au coin d'une intersection fort encombrée. Minuscule. On aurait juré qu'il s'agissait d'une reconstitution format réduit en carton-pâte. Quand le chauffeur de rickshaw m'a déposé là, je lui ai sérieusement demandé s'il ne s'agissait pas d'une blague. Eh non ! Pourtant, dans les brochures, on s'imagine un véritable palais, au coeur d'un immense terrain. Au lieu de ça, ce n'est que le devant d'un building faisant quelques dizaines de mètres de long, pogné entre deux magasins de cossins. Anyway ...

Nous sommes arrivés à Agra un vendredi en milieu d'après-midi, avec un billet de train en main pour Varanasi en fin de soirée. En chemin, Raj, notre chauffeur, nous a ammené dans un temple dédié à Hannuman (le Dieu singe) dans un bled perdu aux abords de la frontière entre le Rajasthan et l'Uttar Pradesh. L'une des expériences les plus déroutantes de toute ma vie, même après plusieurs visites de temples. Gens en transe poussant des cris indescriptibles, se frappant la tête sur les murs ... Une odeur fétide régnait, et tous les regards semblaient sortis de l'au-delà. Après trois ou quatre minutes, nous avons fait demi-tour et sommes tout simplement sortis, sentant que nous n'étions pas tout à fait a notre place. Mais ça valait la peine de voir ce côté de l'Inde, où la ferveur religieuse fait tout de même un peu peur, et où ça se passe comme ça devait se passer exactement de la même facon qu'il y a 2000 ans ...

On se séparait de notre chauffeur à Agra. Le vendredi, le Taj Mahal est fermé. Mais il a convenu de nous déposer dans un resto avec une terrasse sur le toit, de laquelle nous avons une excellente vue du Taj. Promesse tenue. Raj a fait la gueule pour notre pourboire qu'il trouvait vraiment trop peu généreux, mais il a été lourd pendant deux semaines avec ses histoires d'hôtels imposés dont on ne voulait rien savoir. Disons que nous sommes bien à l'aise avec notre conscience, et qu'à part son salaire de base, il va faire un très bon bout de chemin avec ce que nous lui avons donné. Mais on ne le changera pas. Un peu cave le gars. Quelques minutes après nos adieux déchirants avec lui, j'aperçois un couple qui vient s'installer sur la terrasse, et dont le gars m'a un visage très familier. Je les entend parler Québécois. Après quelques minutes d'analyse de la situation, je le reconnais : c'est le chanteur Yann Perreault. J'avais d'ailleurs lu dans Le Devoir que Julie m'a amené qu'il était en Inde pendant quelques temps. Ben coudon ! Ils ne restent pas très longtemps, mais on convient de se rencontrer sur la terrasse d'un autre hôtel pas loin dans une heure ou deux pour boire quelques bières également avec un autre couple, ce que nous ferons. Un type bien sympa ! On échange nos expériences de voyage, il est là pour sept semaines. Il avait été invité par un organisme francophone à Delhi pour donner un spectacle et a décidé de prolonger le trip un peu avec sa blonde. Il nous recommande une chouette adresse à Varanasi et on se sépare quand vient le temps d'aller prendre notre train vers 23 heures ... Court mais intense passage à Agra, qui nous fait presque regretter de ne pas y avoir passé une nuit, finalement. Et le Taj est si beau. J'ai fait des photos qui ont de l'allure, mais peut-être que ça aurait pu valoir le coup d'aller le visiter pour vrai, malgré le prix de fou. Mais bon, nous avons notre billet en main, et je reviendrai en Inde un jour, de toute façon.

Varanasi, anciennement connue sous le nom de Bénarès, est à la hauteur de sa réputation. Ville sainte par excellence de l'hindouisme, c'est ici qu'on vient y mourir en masse. Car pour les Hindous, mourir à Varanasi, c'est se sortir du cercle éternel des réincarnations et enfin goûter au vrai repos. De nombreux vieillards assis sur les ghats qui longent le Gange semblent n'attendre que la mort. Nous avons eu une intéressante conversation avec le type qui s'occupe de fournir le bois combustible aux familles des défunts, sur l'un des "burning ghats". Des histoires assez incroyables en fait, qui donnent encore moins le goût de tremper ne serait-ce qu'un seul orteil dans le Gange (même si j'ai fini par m'y tremper les pieds éventuellement). Cinq catégories de personnes n'ont pas besoin de crémation et peuvent voir leur cadavre être balancé directement dans le fleuve, chaîne et pierre aux pieds. Les sadhus (hommes de prière et de renonciation), les victimes de morsures de serpent (punition divine, donc automatiquement purifiés), les enfants de moins de 8 ans, les femmes enceintes et les gens atteints de variole (je ne me souviens plus trop pourquoi). Imaginez ... enfiler un scaphandre et aller voir tout ce qu'il se passe là-dessous. A faire fremir. Il nous a aussi raconté qu'il y a quelques années, les familles pauvres n'avaient pas assez d'argent pour acheter tout le bois nécessaire à la crémation complète d'un corps, de là les fameuses histoires de bras et de jambes flottant en permanence dans le plus sacré des fleuves. Heureusement, cette époque est révolue et des "fours" spéciaux sont à la disposition des familles moins aisées. Un peu moins poétique comme façon de procéder, mais le Gange s'en porte sans doute mieux. Le monsieur nous a egalement montré le "feu éternel" servant a enflammer les buchers, et qui ne se serait pas éteint depuis environ 3000 ans ... Malgré le fait que l'on sache (presque) tous que ce fleuve est l'un des plus dégueu de la planète, c'est hallucinant de voir les Indiens s'y baigner allégrement, à trois mètres d'un troupeau de vaches cherchant lui aussi un peu de fraîcheur.

Sinon, la chaleur est insupportable. 47 degrés avant-hier (sans l'Humidex), 42 aujourd'hui. Nous avons quitté l'hôtel recommandé par Yann après deux jours ; il était situé directement sur les ghats (ce qui est génial en temps normal), donc l'humidité dégagée par le fleuve combinée à une chaleur impossible à décrire rendait vraiment les choses insupportables. On a switché pour un hôtel plus luxueux avec piscine dans le Cantonment, quartier à l'intérieur des terres et un peu plus bourgeois (c'est là qu'étaient installés les Britanniques à l'époque de la colonie). De un, ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas payés un petit luxe (ça fait tellement de bien), de deux, la chaleur s'en trouve beaucoup plus supportable près de la piscine, et de trois, nous sommes à côté de l'aéroport, ce qui arrange Julie, qui nous quitte demain.

-

Je n'ai publié aucune de mes presque 1000 photos jusqu'à maintenant. Qu'à cela ne tienne, Julie repart avec mes deux cartes-mémoire bien pleines, et s'occupera de mettre le tout sur Flickr ou un truc comme ça. Donc, ça s'en vient, et cette fois-ci, c'est pour vrai. Merci Julie, et bon retour ! :)

Wednesday, April 9, 2008

Udaipur - Pushkar - Jaipur

Pas grand chose à raconter. Peut-être le fait que j'ai un peu hâte que se termine cette tournée express du Rajasthan. Oui, on aura vu toutes les villes d'importance de cet État, mais on n'a jamais le temps de se poser nul part. La plupart du temps, on reste à peine 24 heures dans chaque ville. Bah sinon, Udaipur fut une réelle surprise : très calme et paisible pour une grande ville indienne. En plein milieu de la rivière qui traverse la ville trône le Lake Palace, un des hôtels les plus luxueux de l'Inde. Accessible seulement en gondole. Interdit d'y entrer à moins bien sûr d'y loger ou d'y prendre un repas (les thalis -riz, sauce, légumes- sont à 6000 Rps -175$-). C'est là que fut tourné le James Bond ''Octopussy''. D'ailleurs, les Udaipuriens (ouf!) en sont pas mal fiers. Nombre d'hôtels projettent le film tous les soirs !!! Ça dure sans doute depuis les années 70. Pauvre staff ...

Ensuite, une brève halte dans le village de Pushkar, qui fait office de ville sainte. Pushkar est très spéciale : nombre de hippies naufragés des années 70 n'en sont jamais repartis, et on croise toute sortes de phénomènes dans les rues. Dans la guesthouse ou nous logions, il y avait Jean-Michel, un Montréalais dans la quarantaine, scotché à Pushkar depuis son arrivée en Inde il y a environ deux mois. Incapable d'en repartir, dit-il. Même chose pour Francisco, un Barcelonais qui vient y passer plusieurs mois par année depuis environ 25 ans. Le village cerne un lac (sacré, bien sûr) bordé de nombreux ghats, ces escaliers qui descendent jusque dans l'eau, et par lesquels les pellerins vont se purifier et faire leurs ablutions. Il y règne une ambiance toute particulière, avec tous les mauvais côtés que ça implique. Eh oui, les rabatteurs. L'arnaque la plus courante consiste à vous donner des pétales de rose et vous inviter à les jeter dans le lac. Rituel, qu'ils disent. Une fois la chose faite, on vous entoure et vous incite agressivement à faire une donation très élevée. Par chance, nous connaissions déjà la crosse, et je n'ai vu aucun touriste se faire piéger. Mais si vous passez par Pushkar un jour, attention ! À part ça, pas mal de singes dans la région. C'est toutefois une race différente qu'à Delhi : ils sont tous blancs avec un espèce de masque noir. Il faut les voir sauter d'un édifice à l'autre et montrer les dents aux passants qui s'aventurent un peu trop près.

En chemin vers Pushkar, nous avons fait une brève halte à Ranakpur, célèbre pour son temple jaïn. Que dire à part le fait que c'est le plus beau temple que j'aie vu jusqu'à maintenant. Fait de marbre blanc, il y a environ deux cent colonnes à l'intérieur, dont les ornements savamment sculptés et détaillés diffèrent complètement d'une colonne à l'autre. Le problème, c'est que la veille, j'ai goûté à mon premier bhang lassi dans la guesthouse du volubile Yogi, à Jodhpur, la Ville Bleue. Calvaire ! Demandez-le ''soft'' la premièere fois. Ça m'a fessé pendant trois jours. Si bien que j'étais dans les vapes pas mal pour visiter Ranakpur, mais je me souviens que c'était majestueux. ;)

La magnifique tournée avec le magnifique chauffeur se termine donc après-demain, en passant par la non-moins magnifique Agra et son Taj Mahal. Je blague, car en fait, je ne voulais pas du tout aller là. Même les Indiens détestent, c'est une ville d'escrocs et d'arnaqueurs. Pas loin de 1000 Rps pour prendre une photo du Taj. Je préfère acheter une carte postale à 5 Rps. Nous avons un train d'Agra à Varanasi le soir-même ; nous nous sommes arrangés pour passer le moins de temps possible à Agra, et surtout de ne pas y dormir. On y passera environ quatre heures, le temps de mater le Taj de loin, de prendre un souper et de trouver la gare.

À bientôt !

Friday, April 4, 2008

Khuri - Jaisalmer - Jodhpur

Khuri est un minuscule village pas encore trop corrompu par le tourisme, et situé à 40 kilomètres de Jaisalmer. C'est là que nous avons abouti dans la guesthouse de Badal, charmant bonhomme qui vit dans une maison à aire ouverte, avec sa femme, ses enfants, ses nombreuses chèvres, son chien, son chat, sa vache et son chameau. Il nous a offert la possibilité de transporter des lits sur le toit de sa maison pour dormir à la belle étoile, ce que nous avons évidemment fait. À part le concert incessant des chiens une fois le soleil couché, ce fut plutôt tranquille et sympa. Se faire réveiller par les doux rayons du soleil rajasthani et la brise calme du désert, ça vaut le détour ! Badal étant un ancien conducteur de chameaux, il propose des safaris dans le désert à des prix vraiment alléchants. L'idée était surtout de dormir dans le désert, donc partir le moins longtemps possible. D'autant plus que passer de longues journées à dos de chameau, ça finit par faire mal au cul. Badal nous a donc proposé de partir le lendemain vers 16h (une fois que le soleil ne tape plus trop fort) et de revenir le lendemain matin vers 10h30. Voilà qui semblait plutôt cool. Et ce le fut. Pour nous mettre dans le bain bien comme il faut, après environ trente minutes, on voit une tempête de sable se pointer à l'horizon et qui, évidemment, foncait droit sur nous. On y a pas mal goûté ; les gouttes de pluie ressemblaient parfois à de gros grêlons, et le sable envahissait nos bouches et nos yeux. À ce sujet, dans la plupart des restos de la région, c'est malheureusement inévitable : la plupart de nos plats sont pimentés d'un invité indésirable qui fait crounch crounch quand on mange. Le sable est partout. Nous avons eu droit à un combat d'antilopes devant notre camp, saison des amours oblige, je suppose. Ainsi qu'à une gentille chèvre du désert qui est venue passer la nuit avec nous sur le bord du feu, et qui s'est enfuie en même temps que le jour se levait.

Malheureusement, nous avons tous trouvé que Jaisalmer fut un tantinet décevante. Quand on regarde sur une carte, cette ville de 80 000 habitants semble attirante de par sa position complètement perdue au coeur du désert de Thar. Or, celle-ci se divise en deux parties : la ville fortifiée, qui n'a conservé d'authentique que son architecture, et la vieille ville. Le reste n'est que de la business de touristes ; les magasins de cartes postales et autres cossins ont envahi les rues étroites qui jadis devaient être fort animées. Résultat : on y croise davantage de Blancs que d'Indiens. Ensuite, il y a la vieille ville, qui ne se démarque en rien des autres grosses bourgades indiennes : bruit, saleté, poussière, etc. Il n'y avait pas de cette petite touche ''désert'' comme je m'y attendais. Mais ce n'est pas bien grave puisque nous n'y avons même pas passé 24 heures. Oh, et notre hôtel était pourvu d'une piscine à l'eau un peu douteuse certes, mais une piscine quand même. Du jamais vu depuis Kovalam beach, et bien appréciée après une journée dans la chaleur intense, le sable et la poussière.

Nous sommes maintenant à Jodhpur. Dans notre guide, on y indique qu'il s'agit de la ville la plus ensoleillée du pays, avec seulement 18 jours sans soleil dans l'année. Et ça ne veut pas dire pour autant qu'il pleuve durant ces 18 jours. Résultat ? Chanceux comme nous sommes, il pleut pas mal aujourd'hui. Le proprio de notre hôtel nous indique que ce n'est vraiment pas bon pour l'agriculture cette pluie en dehors de la période de mousson. Les subtilités du pourquoi m'ont échappé, mais plusieurs fermiers auraient perdu ce qui s'annonçait une bonne récolte ce matin.

À part ça, avoir une voiture avec chauffeur comporte beaucoup d'inconvénients. Oui nous sauvons du temps et de l'énergie. Mais l'Inde reste l'Inde : le chauffeur touche une commission s'il réussit à nous faire prendre une chambre dans un hôtel pré-déterminé par l'agence. Et évidemment, ce ne sont pas les moins chers. Donc il faut toujours lutter pour se faire conduire à l'endroit de notre choix. Ça finit par fonctionner, mais c'est un peu chiant, admettons-le. Le chauffeur fait la gueule quand on lui dit qu'on ne veut pas voir son hôtel et que nous en avons ciblé un nous-mêmes. Mais que de roupies de sauvées jusqu'à maintenant en choisissant nos gîtes sans passer par lui ...

La tournée du Rajasthan se poursuit après-demain. Demain sera consacré à la découverte de Jodhpur, car ce soir, on prend ça plutôt relax après une autre journée quasi-complète de char dans le désert.

Sunday, March 30, 2008

New Delhi - Mandawa - Deshnoke - Bikaner

Pas mal de chemin parcouru depuis la dernière fois ou j'ai donné signe de vie. Nous sommes donc arrivés à New Delhi le matin du 25 mars, après un trajet de bus nocturne plutôt épuisant. On a choisi de loger dans le quartier routard de Pahar Ganj, pour les hôtels à prix modiques et la proximité de Connaught Place, qui constitue en fait le coeur de la nouvelle ville. Ici, l'urbanisme à la British est très difficile à manquer : ça ne ressemble en rien à tout ce que l'on peut voir dans les autres grandes villes indiennes. Larges boulevards dégagés, verdure (qui fait le bonheur des singes), architecture coloniale, grandes chaînes occidentales qui pullulent, etc. Bref vous voyez le genre. Le lendemain soir, nous sommes allés chercher Julie à l'aéroport sans trop de problèmes ! Depuis le mois d'août, j'étais en contact avec Julien, un Québécois travaillant à l'Ambassade (pardon, le Haut-Commissariat) du Canada à New Delhi, et on a convenu de se rencontrer le soir du 27 pour aller prendre une petite bière. Eh bien ! Que dire à part le fait que nos diplomates sont confortablement installés ! Superbe appart grand et luxueux, au milieu d'un quartier bourgeois qui fait en sorte qu'on a du mal à s'imaginer qu'on est en Inde. Julien commence à très bien se débrouiller en hindi. Prendre un rickshaw avec lui ou commander dans un resto s'avère une expérience très amusante : il faut voir la mine décontenancée de ces Indiens (surtout les rickshaws cherchant les proies faciles) quand il s'exprime dans leur langue. À part ça, pas mal de rabatteurs à Delhi : les guides ne mentent pas. La technique est très simple : on se fait aborder par les questions classiques, et on finit par être balladés dans des ''bureaux d'information touristiques'' qui ne sont rien d'autre que des agences de voyage. Alors qu'on cherchait désespérément à se débarasser d'un cireur de chaussures qui nous collait au cul (c'est moins facile que ça en a l'air) un policier nous aborde pour nous demander si on connaît le type. On répond que oui, pas de problèmes. On ne veut pas que le jeune homme ait des soucis et on réussira à s'en débarasser nous-mêmes. Le flic pose deux ou trois questions au cireur, et puis, sans prévenir : PAF! Une solide taloche en pleine face. Le p'tit gars a bien peur, s'éloigne, le policier lui dit de revenir. Autre question, autre taloche. Le rabatteur s'enfuit sans demander son reste et le policier nous dit de faire attention, ''lot of cheaters in this city''. Ouais, on le sait, mais n'y avait-il pas une autre façon de gérer le dossier ? Puis le policier nous demande ce qu'on cherche au juste. On veut des t-shirts. Il nous demande combien on en veut. Ah non, c'est pas vrai ! Même les policiers jouent aux rabatteurs. On prend congé de lui, en se sentant mal pour le jeune homme. Mais bon, c'est la vie, en Inde. Disons que la déontologie policière laisse pas mal de flexibilité aux agents.

Le lendemain, Julien nous invite à un tour très particulier, soit celui de la gare de New Delhi. Il s'agit d'un tour organisé par Salaam Balack, un organisme qui s'occupe des jeunes enfants vivant dans la rue à Delhi, et qui se comptent par milliers. Sheikar, notre guide, était lui-même un d'entre eux auparavant, et ce qu'on a vu et entendu ne peut pas laisser indifférent. Ces jeunes fuient leurs familles pour trouver une vie ou l'illusion de liberté et l'absence de contraintes leur donne l'espoir d'améliorer leur sort. Mais dans la plupart des cas, ça se termine plutôt mal : ils sniffent de la colle pour la plupart, sont recrutés par des ''pimps'', tombent dans la prostitution, se font battre par les policiers (quelle surprise !) et autres trucs du genre. Les jeunes que nous avons croisé dans la gare étaient pour la plupart bien frostés. Et ils avaient en moyenne 8 ou 9 ans. Salaam Balack leur offre un refuge, très encadré, pour leur donner une chance de connaître une vie meilleure. Très jolie initiative, et dont les résultats semblent porter fruit. Après cette visite, une petite bière dans une place branchée de Connaught Place, pour réaliser une fois de plus que les Indiens ne supportent pas l'alcool. Il est à peine 17h que plusieurs d'entre eux sont assez bien amorcés. Déjà de la bataille, le type de la table d'à côté qui insiste pour que j'aille danser avec lui (???), et autres trucs glorieux du genre. Avant que ça se termine trop mal, on va finir la soirée chez Julien, ou on a droit à un barbecue mettant en vedette des produits ''Choix Extra''. De la vraie relish !!!! L'Ambassade importe toutes sortes de produits et marques de chez nous, pour contrer les effets dépaysants de l'expatriation je suppose. Résultat : mon estomac n'étant plus habitué à manger ce genre de trucs, je peux affirmer que quelques jours plus tard, l'effet se fait encore sentir ! Ah et en plus, on a eu droit à du vrai vin ...

Bon, sinon nous avons opté pour la location d'un char (avec chauffeur, bien sûr) afin d'explorer le Rajasthan durant deux semaines. Dans la plupart des guides, on indique que si on a les moyens de se l'offrir, ne surtout pas hésiter à le faire. Les distances sont longues, la température écrasante du désert est pénible à supporter, et avoir une voiture nous offre une flexibilité qu'on n'est même pas près de frôler en train ou en bus. Alors voilà ! Première nuit à Mandawa. Ensuite, destination Deshnoke, petit village célèbre pour son fameux temple aux rats. Wow ! Moi qui ait une phobie des rongeurs, c'était le moment ou jamais d'affronter mes peurs. Par milliers, ils évoluent librement dans le temple, vous foncent sur les pieds (nus, bien sûr) se nourissent des offrandes offertes par les pellerins. La légende dit que ce sont les enfants d'une caste de la région qui se réincarneraient en rat. Ce n'était vraiment pas si pire que ça, finalement.

Aujourd'hui, nous sommes à Bikaner, en plein coeur du désert de Thar. Demain, nous partons pour Jaisalmer, près de la frontière pakistanaise. Nous passerons une nuit ou deux dans le désert, à la belle étoile, en nous offrant une excursion à dos de chameau. Je développerai plus tard sur le Rajasthan puisque l'on vient à peine de l'effleurer. Mais un constat s'impose : c'est très très très touristique. Trop, peut-être. Les touristes-express qui font l'Inde en deux semaines passent tous par ici avec leurs cars climatisés. Résultat ? Le harcèlement de la part des Indiens est constant, les relations avec les locaux sont toutes sauf authentiques. Quand on explique que ça fait trois mois que nous sommes ici, ça les calme un peu, mais même pas tant que ça. C'est ce côté qui me dérange beaucoup, mais il faudra apprendre à dealer avec ça.

Alors c'est tout pour l'instant ! :)

Monday, March 24, 2008

Allahabad

Namaskaar!

Je disais donc : nous ne désirions pas faire le trajet Siliguri - New Delhi d'une traite. Premièrement, nous avions un peu de temps devant nous et deuxièmement, si on peut s'épargner un trajet de 40 heures de train, aussi bien y aller comme ça. En regardant une carte, on voit que peu d'options s'offrent à nous pour un arrêt à mi-chemin entre les deux villes. Il y a bien entendu Varanasi, la sainte des saintes, mais on a promis à Julie qu'on l'attendrait. Tiens donc : Allahabad, dans l'Uttar Pradesh. Un million d'habitants. Ça sonne bien, et dans notre guide ça indique qu'aucun touriste ou presque ne s'aventure là-bas et que visiblement, les locaux n'ont pas l'habitude de côtoyer des visages pâles. En plein ce que ça nous prend ! En prenant le train vers cette destination mystérieuse, je remarque que beaucoup d'Indiens sont peinturés de toutes les couleurs vives possibles : du rose, du bleu, du vert. Sur les vêtements, dans le visage, partout. Mais oui, c'est vrai : c'est la fête de Holi, le festival des couleurs ! En gros, on célèbre la fin de l'hiver en se garrochant de la peinture partout. Adultes comme enfants. Il faut dire que dans l'Uttar Pradesh, petit État de 120 millions d'habitants, ils ont de quoi célébrer : cet hiver a été particulièrement pénible. On raconte même qu'une nuit, le thermomètre serait descendu aussi bas que 23 degrés. Les pauvres petits. Mais rassurez-vous, c'est maintenant fini.

Bon, alors nous arrivons enfin à Allahabad. Les trains ont toujours deux ou trois heures de retard, si bien qu'on s'habitue à automatiquement calculer une heure d'arrivée bien plus tardive que ce qu'indique le billet. Sauf que des fois, on se fait avoir. Il est 7h AM, je regarde par la fenêtre, je vois une grande ville défiler sous mes yeux. Je réveille Jo, lui demande s'il pense que c'est Varanasi. Aucune idée. Attendons de voir la pancarte. Shit, mais c'est Allahabad, et on est encore couchés !!! On se lève en vitesse et préparons nos trucs pour sortir du train en toute urgence. Je pense que nous avons battu un record au chronomètre. Ok, mais ou sont les gens dans cette ville ? Toutes les rues sont désertes, quelques vaches broutent ici et là. Les magasins sont fermés. Vraiment une drôle d'ambiance. Nous trouvons une petite guesthouse et décidons d'aller faire une sieste en attendant que la ville se réveille. 11h, on reprend les rues d'assaut. Tout est encore fermé, toujours pas un chat. Très bizarre. En fait, on croise des bandes de jeunes en moto, torses nus et peinturés de la tête au pieds. Il y a aussi des barrages sur les routes, ou des enfants bloquent l'accès aux rares véhicules avec un tronc d'arbre en feu, et demandent de l'argent aux automobilistes qui passent, sous menace de les arroser de peinture. Ça fait tout à fait parti du jeu, que j'apprendrai par après, en lisant. Je commence à me sentir menacé. Je n'ai pas beaucoup de vêtements, et je sais qu'avec la peinture qu'ils utilisent, les taches sont permanentes, et adieu à notre linge. Quand je verrai plus tard en soirée les rues prises d'assaut par les gens et les véhicules, je comprends enfin : les gens se terrent chez eux, pour ne pas tomber entre les mains des jeunes éméchés qui veulent vous garrocher de la couleur en pleine face, que vous le vouliez ou non. Mais ça, on le savait pas. On s'engage dans une petite ruelle, une jeune fille à l'anglais parfait nous salue et nous invite à rejoindre la gang de jeunes gens colorés qui festoient. Bien sûr que ça nous tente ! Mais ça ne prend pas deux minutes que je suis attaqué. Les cheveux, le visage, le t-shirt, les pantalons, tout y passe. Bon, ce linge est maintenant scrap, alors aussi bien en profiter à fond. J'en redemande. La même jeune fille nous invite gentiment à manger un petit quelque chose à l'intérieur, préparé par la bienveillante maman qui oberve la mêlée de haut avec le sourire. Après avoir mangé, on nous invite à danser dehors, sous une musique un peu délirante, surtout déroutante. Ah non ! Mais un rapide coup d'oeil, et je constate qu'ils dansent tous aussi mal que moi, même pire dans certains cas. Ok alors ! C'est là que les choses s'enveniment. Un jeune homme tente de dire quelque chose à Jo (qui est maintenant tout aussi peinturé que moi), mais il lui parle en hindi. D'ailleurs, c'est une drôle d'habitude dans cette ville : tout le monde nous parle en hindi. On leur dit que l'on ne comprend pas, et ils répètent en ... hindi, toujours. Jo lui dit donc, après deux ou trois essais, qu'il ne pige rien. Le jeune homme voit rouge et essaie soudainement de s'en prendre à lui. Trois ou quatre de ses amis le poussent à l'écart, mais son idée semble claire : il doit péter la gueule à Jobaï. Ouf, c'est tendu. Tout de suite après, un autre type lève sa ceinture, et montre à Jo un beau fusil qui semble bien fonctionner. Quand il m'informe de ça (fidèle à mes habitudes, je n'ai rien vu du tout), je commence à juger que la situation est sérieuse. Je vois le gun à mon tour, par hasard. Mais le gars est de notre bord, je pense qu'il essaie de nous dire de ne pas nous inquiéter pour le petit con qui cherche le trouble. D'ailleurs, il est disparu du décor. Mais n'empêche, partons quand même d'ici. Ils empestent pas mal tous l'alcool et certains sont armé; c'est jamais bien bien gagnant. L'idée est surtout de ne pas montrer que l'on est intimidés. Garder le sourire, faire comme si on trouve tout ça parfaitement normal, et préparer un départ par étapes. On va finir par réussir à partir, en ayant tout de même eu une bonne peur. Ai-je déjà dit que les Indiens ne supportent pas l'alcool ? Il faut les voir dans les bars, somnolant ou piquand du nez à la moitié de leur deuxième bière (660 ml). Donc, ce genre de truc n'est finalement pas trop étonnant. Bon, oublions tout ça et allons nous laver à l'hôtel ! Les vêtements sont foutus, mais je commence à avoir peur pour ma peau aussi (dans le vrai sens). On a beau frotter, mais ça part difficilement. Enfin bon, on finira par y arriver, même si j'ai encore du beau vernis à ongles rose au moment d'écrire ces lignes. Vraiment viril !

Le lendemain, même scénario. Ville déserte. Tout fermé. Nous allons vers la gare de train pour essayer d'aller acheter des billets pour Delhi. Une bande de jeunes à moto s'arrête à côté de nous. On discute, ils sont bien content de nous rencontrer. Ils veulent nous inviter à aller fêter avec eux, mais sérieusement, après l'épisode d'hier, ça ne me tente pas. On décline poliment, en disant que nous devons absolument aller à la gare maintenant. Ok pas de problème, embarquez, on vous emmène ! On y va, on n'y vas pas? Bah allons-y ! Un sur chaque moto. Après un kilomètre, les deux types sur la moto derrière la mienne prennent un tournant trop sec. Résultat : ils se plantent solidement, devant quelques policiers tout peinturés eux aussi. Cibole ! Quelle ville de fous. Les policiers demandent si tout est correct, même pas un mot sur la possibilité très réelle de l'alcool au volant. Les deux gars assez maganés répondent que oui oui, tout est beau. Et on reprend la route. L'incident étant loin d'avoir calmé le gars qui conduit ma moto, le voilà qui lève les bras, chante, célèbre. J'ai peur ! Ils nous déposent à la gare comme convenu, on se salue, et ils s'en vont. Ouf ! Petite parenthèse, plus aucun billet de train pour Delhi avant le 27. Problématique : on doit y être le 26 au plus tard. On s'arrangera, comme d'habitude. Sur le chemin du retour, on ne se sent toujours pas en sécurité. Il me reste seulement deux t-shirts propres, je ne veux pas me faire attaquer. Ah non, voilà quatre ou cinq jeunes qui viennent vers nous et qui semblent chercher le trouble. "Happy Holi!" Oui, vous aussi les gars.

- Vous n'êtes pas peinturés?
- Non, mais hier on l'a été, je te jure. Regarde mes souliers et mes ongles. On a fêté Holi man ! C'était cool!
- Ça vous prend un peu de peinture.
- Mais on prend un train tantôt (même pas vrai) et je n'ai plus de linge propre (commence à être vrai).

Jo se fait attaquer par derrière. Sa chemise est foutue. J'ai plus de chance que lui : mon assaillant m'en étend dans la face, tout gentiment. Le t-shirt est sain et sauf ! Fiou! Vers 17h, tout s'arrête, les gens se réapproprient les rues. Les jeunes filent au McDo (oui oui, à Aallahabad!) et plus personne n'a peur. Nous, on s'en va au bar, on l'a bien mérité. On a survécu à Holi, mais à quel prix. Je garderai tout un souvenir d'Allahabad. On cherchait probablement l'aventure en choisissant cette ville, disons qu'on a été servis ! Au niveau plus touristique, on s'est offert une petite ballade en chaloupe vers un lieu unique au monde : le Sangan (ou un truc du genre), ou deux fleuves sacrés, la Yamuna et le Gange, se rencontrent. On l'a enfin vu, celui-là ! Je me suis même purifié un peu à l'invitation du gars qui ramait. Mais les eaux des deux fleuves sont de couleurs différentes, et on peut littéralement les voir s'entrecroiser ... Magnifique spectacle. C'est d'ailleurs ici que furent dispersées les cendres de Gandhi.

Finalement, on se lève ce matin-même avec aucun billet de train, ni de bus. On décide d'aller très tôt à la gare de bus pour essayer de tâter le terrain. Pas de bus pour Delhi aujourd'hui, mais un pour Lucknow. De là, très facile de rejoindre Delhi, nous dit-on. Mais il part dans trente minutes. On a le temps ! On court à la chambre, on fait nos sacs en vitesse, en priant le ciel que le gars de l'hôtel ne vienne pas vérifier la chambre avant qu'on parte, ce qui est parfois le cas. Car on l'a sévèrement maganée. Mon oreiller est mauve de peinture (malgré quatre douches), la salle de bains est mauve, ainsi que le plancher, quand même aussi. J'ai essayé de laver, mais ça ne part pas facilement. Ils doivent bien avoir des produits pour ça. Miracle, il nous laisse partir sans faire d'histoire, et on saute dans le bus pour Lucknow, d'ou j'écris en ce moment. Autre ville hautement touristique, bien entendu. Tout ce qu'il y a de blanc à Lucknow à part nous, c'est probablement l'édifice du Parlement de l'Uttar Pradesh. Quoiqu'il en soit, acheter un billet pour Delhi fut simple comme tout, et la route se continue vers 21h ce soir. D'ici là, quelque heures à tuer avec nos gros packs-sacs (même pas de cloack room au terminus).

-

Une gentille famille de coquerelles habitait avec nous dans notre chambre à Allahabad. On leur a même donné des noms. Ne doutez pas de notre santé mentale, mais ici, vaut mieux prendre tous les tracas - grands ou petits - avec le sourire, sinon on ne s'en sortira jamais.

-

Dans le bar de l'hôtel le plus luxueux d'Allahabad, ou nous sommes allés prendre un verre, un gros rat nous passe entre les jambes. Il se promène en plein milieu de la place, tranquille. Je me retourne pour voir la réaction des autres clients : tout le monde s'en fout éperduement. J'aime bien la façon dont les Indiens entretiennent leurs relations avec les animaux et autres bestioles. Chez nous, soit qu'on en fait des membres de la famille en les chouchoutant exagérément, soit qu'on le envoie à l'abattoir. Ici, tout le monde cohabite dans l'indifférence la plus totale. Les millions de chiens dans les rues n'ont pas la vie facile, mais les Indiens leur foutent la paix et leur laissent faire leurs assourdissants concerts tous les soirs. Idem pour les chèvres, vaches, sangliers et autres bêtes qu'on risque de croiser à chaque intersection. Un immense respect pour toutes ces formes de vie, en quelque sorte. Bien hâte d'aller voir le temple qui vénère le rats à Deshnoke, d'ailleurs. Ces gens-là ne feraient pas de mal à une mouche, et c'est bien vrai. Pour ce qui est des autres humains par contre, c'est souvent une autre histoire ...

Bon, assez philosophé moi-là, j'ai mal à la tête. Viens t'en Jo, lâche l'ordi. Il fait chaud, on va aller trouver un petit bar. :)

On se reparle à New Delhi !

Wednesday, March 19, 2008

Jaigaon

Il y a trois jours, nous sommes redescendus définitivement de la chaîne himalayenne pour rejoindre Siliguri. L'expérience du ''Toy Train'' fut formidable, en sillonant le nord du West Bengal par les plus hautes voies ferroviaires au monde. Imaginez un peu : huit heures pour quelque chose comme 80 km. Ça donne une idée de la vitesse de croisière.

Ok, mettons l'orgueil de côté et appellons un chat un chat : le petit saut au Bhoutan s'est soldé par un misérable échec. Jaigaon est une grosse bourgade située à quatre heures de bus de Siliguri. Rien de particulièrement intéressant ne s'y déroule, si ce n'est le fait que la ville est coupée en deux par le poste-frontière indo-bhoutanais. Ici, la plupart des véhicules sont immatriculés au Bhoutan, plusieurs hommes aux yeux bridés se promènent avec tunique, bas trois-quart et chapeaux étranges qui constituent le costume traditionnel bhoutanais. Qui plus est, on paye nos transactions en nguldrums, monnaie bhoutanaise. De l'autre côté du poste-frontière, on aperçoit le Bhoutan comme si on y était. Ses rues, ses véhicules, ses magasins, ses montagnes, ses gens. Le gros problème est la rumeur qui circule comme quoi il est possible d'y faire un saut de 24h sans visa ; tous les routards en parlent comme une vérité accomplie. Ça prenait quelqu'un qui se sacrifierait pour aller vérifier, et ce quelqu'un vous dit : c'est complètement faux. Impossible pour un étranger de pénétrer au Bhoutan par l'Inde sans avoir un visa émis par l'ambassade à New Delhi. Est-ce assez clair ? J'aurai au moins vu le Bhoutan, très bien même. De toute façon, nous avions du temps à tuer, et Jaigaon est le genre de ville qui s'avère particulièrement intéressante de par le fait qu'on y croise à peu près aucun touriste. Les seuls blancs que l'on aperçoit sont les troupes de têtes grises au porte-feuille bien garni qui foncent vers le poste-frontière à bord de leur bus nolisé aux vitres teintées. Ce qui fait en sorte que de se perdre en solo dans cette ville particulièrement authentique (et qui sent très mauvais, soyons francs) constitue en soi une expérience enrichissante.

Ok, maintenant nous sommes de retour (encore une fois) à Siliguri. Le Sikkim et Darjeeling sont situés géographiquement à une position qui fait en sorte que nous n'avons pas le choix de revenir sur nos pas. Un peu comme le jour de la marmotte ; mêmes hôtels, mêmes restos. Siliguri a la particularité de recevoir un bon flot de touristes, tout en n'ayant absolument rien à offrir d'autre que sa gare de bus et de train. Passage obligé vers le nord-est de l'Inde. Quoiqu'il en soit, il y a un peu d'action en ville ces jours-ci. Quelques moines tibétains ont pris d'assaut la ville pour protester contre le gouvernement chinois (j'ai cru comprendre que ça brassait à Lhassa). Nous sommes les deux seuls non-moines à occuper notre hôtel ces jours-ci. Sinon, nous partons après-demain pour Allahabad, qui est exactement à mi-chemin entre Siliguri et New Delhi. L'occasion de se gâter : il n'y avait plus de place à bord du train dans la classe sleeper populaire, nous allons donc tenter la classe 3A, pas mal plus confortable. Nous serons à New Delhi autour du 24 pour rejoindre Julie qui va faire trois semaines d'exploration du nord-ouest de l'Inde avec nous ! Julie, au nombre de Français que l'on croise ici (hallucinant), tu vas te sentir bien à l'aise ! :)

À part ça, j'ai tenté les barbiers indiens ce matin ; j'étais pas mal dû. Que dire à part le fait que la coupe de cheveux ne représente qu'une infime minorité de ce qu'ils vous font subir. Du lavage d'oreilles au massage de pieds en passant par le rasage de près à la fine lame. Toute une expérience en tout cas !! J'entends encore la raisonnance de mon crâne qui servait de tam-tam aux mains de la grosse brute bien sympathique.

Fek c'est ça pour l'instant !

Friday, March 14, 2008

Darjeeling

Le Bhoutan devra attendre un peu. Je suis enfin arrivé à Darjeeling-la-magnifique. Eh oui, la grève est finie ; nous avons donc sauté sur la première occasion pour venir y faire un tour. Que dire à part le fait que l'attente en valait le coup. Perchée dans les montagnes, cette ville de 500 000 habitants est tout simplement féérique. Ce matin, nous avons fait connaissance avec quelques familles de singes qui arpentent la ville à la recherche de nourriture, ou encore de public à qui exposer leurs pitreries. Le matin à l'aube, par ciel clair, il est possible d'apercevoir le sommet du Kanchenjunga, paraît-il. Darjeeling étant réputée mondialement pour son thé, il est bien sûr essentiel de prendre le temps de goûter aux fins arômes que nous offre la Reine des Montagnes. Sinon, la vie semble très tranquille ici. Rien à voir avec le chaos ambiant de l'Inde hors montagnes, si je puis le dire comme ça. Disons que je me suis pas mal habitué à la vie paisible là-haut, et aller à Delhi retrouver les chauffeurs de rickshaws, rabatteurs et autres crosseurs risque de représenter un second choc culturel.

Le Sikkim restera inoubliable. La veille de notre départ de Gangtok, je croise dans la rue ce bon vieux Suraj qui nous supplie d'aller faire un tour au bureau de l'agence. Toute l'équipe y est, nous dit-il, et on doit fêter notre départ du Sikkim et échanger nos adresses. Après les salamaleks d'usage, on me dit que la prochaine fois que je vais au Sikkim, il m'est interdit de me réserver une chambre d'hôtel. Tout le monde m'accueillera chez lui, à tour de rôle. Si un jour je me marrie, Bob (le directeur de l'agence) me conjure de venir passer ma lune de miel dans son coin de pays, et qu'il fera tout pour que ce soit le plus beau des séjours imaginables. Je le crois. Ce genre de promesse est monnaie courante en Inde, mais au Sikkim, c'est différent. Je sais qu'ils sont sincères. La planète est si grande à explorer que je ne retournerai probablement pas au Sikkim de sitôt, même si j'y ai trouvé un petit paradis avec des gens extraordinaires vivant au coeur de paysages inqualifiables. Et dire qu'on ne devait pas du tout y aller au départ, et que ce fut un plan B dû à la fermeture de Darjeeling. On y aura passé trois semaines ...

Dans deux jours, retour à Siliguri par le ''Toy Train'', inscrit au Patrimoine Mondial de l'UNESCO, puis ce sera finalement le petit saut au Bhoutan. Ensuite, direction Delhi.

Seeya ! :)

Tuesday, March 11, 2008

De retour !

De retour à Gangtok qui est en train de devenir ma ville d'adoption ! Expérience palpitante si elle en fut une. Je ne sais même pas par ou commencer.

Revenons donc quelques jours en arrière. La veille du départ, nous rencontrons Rainer à l'agence de trekking. Allemand vivant en Suisse, début de la quarantaine, notre expédition l'intéresse et après avoir échangé un peu avec lui, c'est décidé, il part avec nous. Nous serons donc trois. Le type de l'agence nous avoue en toute honnêteté que nous sommes ses premiers clients, qu'il a ouvert la semaine d'avant, et qu'il mettra le paquet pour que nous soyons satisfaits. Je m'en doutais un peu, en voyant que j'avais la facture 001. Un peu inquiétant, mais je vois qu'il semble vraiment zélé et qu'il fera tout pour que notre expédition soit la plus agréable possible. De retour à l'hôtel, je retrouve la gang du premier trek qui boit un verre au resto, et de qui nous nous séparerons le lendemain. En fait, il ne reste plus qu'Eeva, Peteri, Alex et Jo mon fidèle compagnon, bien entendu ; Ralf et Pat étant partis explorer d'autres horizons. Je monte à ma chambre chercher un peu d'argent et je leur dis que je suis de retour dans trois minutes. De retour, je suis accueilli avec un gâteau sur lequel est indiqué mon nom et le chiffre 28 dessus. On me chante bonne fête, et tout le kit. Ça, je ne m'y attendais vraiment pas ! Quels gens extraordinaires. Mais ce n'était pas tout : Eeva a pris le temps de me tricotter des mitaines pour mon expédition, et Petteri m'a concocté une bouteille d'un petit drink typiquement finlandais. "Tu boiras ça là-haut, me dit-il, tu vas en avoir besoin". J'ai bien l'intention de populariser ce petit cocktail une fois de retour au Québec ; rien de plus efficace pour les soirées froides. Donc j'ai droit à un petit surprise party auquel je ne m'attendais pas du tout. Vraiment super !

Le lendemain matin à l'aube, nous faisons connaissance avec l'équipe qui nous accompagnera. Jigmee est le guide principal. Il n'a que 25 ans, mais sept ans d'expérience dans la région. Suraj sera son assistant : 23 ans, sourire permanent dans le visage. Ce sera son premier trek, il est là pour apprendre. Suraj a soif d'Occident et de heavy métal : le corps recouvert de tatous, il peut chanter par coeur toutes les paroles de Pantera, System of a Down ou Iron Maiden même s'il ne comprend strictement rien. Ça y est, je pense que je vais m'entendre à merveille avec lui. Avant de partir, je lis des articles qui sont imprimés et collés sur le mur du bureau de l'agence. Récemment, deux Indiens du West Bengal sont décédés d'une embolie pulmonaire dûe au mal des hauteurs. Rassurant. Jigmee nous dit que l'an dernier, un guide et deux Allemands sont partis faire le même parcours que nous, et on n'a jamais eu de nouvelles d'eux depuis. Encore plus rassurant. Comme l'impression qu'on les retrouvera au rayon des surgelés ceux-là.

Bon, disons que je ne raconterai pas tout le trek en détails, à part peut-être le fait que, comme d'habitude, les choses n'ont pas tourné comme prévu. Nous n'avons pas pu monter plus au nord que Dzongri (environ 4500 mètres), pour cause de neige trop abondante. Monter ne poserait pas trop de problèmes, c'est surtout redescendre ; beaucoup de glace et des dénivellations atteignant parfois 80 degrés. Est-ce que je recommencerais demain matin ? Jamais. Ce fut parfois très pénible. Je me rappellerai toujours de ces deux nuits à Dzongri, là ou nous étions coincés. Dormant sur des lits de paille dans une espèce de hutte, j'ai bien pensé que je mourrais de froid. Il faisait environ -15 dehors, et bizarrement, encore plus froid en dedans. Je suis toutefois bien content d'avoir relevé ce défi. Un des symptomes les plus fréquents du mal de l'altitude est l'insomnie ; disons que j'y ai goûté à merveille. Une moyenne de deux heures de sommeil par nuit, à lutter contre le froid et à me demander ce que je fous là. Une nuit ou j'ai dû sortir pour soulager ma vessie, j'ai eu droit à un spectacle incroyable. Bien sûr il y avait ces milliers d'étoiles qu'aucune lumière urbaine ne distortionnait, mais le ciel clignotait au loin, comme si des obus tombaient à quelques kilomètres de là. Je suis resté un bon 15 minutes à contempler ce spectacle unique. Je pense que c'est un phénomène dû à l'altitude; je ne sais pas trop. Suraj a tenté de m'expliquer, mais moi et l'esprit scientifique, ça fait deux. Et puis, parfois je n'aime pas les explications rationnelles. Le troisième ou quatrième jour (je ne sais plus trop), nous sommes tirés du lit à 4h30 par Jigmee. Nous devons absolument monter sur un sommet à 30 minutes de marche de notre camp pour voir le lever du soleil. Ok d'abord ! Le plus beau spectacle que j'aie vu de toute ma vie. Devant nous se dressait une montagne de 7400 mètres, la luminosité était parfaite, et à mesure que le soleil se pointait, nous pouvions contempler ces sommets enneigés qui se dressaient à l'infini devant nous, sur des centaines de kilomètres. Tellement beau que j'oubliais à quel point je me les gelais. Puis quand le soleil est finalement apparu, ses chauds rayons ont tôt fait de nous réchauffer. Jamais je n'avais été si près de lui, comme si j'avais juste à tendre la main pour le chatouiller un peu. Après Dzongri, Jigmee nous annonce donc que les projets changent. Nous finirons le séjour en faisant le trek des monastères, en redescendant tranquillement vers Yuksom (point de départ) lors des prochains jours. Personnellement, ça me convient parfaitement, j'ai froid malgré mes sept épaisseurs, j'ai contemplé les plus hauts sommets du monde, je suis satisfait. Jo est déçu, il voulait monter plus haut. Mais il m'avouera à la fin du trek qu'il ne regrette aucunement le changement de plan, puisque la route des monastères nous a donné l'occasion de voir des paysages absolument incroyables, encore une fois. C'était hallucinant là-haut aussi, mais plus monotone et moins varié.

C'était aussi de traverser tous ces minuscules villages complètement isolés, près desquels absolument aucune route ne passe, et là ou vivent paisiblement quelques familles. J'ai aussi appris qu'il n'y a que moi qui suis capable de me perdre dans un village de 300 habitants.

Le jour de mon anniversaire, j'atteins à l'aube le plus haut sommet que je n'aie jamais gravi. Jigmee sort une bouteille de brandy, me donne un foulard semblable aux drapeaux à prières bouddhistes, et me souhaite bon anniversaire. Nous trinquons tous ensemble à 4300 mètres (pas trop quand même), et je me dis que c'est sans aucun doute le plus inusité des anniversaires que je n'aurai jamais.

Nous étions trois équipes à plus ou moins suivre le même parcours. On se rencontrait parfois à des haltes, pour faire une pause-thé. Disons que notre groupe se distinguait pas mal des autres. Les autres étaient tous équipés pour des centaines et des centaines de dollars, technologie dernier cri, sérieux comme des contrôleurs fiscaux; ces gens-là ne semblaient pas être là pour s'amuser. Moi, Jo et Rainer sommes plutôt du genre bons vivants : la bouteille de rhum n'était jamais bien loin, ça fumait pas mal et disons-le, nous n'étions pas super bien équipés. Ironie du sort : les deux autres groupes ont abandonné bien avant nous. Dans la première équipe, un monsieur est tombé malade et ils ont dû redescendre (seul médication contre le mal de l'altitude). Dans la deuxième équipe, une dame et un ..... porteur sont tombés malades, et ils ont dû redescendre à leur tour. Nous, pas de problème, nous voulions encore monter et le staff se portait à merveille, tout comme nous. Jigmee n'en revenait tout simplement pas ; il nous regardait comme des extra-terrestres et nous a avoué bien humblement qu'il avait rarement vu une équipe comme la nôtre aussi bien tenir le coup. Il nous dit à quel point il est bien avec nous et qu'il ne nous oubliera pas de sitôt ! Le premier jour, il nous tend une cigarette grossièrement roulée. Pour lutter contre le mal de l'altitude, dit-il, rien de tel. Une cigarette??? "No, no, ganja". Ah ben cibole !
- Je n'en offre pas aux touristes d'habitude, mais avec vous, c'est différent. On le fume?
- Jamais de la vie. Je ne touche pas à ça, bien entendu.
- Moi non plus, répond Jigmee. Je ne fume pas à Gangtok, seulement en montagne. Ça fait des miracles, je te dis.
- Ok d'abord. Ça tombe bien, moi aussi je fume seulement quand je suis dans l'Himalaya.
Faut dire que Rainer a abusé du concept de sous-équipement. Je ne sais pas ou il s'imaginait qu'on s'en allait, davantage à un mariage qu'à un trekking probablement. Toujours est-il que ce pauvre Rainer a descendu une partie du mont jouxtant Dzongri sur le cul. Amusant. Mais les souliers à crampon sont indispensables. Peut-être que je parais un peu irresponsable en racontant tout ça, mais je me suis lancé dans ce trekking comme je l'ai fait pour ce voyage : sans trop de préparation, on plonge et advienne que pourra. Jusqu'ici, ça m'a très bien servi, et ce fut le cas une fois de plus.

Cette expédition ou on se sent seul au monde donne l'occasion de réfléchir, de faire le point. Le soir, il n'y avait absolument rien à faire, à part penser, lire (à la lampe de poche!) et tiens, pourquoi pas méditer avec les mentras que Suraj et Jigmee nous ont enseigné.

Les yacks sont de bien braves bêtes. Armés de leur cloche au cou, il faut les voir transporter des charges incroyables sans jamais broncher, réguliers comme des métronomes et affrontant des climats rudes qui n'ont rien à envier à ceux du Québec. Ils étaient parfois si rapides qu'il valait mieux se tasser de leur chemin, si on ne voulait pas avoir deux marques de cornes imprimées sur le postérieur. J'ai baptisé le mien Martial. Un fort caractère, très rebelle mains consciencieux.

Notre cuisinier était tout un personnage. Environ 25 ans, l'air un peu perdu, parle tout seul, sale gueule de bum. Mais je ne pense pas mentir en disant que je n'ai probablement jamais aussi bien mangé que cette semaine. Très créatif le mec, le menu ne s'est pas répété une seule fois. Momos par-ci, pain tibétain par-là, soupes et salades excellentes. C'était parfois beaucoup trop ; un soir, j'ai dû carrément refuser de souper. Quand ça ne rentre plus, ça ne rentre plus. Le dernier soir, pour remercier cette formidable équipe, nous invitons toute la gang au seul bar de Tashiding (destination finale) et Rainer, moi et Jo s'occupons de la facture. Petite note sur ce bar... C'était assez surréaliste. Ça faisait des jours que nous n'avions vu à peu près aucune civilisation, et nous découvrons cette hutte sur le bord d'une petite route, et sur laquelle est indiqué "Bar". Nous rentrons, pour trouver un décor absolument très moderne, avec Manu Chao comme trame sonore et à peu près toutes les marques d'alcool imaginables derrière le comptoir fait tout en mirroir. Décidément ... C'était également l'occasion de faire connaissance avec la thomba, fameuse bière tibétaine. On nous sert une peinte en bambou dans laquelle repose seulement du millet, sembable à de l'orge. Ensuite, on verse de l'eau bouillante dedans, et le processus de fermentation express fait son oeuvre. On attend cinq minutes, et le mélange se transforme en alcool. Ça me rappelle presque Jésus ... On peut remettre de l'eau trois ou quatre fois. Excellent!!

Suraj me promet que d'ici cinq ans, il viendra vivre au Canada pour s'ouvrir son propre magasin de tatouage, et il me fera mon prochain grtuitement. Bonne chance Suraj !

-

Rencontré deux Québécois ici à Gangtok, Max et Hélène. Ça fait du bien de parler un peu dans sa langue avec d'autres personnes, j'ai quasiment peur de perdre mon français. Je me suis inquiété durant le trekking, quand je me suis surpris à penser en anglais ... Ouf! Max et Hélène sont une bouffée d'air frais.

-

Je m'ennuie des gens que j'aime, mais pas de notre mode de vie "course-contre-ne-sais-pas-trop-quoi-au-juste", ou la vie se déroule essentiellement entre le bureau et le centre d'achats. Juste d'y penser, ça me donne des frissons. Mais bon, je me prépare mentalement à y faire face un jour ...

-

Dans deux jours, nous faisons un saut au Bhoutan. Un des pays les plus fermés au monde. Impossible d'y voyager en individuel, et ça coûte 200$ US par jour simplement pour le privilège d'être sur ce territoire. Qu'à cela ne tienne, depuis 2001, c'est possible d'y faire un arrêt de 24 heures et ce, complètement gratuitement. Je ne peux pas rater cette occasion.

Thursday, February 28, 2008

Trek !

Puisque nous sommes coincés au Sikkim, allons-y pour un autre trekking. Un vrai cette fois-ci.

Demain, nous partons pour neuf jours dans l'ouest de l'État. Pas de jeep. Seulement un guide, un cuisinier, un porteur, deux yacks, une tente et des sleepings bags. Nous atteindrons une altitude de 6000 mètres (le mont Everest en fait 8000 je pense) et nous devrons consommer pas loin de 5000 calories par jour pour évoluer dans ces conditions. Tout ça nous coûte une petite fortune, mais tant qu'à être pognés ici, aussi bien s'offrir l'expérience d'une vie. Ce soir, nous devrons faire nos adieux à nos compagnons des derniers jours, mais toute bonne chose a une fin. Les deux Finlandais me manqueront particulièrement.

Je fêterai donc mon 28ème anniversaire complètement coupé du monde. Par contre, quand nous serons de retour à Gangtok, il s'agira de ne plus perdre de temps et de foncer directement vers Varanasi.

Je pense que je vais aller prendre une douche.

De retour vers le 10 mars.

-

Jean, je sais que tu lisais mes aventures avec intérêt. Profite bien de tes derniers jours en ce monde entouré des gens que tu aimes. Je te souhaite un bon voyage mon ami. On se retrouve un jour.

Wednesday, February 27, 2008

Lachen - Mangan

De retour du trekking, nous apprenons une nouvelle inattendue. La route qui conduit de Gangtok à Siliguri (seule option pour sortir du Sikkim) est maintenant fermée indéfiniment pour cause de grève, une fois de plus. Nous sommes coincés ici pour je ne sais combien de temps. Personnellement, ça me va. Mais je pense à quelques-uns de nos coéquipiers qui n'ont que deux ou trois semaines de vacances ici et qui avaient prévu voir autre chose : c'est pas mal plus problématique pour eux. Quoiqu'il en soit, deux autobus qui ont essayé de sortir ont été attaqués et incendiés hier, donc je crois que l'on va s'abstenir pour l'instant. Si la situation perdure, la dernière option restera l'hélicoptère, dont le prix est étonamment raisonnable (environ 35$ par personne pour regagner Siliguri). Tout ce que je sais, c'est que je dois être à Delhi vers le 25 mars pour rejoindre une amie. Ça laisse amplement le temps.

Bon, le trekking. Nous avions choisi le parcours nord, non loin de la frontière tibétaine, en passant par les villages de Lachen et de Mangan, à six heures de route de Gangtok et à environ 3000 mètres d'altitude. Les conditions météo ont fait en sorte que nous n'avons pas pu monter aussi au nord que l'on voulait, mais ce fut tout de même une très belle expérience ; remplie de neige, de glace et de froids assez extrêmes. En fait, c'était davantage une ballade qu'un trekking : nous dormions dans des hôtels et faisions de grands bouts en jeep. Les sept randonneurs que nous étions n'étaient pas dans la même condition physique et pour une première expérience c'était un bon compromis. Dans les villages, nous avons pu goûter à l'hospitalité tibétaine. J'ai cru comprendre que toutes les maisons peuvent faire office de restaurant ou d'endroit pour prendre un thé. Nous avons parfois été invités à rentrer pour boire un petit quelque chose et discuter, absolument gratuitement et sans attente de quelque chose en retour. À Lachen, deux individus (qui ne se sont pas consultés) m'ont dit que je ressemblais à un Népalais, et l'un deux m'a même rebaptisé Rohit. Après avoir déjà passé pour un Mexicain, un Irakien et un Amérindien, me voici maintenant Népalais. Excellent !

Une fois sortis des villages, les seules formes de vie que nous croisions étaient les militaires, qui sont absolument partout dans le Sikkim. Il faut comprendre que la Chine revendique ce territoire depuis fort longtemps, de là la présence de jeeps verts et de bases militaires à tous les kilomètres ou presque. À Gangtok, New Delhi investit de grosses sommes pour embellir la ville (la rue principale est en pleine rénovation), histoire de mieux concrétiser son emprise sur la ville et la région. On y envoie même des Indiens du sud pour doucement coloniser le territoire. Pas mal la même stratégie que la Chine applique au Tibet. Quoiqu'il en soit, les routes ne sont pas conçues pour que deux véhicules se croisent durant la période hivernale. Quand un jeep militaire se pointait à l'horizon, il fallait soit se tasser sur le côté (quand c'était possible) ou soit reculer, parfois pendant cinq minutes, jusqu'à ce qu'on trouve une petite aire pour se tasser et le laisser passer. Souvent, ça ressemblait à un pas par en avant et dix par en arrière. Les conditions routières étaient parfois si extrêmes que j'ai cru qu'on y passerait plus d'une fois. Il faut voir ces routes sans garde-fou ou un coup de volant de trop risquerait de nous faire tomber plusieurs centaines de mètres plus bas. Ajoutez à ça un peu de glace et nous avons droit à tout un cocktail.

Ensuite, visite de quelques monastères. Quel contraste avec les temples hindous : ici, nous nous sentons vraiment les bienvenus. Non seulement les prêtres ne sont pas des escrocs qui tentent de nous soutirer le maximum de roupies, mais nous sommes nourris gratuitement et je suis sûr que nous aurions été logés si tel avait été notre désir. Tout nous est expliqué avec patience et précision, avec une réelle volonté de nous en apprendre le plus possible sur leur philosophie et leur mode de vie. Vraiment, ces moines boudhistes sont à la hauteur de leur réputation.

Dans les villes et villages du Sikkim, l'alcool fait malheureusement des ravages. Il y a le fait que ça ne coûte presque rien (3$ pour 750 ml de rhum), mais surtout l'illusion que ça peut combattre le froid et l'isolement. À Gangtok et dans les villages dans lesquels nous avons logé, il est strictement interdit pour les étrangers de sortir de leurs hôtels après 20h ou 21h, tant tout le monde est saoul et que les choses peuvent devenir incontrôlables. Mais c'est correct, il n'y a pas tant à faire le soir quand tout est fermé, nous nous rassemblons donc tous pour jouer aux cartes, boire un p'tit coup (pour se réchauffer) et discuter. Concernant l'alcool, il est arrivé un épisode malheureux dans un village dont j'igonre le nom et ou nous avons fait une halte pour dîner. Moi, Jo et Pat (la filière nord-américaine) avions une heure d'avance sur le reste du groupe (la filière européenne). Je suis plus en forme que je pensais ! Nous sommes invités dans une maison à manger un bol de soupe et boire un verre d'alcool chaud. Bah, pourquoi pas. Sur place, un militaire sikh du Punjab nous explique qu'il est ici pour une période de deux ans. Il est midi et il est déjà saoul pas mal. Jusque là ça va, tout est correct. Il est sympathique mais énormément redondant ; c'est parfois même difficile de ne pas lui rire dans la figure. "Indian army, indian army". "Friends. Canada. My brother in London". Et répétez le tout une cinquantaine de fois. Puis, les autres nous rejoignent. Lorsque c'est le temps de quitter, il s'approche d'Eeva, la seule fille du groupe, et sans avertissement, il se met à lui pogner les seins. Tout le monde a réagi, dont le courageux propriétaire de la maison qui a infligé une pas pire râclé à notre militaire mal élevé. Notre sikh doit encore regretter son geste deux jours plus tard. Je dis courageux parce que sacrer une volée à un militaire saoul, ça me semble un pari risqué. Il peut aussi bien retourner à sa base (juste à côté) et revenir régler la question à coup de AK-47, qui sait. Nous ne saurons jamais la suite de l'histoire. C'était la première fois que je voyais un chignon de sikh lorsque son chapeau à revolé suite à la première taloche. Tiens, n'ont-ils pas comme principe sacré de ne pas fumer ni de boire d'alcool? Peu importe, notre gentille Finlandaise n'en a pas fait un plat et en parle en riant aujourd'hui. Notre guide nous a expliqué que ce genre d'incident arrive malheureusement trop souvent. Ces militaires sont isolés, ne voient jamais de femmes, sombrent dans l'alcool et le désespoir. Ça n'excuse toutefois aucunement son geste, mais ce sont des choses qui arrivent. Il y a aussi le fait que les femmes indiennes ne regardent jamais les hommes dans les yeux, ne leur adressent jamais la parole, donc une femme blanche qui se montre le moindrement sympathique à leur égard suffit bien souvent à déclencher l'étincelle qui résultera en ce genre de geste.

Sinon, pas eu si froid que ça malgré les chambres non chauffées et les températures entre -5 et -10. Le secret n'est pas de se limiter à un manteau chaud, mais de superposer le maximum de couches possible. C'est l'air emprisonné entre les épaisseurs qui sert d'isolant et qui s'avère plus efficace que n'importe quel Kanuk.

Pour les prochains jours, aucune idée. Nous restons à Gangtok un jour ou deux pour se reposer un peu les jambes et penser à la suite des choses. Peut-être un autre trekking (un vrai de vrai cette fois-ci, dans une tente et tout). Sinon, ce sera l'hélico jusqu'à Siliguri puis la vallée du Gange. Mais rien ne presse.