Monday, April 14, 2008

Jaipur - Agra - Varanasi

Je vais tout d'abord revenir un peu sur Jaipur, car il est bien vrai que je n'en avais pas glissé un seul mot. J'ai exploré la ville par moi-même, car quand Jo et Julie étaient prets à partir, je ne me sentais pas super bien (un truc qui me colle depuis quelques temps). La capitale du Rajasthan avait absolument tout pour m'attirer, et faisait office de vieux fantasme pour moi, depuis le jour où j'avais vu un documentaire à Découverte qui expliquait la hiérarchie entre les clans de singes qui peuplent la ville. Il s'y dégageait une aura de mystère, comme quelque chose de loin et d'inssaisissable. Sans compter le fameux Palais des Vents, qui figure dans toutes les brochures touristiques qui parlent de l'Inde. Ok, disons que Jaipur ressemble à n'importe quel autre gros bled indien. Bruit, stress, pollution, odeurs nauséabondes. Les singes semblent très bien cachés, beaucoup plus qu'ailleurs en tout cas. Et le Palais des Vents, sérieusement, quelle déception. Il ne s'agit que de la facade d'un bâtiment au coin d'une intersection fort encombrée. Minuscule. On aurait juré qu'il s'agissait d'une reconstitution format réduit en carton-pâte. Quand le chauffeur de rickshaw m'a déposé là, je lui ai sérieusement demandé s'il ne s'agissait pas d'une blague. Eh non ! Pourtant, dans les brochures, on s'imagine un véritable palais, au coeur d'un immense terrain. Au lieu de ça, ce n'est que le devant d'un building faisant quelques dizaines de mètres de long, pogné entre deux magasins de cossins. Anyway ...

Nous sommes arrivés à Agra un vendredi en milieu d'après-midi, avec un billet de train en main pour Varanasi en fin de soirée. En chemin, Raj, notre chauffeur, nous a ammené dans un temple dédié à Hannuman (le Dieu singe) dans un bled perdu aux abords de la frontière entre le Rajasthan et l'Uttar Pradesh. L'une des expériences les plus déroutantes de toute ma vie, même après plusieurs visites de temples. Gens en transe poussant des cris indescriptibles, se frappant la tête sur les murs ... Une odeur fétide régnait, et tous les regards semblaient sortis de l'au-delà. Après trois ou quatre minutes, nous avons fait demi-tour et sommes tout simplement sortis, sentant que nous n'étions pas tout à fait a notre place. Mais ça valait la peine de voir ce côté de l'Inde, où la ferveur religieuse fait tout de même un peu peur, et où ça se passe comme ça devait se passer exactement de la même facon qu'il y a 2000 ans ...

On se séparait de notre chauffeur à Agra. Le vendredi, le Taj Mahal est fermé. Mais il a convenu de nous déposer dans un resto avec une terrasse sur le toit, de laquelle nous avons une excellente vue du Taj. Promesse tenue. Raj a fait la gueule pour notre pourboire qu'il trouvait vraiment trop peu généreux, mais il a été lourd pendant deux semaines avec ses histoires d'hôtels imposés dont on ne voulait rien savoir. Disons que nous sommes bien à l'aise avec notre conscience, et qu'à part son salaire de base, il va faire un très bon bout de chemin avec ce que nous lui avons donné. Mais on ne le changera pas. Un peu cave le gars. Quelques minutes après nos adieux déchirants avec lui, j'aperçois un couple qui vient s'installer sur la terrasse, et dont le gars m'a un visage très familier. Je les entend parler Québécois. Après quelques minutes d'analyse de la situation, je le reconnais : c'est le chanteur Yann Perreault. J'avais d'ailleurs lu dans Le Devoir que Julie m'a amené qu'il était en Inde pendant quelques temps. Ben coudon ! Ils ne restent pas très longtemps, mais on convient de se rencontrer sur la terrasse d'un autre hôtel pas loin dans une heure ou deux pour boire quelques bières également avec un autre couple, ce que nous ferons. Un type bien sympa ! On échange nos expériences de voyage, il est là pour sept semaines. Il avait été invité par un organisme francophone à Delhi pour donner un spectacle et a décidé de prolonger le trip un peu avec sa blonde. Il nous recommande une chouette adresse à Varanasi et on se sépare quand vient le temps d'aller prendre notre train vers 23 heures ... Court mais intense passage à Agra, qui nous fait presque regretter de ne pas y avoir passé une nuit, finalement. Et le Taj est si beau. J'ai fait des photos qui ont de l'allure, mais peut-être que ça aurait pu valoir le coup d'aller le visiter pour vrai, malgré le prix de fou. Mais bon, nous avons notre billet en main, et je reviendrai en Inde un jour, de toute façon.

Varanasi, anciennement connue sous le nom de Bénarès, est à la hauteur de sa réputation. Ville sainte par excellence de l'hindouisme, c'est ici qu'on vient y mourir en masse. Car pour les Hindous, mourir à Varanasi, c'est se sortir du cercle éternel des réincarnations et enfin goûter au vrai repos. De nombreux vieillards assis sur les ghats qui longent le Gange semblent n'attendre que la mort. Nous avons eu une intéressante conversation avec le type qui s'occupe de fournir le bois combustible aux familles des défunts, sur l'un des "burning ghats". Des histoires assez incroyables en fait, qui donnent encore moins le goût de tremper ne serait-ce qu'un seul orteil dans le Gange (même si j'ai fini par m'y tremper les pieds éventuellement). Cinq catégories de personnes n'ont pas besoin de crémation et peuvent voir leur cadavre être balancé directement dans le fleuve, chaîne et pierre aux pieds. Les sadhus (hommes de prière et de renonciation), les victimes de morsures de serpent (punition divine, donc automatiquement purifiés), les enfants de moins de 8 ans, les femmes enceintes et les gens atteints de variole (je ne me souviens plus trop pourquoi). Imaginez ... enfiler un scaphandre et aller voir tout ce qu'il se passe là-dessous. A faire fremir. Il nous a aussi raconté qu'il y a quelques années, les familles pauvres n'avaient pas assez d'argent pour acheter tout le bois nécessaire à la crémation complète d'un corps, de là les fameuses histoires de bras et de jambes flottant en permanence dans le plus sacré des fleuves. Heureusement, cette époque est révolue et des "fours" spéciaux sont à la disposition des familles moins aisées. Un peu moins poétique comme façon de procéder, mais le Gange s'en porte sans doute mieux. Le monsieur nous a egalement montré le "feu éternel" servant a enflammer les buchers, et qui ne se serait pas éteint depuis environ 3000 ans ... Malgré le fait que l'on sache (presque) tous que ce fleuve est l'un des plus dégueu de la planète, c'est hallucinant de voir les Indiens s'y baigner allégrement, à trois mètres d'un troupeau de vaches cherchant lui aussi un peu de fraîcheur.

Sinon, la chaleur est insupportable. 47 degrés avant-hier (sans l'Humidex), 42 aujourd'hui. Nous avons quitté l'hôtel recommandé par Yann après deux jours ; il était situé directement sur les ghats (ce qui est génial en temps normal), donc l'humidité dégagée par le fleuve combinée à une chaleur impossible à décrire rendait vraiment les choses insupportables. On a switché pour un hôtel plus luxueux avec piscine dans le Cantonment, quartier à l'intérieur des terres et un peu plus bourgeois (c'est là qu'étaient installés les Britanniques à l'époque de la colonie). De un, ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas payés un petit luxe (ça fait tellement de bien), de deux, la chaleur s'en trouve beaucoup plus supportable près de la piscine, et de trois, nous sommes à côté de l'aéroport, ce qui arrange Julie, qui nous quitte demain.

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Je n'ai publié aucune de mes presque 1000 photos jusqu'à maintenant. Qu'à cela ne tienne, Julie repart avec mes deux cartes-mémoire bien pleines, et s'occupera de mettre le tout sur Flickr ou un truc comme ça. Donc, ça s'en vient, et cette fois-ci, c'est pour vrai. Merci Julie, et bon retour ! :)

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