De retour à New Delhi, ville que j'aime bien, contrairement à absolument tout le monde. Qu'est-ce qu'on fout ici ? Ah, ça c'est une bonne question. Comme je l'ai mentionné dans mon post précédent, nous étions sur la liste d'attente pour le train Haridwar / Jammu. La procédure est simple : à moins d'être vraiment malchanceux, on se pointe sur le quai, on va voir le contrôleur et il nous attribue une place. Ça marche 99% du temps, sauf quand le train est vraiment trop plein. Celui-là l'était. La suite des choses s'est faite automatiquement. Une heure et demie de galère pour se faire rembourser, courir d'un bureau à l'autre en ayant l'impression de se faire carrément niaiser. Je pense que le coup est calculé : ils rendent ça tellement compliqué de se faire rembourser que la plupart des gens abandonnent sans doute. Toujours est-il qu'on était à bout de nerfs, et vraiment en criss. L'incertitude totale ... Là on fait quoi ? On reste à Haridwar indéfiniment jusqu'à ce qu'une place se libère? Haridwar est bien sympa, mais c'est le genre de ville ou on reste une journée ou deux max. Il n'y a pratiquement rien à bouffer (ville sainte, donc végétalienne, pas d'oeufs, rien ...)
Fidèle à mon habitude, une idée de génie me traverse l'esprit. Je dis à Jo : ''Regarde, depuis deux ou trois semaines, on n'est plus dedans pantoute. On fait tout à reculons. Même si on arrive à aller au Cachemire, même pas sûr qu'on va en profiter. Le diagnostic est simple, même si sans appel : je pense qu'après quatre mois, on en a notre claque de l'Inde. Je propose qu'on retourne à Delhi, qu'on s'achète un billet d'avion pour la ville X, qu'on y reste quelques temps, et de là, ce sera facile de rejoindre les pays Y et Z. Qu'est-ce que t'en penses?'' ''Ouais, ok!'' Sweet deal.
Nous sautons donc dans un bus direction New Delhi. Mais on ne pouvait pas faire un dernier trajet sans que la bonne vieille Inde nous réserve encore quelque surprise (elle a plus d'un tour dans son sac celle-là ...) À 40 km de Delhi, le moteur du bus saute. J'avais des soupçons depuis un bout de temps, quand je voyais de l'huile s'échapper du dash et de la boucane sortir d'en-dessous du levier à vitesse. Les hommes sortent pour pousser et dégager la voie (on a créé tout un bouchon). Après quelques tentatives de réanimation, le décès du bus (qui serait interdit de circulation depuis 25 ans chez nous) est constaté. Résultat : on doit attendre un autre bus qui voudra bien nous reccueillir, ce qui ne sera pas trop long malgré la chaleur accablante. Le reste du trajet constitue la pire heure de mon existence en Inde. Assis dans les escaliers du bus avec mon gros pack-sac sur les genoux, avec un chauffeur complètement dingue, la sensation de cuire dans un four, un estomac encore sensible, des gens partout partout. Mais bon, on a fini par arriver. Évidemment, les chauffeurs de rickshaw nous attendaient de pied ferme. ''Là, tu nous ammènes à la gare pour 150 Rps, et tu ne poses aucune crisse de question. Deal?'' ''Deal''. Ça peut paraître raide, mais venez à Delhi, et vous comprendrez parfaitement ...
Alors voilà. Ce message est le dernier qui sera envoyé de l'Inde. Je vous écrirai d'un autre pays la prochaine fois, dans quelques jours (eh non, ce ne sera pas du Québec). Il nous reste encore quelques semaines devant nous, mais on ne tardera pas à rentrer pour de vrai non plus. Est-ce que je reviendrai en Inde un jour ? Absolument. Le genre de relation qu'on développe avec ce pays est loin d'être simple. En fait, l'Inde n'est pas un pays, c'est un continent, comme aiment le rappeler les Indiens. Quand meme fou d'avoir pu si facilement passer des douces plages du Kerala aux neiges éternelles himalayennes, et pourquoi pas un petit detour dans le désert. Il en reste donc beaucoup à voir pour une prochaine fois : Bombay, Goa, le Punjab, le Gujarat et le Cachemire. Et c'est clair que je retournerai voir mes amis du Sikkim à Gangtok un de ces quatre. Oui, pour l'instant j'ai ma dose, mais d'ici quelques jours je m'ennuirai déjà de ce pays de fous, j'en suis à peu près certain.
Je ne peux pas conclure ce volet indien sans laisser une ou deux anecdotes :
- J'ai signé un autographe à Lucknow.
- À Varanasi, j'achète une barre Mars à la boutique de l'hôtel. Tiens donc, ça goûte pas mal bizarre. Je regarde la date d'expiration, et le 03 a été grossièrement changé en 08 au crayon feutre, pas subtil pantoute. Mais c'est quand même magique. Un coup de crayon et ma Mars a rajeuni de cinq mois. Apu existe vraiment, et il est Indien pour vrai ...
- À Haridwar, le gars du Room Service nous a chargé nos deux Coca-Cola avec la prose suivante : 2 Cocks ... Eeeeuhhhhhhh !!!!!
Bye !
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