Il s'en est passé des choses depuis le soir ou nous avons quitté Calcutta; soirée mémorable si elle en fut une. Nous avions environ deux heures à tuer avant le départ de notre train à la gare de Sealdah, nous avons donc posé nos sacs et nous sommes assis à l'extérieur de la gare. Sealdah est tristement célèbre pour le nombre faramineux d'enfants orphelins qui y traînent, ayant pour seul espoir les maigres païsas que les passants voudront bien leur donner. Ça n'a évidemment pas été bien long avant que deux d'entre eux nous approchent pour nous solliciter. Deux petits bouttes au regards espiègle et au sourire moqueur. Ils tournent autour de nous tels des vautours, et l'assaut est donné : ils nous sautent dessus pour nous chatouiller. Eh ben ! Ne laissant jamais porter atteinte à mon intégrité physique, je ne pouvais pas ne pas répliquer. En deux minutes, nous avions de nouveaux p'tits amis, qui furent rapidement rejoints par leurs ''collègues''. Au menu : leçon d'hindi en échange d'une leçon de français, tir au poignet et chamaillage. Durant un instant, ils sont redevenus des enfants (et nous aussi). Les deux drôles d'étrangers que nous sommes ont tôt fait de provoquer un petit rassemblement autour de l'événement. Nous voilà donc entourés d'à peu près tout ce qui traîne dans la gare de Sealdah, tout le monde le grand sourire aux lèvres (particulièrement nous) à savourer ce petit moment. Lorsque je me décide à sortir mon appareil photo, mon statut de vedette est définitivement concrétisé. Tout le monde veut se faire prendre pour se voir ensuite. Ça les amuse comme des petits fous, adultes comme enfants. Bon, c'est pas tout, nous avons un train à prendre à 22h. Nos deux petits amis du début nous accompagnent jusqu'au quai sans jamais nous demander de l'argent une seule fois. "Reviendrez-vous à Calcutta?" "Non, mais prends soin de toi, yaar !"
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Il n'y a aucun train qui fait la liaison directe avec Darjeeling. Nous devons passer par la ville de Siliguri, pour ensuite prendre le fameux "Toy train" qui mène à la ville en environ 8h. Une fois à Siliguri, nous apprenons qu'une grève frappe la ville de Darjeeling est que rien ne s'y rend : ni train, ni bus, ni taxi. Et même si on réussissait à s'y rendre, ce serait peine perdue puisqu'absolument tout est fermé, dont les hôtels et les restos. Bon. On fait quoi ? Nous rencontrons un couple de Finlandais dans la même situation et on se dit que la meilleure solution est de rester à Siliguri 24 ou 48 heures (même s'il n'y a strictement rien à y faire), le temps que les choses se placent à Darjeeling. On se prend une grande chambre quadruple et nos principales activités consistent à boire un petit verre et jouer aux cartes (ils sont fait solides ces Finlandais !) ... Après 24 heures, nous tombons d'accord sur un changement de cap, et nous décidons de filer dans le Sikkim, province coincée entre le Népal, le Bhoutan et le Tibet; le tout bordé par l'Himalaya. Le problème, c'est que nous apprenons qu'une grève frappe également Gangtok (la capitale) et que là non plus, aucun moyen de s'y rendre. Comble de chance, c'est la première grève du genre à frapper la région en 23 ans. Nous sommes littéralement pognés ici. Une autre petite nuit à Siliguri en espérant que tout sera correct le lendemain. Et ce sera le cas. Ouf!
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Le moyen le plus efficace de joindre Siliguri à Gangtok est par les jeeps collectifs, qui peuvent prendre huit passagers. En rôdant près du terminal de taxis, ce n'est pas très long que nous trouvons des coéquipiers pour boucler notre line-up : un Américain, un Allemand et un Anglais. Nous avons tous nos documents et photos en main pour faire faire notre permis à la frontière (puisque ça en prend un pour entrer au Sikkim) et c'est parti ! Quatre heures de trajet ou nous montons tranquillement pendant 2000 mètres, dans des paysages à couper le souffle, ou les seules formes de vie sont les singes qui regardent tranquillement passer les jeeps. Rendus en ville, c'est carrément un autre monde. En observant les faciès des gens, on se croirait davantage en Chine qu'en Inde. La gastronomie s'en ressent egalement : hier j'ai pu savourer des momos tibetains, un joyeux hybride entre les dim sum chinois et les piroguis polonais. Il fait pas loin de zéro degrés Celsius, et c'est très pénible puisqu'absolument aucun bâtiment n'est chauffé. Incroyable mais vrai, le premier hôtel que nous regardons nous propose une chambre à sept lits en plein coeur de la ville à un prix totalement ridicule. Et c'est reparti pour l'auberge espagnole avec la gang du jeep ! La ville est magnifique, construite sur différents palliers reliés les uns aux autres par des escaliers. Sur la terrasse de l'hôtel, nous apercevons au loin les sommets éternellement enneigés de l'Himalaya. C'est la première fois de ma vie que je grimpe à une telle hauteur et je vais avouer que les premières heures n'ont pas été faciles : épuisement, déshydratation et absence d'appétit. Mais là tout est réglé et après-demain, nous partons en trekking dans l'Himalaya durant quatre ou cinq jours, avec Pat l'Américain et possiblement d'autres.
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J'écris un petit peu moins qu'au début ! Pas que je sois nécessairement moins motivé; c'est surtout le fait que les petits détails qui m'émervaillaient au début et que je m'empressais de raconter font maintenant parti de mon quotidien. Je vous entends protester. Ne vous en faites pas, je vais continuer à donner des nouvelles régulièrement, mais sans doute avec un peu moins de ponctualité.
À bientôt !
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