Wednesday, February 27, 2008

Lachen - Mangan

De retour du trekking, nous apprenons une nouvelle inattendue. La route qui conduit de Gangtok à Siliguri (seule option pour sortir du Sikkim) est maintenant fermée indéfiniment pour cause de grève, une fois de plus. Nous sommes coincés ici pour je ne sais combien de temps. Personnellement, ça me va. Mais je pense à quelques-uns de nos coéquipiers qui n'ont que deux ou trois semaines de vacances ici et qui avaient prévu voir autre chose : c'est pas mal plus problématique pour eux. Quoiqu'il en soit, deux autobus qui ont essayé de sortir ont été attaqués et incendiés hier, donc je crois que l'on va s'abstenir pour l'instant. Si la situation perdure, la dernière option restera l'hélicoptère, dont le prix est étonamment raisonnable (environ 35$ par personne pour regagner Siliguri). Tout ce que je sais, c'est que je dois être à Delhi vers le 25 mars pour rejoindre une amie. Ça laisse amplement le temps.

Bon, le trekking. Nous avions choisi le parcours nord, non loin de la frontière tibétaine, en passant par les villages de Lachen et de Mangan, à six heures de route de Gangtok et à environ 3000 mètres d'altitude. Les conditions météo ont fait en sorte que nous n'avons pas pu monter aussi au nord que l'on voulait, mais ce fut tout de même une très belle expérience ; remplie de neige, de glace et de froids assez extrêmes. En fait, c'était davantage une ballade qu'un trekking : nous dormions dans des hôtels et faisions de grands bouts en jeep. Les sept randonneurs que nous étions n'étaient pas dans la même condition physique et pour une première expérience c'était un bon compromis. Dans les villages, nous avons pu goûter à l'hospitalité tibétaine. J'ai cru comprendre que toutes les maisons peuvent faire office de restaurant ou d'endroit pour prendre un thé. Nous avons parfois été invités à rentrer pour boire un petit quelque chose et discuter, absolument gratuitement et sans attente de quelque chose en retour. À Lachen, deux individus (qui ne se sont pas consultés) m'ont dit que je ressemblais à un Népalais, et l'un deux m'a même rebaptisé Rohit. Après avoir déjà passé pour un Mexicain, un Irakien et un Amérindien, me voici maintenant Népalais. Excellent !

Une fois sortis des villages, les seules formes de vie que nous croisions étaient les militaires, qui sont absolument partout dans le Sikkim. Il faut comprendre que la Chine revendique ce territoire depuis fort longtemps, de là la présence de jeeps verts et de bases militaires à tous les kilomètres ou presque. À Gangtok, New Delhi investit de grosses sommes pour embellir la ville (la rue principale est en pleine rénovation), histoire de mieux concrétiser son emprise sur la ville et la région. On y envoie même des Indiens du sud pour doucement coloniser le territoire. Pas mal la même stratégie que la Chine applique au Tibet. Quoiqu'il en soit, les routes ne sont pas conçues pour que deux véhicules se croisent durant la période hivernale. Quand un jeep militaire se pointait à l'horizon, il fallait soit se tasser sur le côté (quand c'était possible) ou soit reculer, parfois pendant cinq minutes, jusqu'à ce qu'on trouve une petite aire pour se tasser et le laisser passer. Souvent, ça ressemblait à un pas par en avant et dix par en arrière. Les conditions routières étaient parfois si extrêmes que j'ai cru qu'on y passerait plus d'une fois. Il faut voir ces routes sans garde-fou ou un coup de volant de trop risquerait de nous faire tomber plusieurs centaines de mètres plus bas. Ajoutez à ça un peu de glace et nous avons droit à tout un cocktail.

Ensuite, visite de quelques monastères. Quel contraste avec les temples hindous : ici, nous nous sentons vraiment les bienvenus. Non seulement les prêtres ne sont pas des escrocs qui tentent de nous soutirer le maximum de roupies, mais nous sommes nourris gratuitement et je suis sûr que nous aurions été logés si tel avait été notre désir. Tout nous est expliqué avec patience et précision, avec une réelle volonté de nous en apprendre le plus possible sur leur philosophie et leur mode de vie. Vraiment, ces moines boudhistes sont à la hauteur de leur réputation.

Dans les villes et villages du Sikkim, l'alcool fait malheureusement des ravages. Il y a le fait que ça ne coûte presque rien (3$ pour 750 ml de rhum), mais surtout l'illusion que ça peut combattre le froid et l'isolement. À Gangtok et dans les villages dans lesquels nous avons logé, il est strictement interdit pour les étrangers de sortir de leurs hôtels après 20h ou 21h, tant tout le monde est saoul et que les choses peuvent devenir incontrôlables. Mais c'est correct, il n'y a pas tant à faire le soir quand tout est fermé, nous nous rassemblons donc tous pour jouer aux cartes, boire un p'tit coup (pour se réchauffer) et discuter. Concernant l'alcool, il est arrivé un épisode malheureux dans un village dont j'igonre le nom et ou nous avons fait une halte pour dîner. Moi, Jo et Pat (la filière nord-américaine) avions une heure d'avance sur le reste du groupe (la filière européenne). Je suis plus en forme que je pensais ! Nous sommes invités dans une maison à manger un bol de soupe et boire un verre d'alcool chaud. Bah, pourquoi pas. Sur place, un militaire sikh du Punjab nous explique qu'il est ici pour une période de deux ans. Il est midi et il est déjà saoul pas mal. Jusque là ça va, tout est correct. Il est sympathique mais énormément redondant ; c'est parfois même difficile de ne pas lui rire dans la figure. "Indian army, indian army". "Friends. Canada. My brother in London". Et répétez le tout une cinquantaine de fois. Puis, les autres nous rejoignent. Lorsque c'est le temps de quitter, il s'approche d'Eeva, la seule fille du groupe, et sans avertissement, il se met à lui pogner les seins. Tout le monde a réagi, dont le courageux propriétaire de la maison qui a infligé une pas pire râclé à notre militaire mal élevé. Notre sikh doit encore regretter son geste deux jours plus tard. Je dis courageux parce que sacrer une volée à un militaire saoul, ça me semble un pari risqué. Il peut aussi bien retourner à sa base (juste à côté) et revenir régler la question à coup de AK-47, qui sait. Nous ne saurons jamais la suite de l'histoire. C'était la première fois que je voyais un chignon de sikh lorsque son chapeau à revolé suite à la première taloche. Tiens, n'ont-ils pas comme principe sacré de ne pas fumer ni de boire d'alcool? Peu importe, notre gentille Finlandaise n'en a pas fait un plat et en parle en riant aujourd'hui. Notre guide nous a expliqué que ce genre d'incident arrive malheureusement trop souvent. Ces militaires sont isolés, ne voient jamais de femmes, sombrent dans l'alcool et le désespoir. Ça n'excuse toutefois aucunement son geste, mais ce sont des choses qui arrivent. Il y a aussi le fait que les femmes indiennes ne regardent jamais les hommes dans les yeux, ne leur adressent jamais la parole, donc une femme blanche qui se montre le moindrement sympathique à leur égard suffit bien souvent à déclencher l'étincelle qui résultera en ce genre de geste.

Sinon, pas eu si froid que ça malgré les chambres non chauffées et les températures entre -5 et -10. Le secret n'est pas de se limiter à un manteau chaud, mais de superposer le maximum de couches possible. C'est l'air emprisonné entre les épaisseurs qui sert d'isolant et qui s'avère plus efficace que n'importe quel Kanuk.

Pour les prochains jours, aucune idée. Nous restons à Gangtok un jour ou deux pour se reposer un peu les jambes et penser à la suite des choses. Peut-être un autre trekking (un vrai de vrai cette fois-ci, dans une tente et tout). Sinon, ce sera l'hélico jusqu'à Siliguri puis la vallée du Gange. Mais rien ne presse.

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