Nous sommes arrivés au coeur de ce monstre de 14 millions d'habitants hier matin, par la plus grande gare d'Asie. Étant sans doute victime des mêmes préjugés que tout le monde, cette ville ne m'attirait aucunement au départ et n'était pas envisagée dans l'itinéraire. Ça aurait été une grande erreur que de l'éviter. Tous les touristes croisés auparavant avaient une opinion tranchée sur Calcutta : soit ils avaient aimé profondément, soit ils avaient carrément détesté. Devant une telle absence de zones grises, un seul constat s'imposait : il fallait aller voir ce qu'il s'y passe pour forger notre propre opinion. Quand on pense à Calcutta, une série de clichés et d'idées reçues nous vient immédiatement en tête : énorme ville grise et moche, pauvreté omniprésente, insécurité, mendicité, etc. Maintenant, imaginez une gigantesque ville bien sympathique sur laquelle le soleil brille constamment, et au coeur de laquelle on peut se promener en sécurité à toute heure du jour ou de la nuit, et vous obtenez Calcutta. C'est la ville la plus européenne que j'ai pu visiter depuis mon arrivée en Inde, exception faite du minuscule quartier français de Pondichéry. Normal : cette ville jadis au coeur de l'Empire indien (mais aujourd'hui frontalière suite à la partition du Bangladesh) fut créée de toutes pièces par les Britanniques à la fin du XVIIe siècle. De grands boulevards bordés d'édifices à l'architecture coloniale font qu'on peut avoir l'impression d'être à Londres parfois. Ajoutez à cela des boutiques chic à la pelletée, des représentants de la classe moyenne émergeante le téléphone portable à la main, des bars, des restos, des grands hôtels et le mirage est parfait. Il n'y a pas plus de mendiants qu'à Bangalore ou Thanjavur, et Calcutta est loin de dégager l'image miséreuse à laquelle je m'attendais. Bien sûr, lorsque l'on s'aventure en dehors du centre-ville, exit l'architecture coloniale et les beaux grands parcs et boulevards, et bonjour les constructions bancales et archaïques qui respirent une pauvreté certaine, mais ni plus ni moins qu'ailleurs en Inde. Ce qui me fait m'interroger sur les raisons pour lesquelles cette sale réputation colle à Calcutta ; sans doute le mythe créé autour du personnage de Mère Térésa qui ne donnait sans doute pas très souvent l'occasion de voir les meilleurs côtés de la vie ici. Il y a également ces rickshaw-pullers, véritables véhicules humains uniques à Calcutta, qui donne une image assez tiers-mondiste de la ville. Ils sont d'ailleurs interdits depuis une dizaine d'années, mais ceux qui avaient une licence à l'époque ont gardé le droit de persister à transporter des Indiens dodus. Bref, ils sont appelés à disparaître. Est-ce une bonne chose ? Je ne sais pas. Ils gagnent leur vie comme ça et il y a visiblement une demande pour ce type de transport. Sinon, chaque carrefour déborde de vie, avec des commerces de rue à chaque mètre. Ici, on se fait raser dans la rue (tiens, je suis dû) et cirer les souliers sous le regard des passants. On mange et on lit son journal sur le trottoir, exactement comme il y a cinquante ans. C'est ce charme pittoresque que je n'avais pas encore observé ailleurs qui fait en sorte que Calcutta s'avère un véritable coup de coeur.
L'entraide routarde à son meilleur : en débarquant à la gare de Howrah, nous tombons sur deux gentils Britanniques qui nous demandent ou on s'en va. On ne le sait pas trop, on va vers Sudder Street, là ou tous les hôtels semblent se concentrer, non loin de la très bourgeoise Park Avenue et de l'immense parc (dont le nom m'échappe) en plein coeur de la ville. Eux aussi font la même chose, et ils nous suggèrent de tous prendre ensemble un ''pre-paid taxi'', concept que je n'avais jamais expérimenté jusqu'à maintenant. Le système est tout à fait génial : le préposé imprime un billet, on paie, on le remet au chauffeur et basta ! Pas d'interminables et épuisantes négociations dans lesquelles le rapport de force ne nous est pas avantageux, puisque l'on ne sait même pas quelle est notre destination exacte. Nous traversons donc le Howrah Bridge, symbole de Calcutta. L'architecture me rappelle vraiment celle du pont Jacques-Cartier à Montréal, mais la structure est davantage imposante. Incroyable mais vrai : il est interdit de photographier ce pont depuis sa construction, en pleine Deuxième Guerre Mondiale. La raison ? C'était une cible stratégique à l'époque. Mais les boys, nous sommes maintenant en 2008. Tant pis, je vais me risquer. Le chauffeur nous dépose un peu n'importe ou (ils ne semblent pas beaucoup aimer le concept "pre-paid" contrairement à nous) et nous sommes un peu perdus, en plein Calcutta, à 8h le matin. C'était sans compter sur l'amabilité de deux Français qui, non seulement veulent bien nous conduire à Sudder Street, mais qui nous recommandent vivement de nous prendre une chambre dans leur guesthouse, qui offre un prix vraiment avantageux. C'est ce que nous ferons. Je n'ai malheureusement pas revu les deux Anglais par après, mais nous croisons sans cesse nos deux Français dans les rues de la ville. Ce soir, on va probablement au cinéma avec eux.
Hier après-midi, nous nous sommes trimballés aux quatre coins de la ville, en utilisant les bus publics ainsi que le ... métro ! Ce dernier n'a rien à envier à celui de Montréal au niveau de la propreté. Un peu normal, puisque l'amende est de 500 Rps si on est surpris à disposer de nos déchets ailleurs que dans les poubelles (inexistantes). Réseau efficace, sécuritaire et pas du tout compliqué. Un autre mythe défait ?
Bref, voyez le genre. Le peu de choses que j'ai à raconter est représentatif de la relative paisibilité de Calcutta, à mon grand étonnement. Après cette étape, on fonce vers la terre promise montagneuse qu'est Darjeeling, le tout via un chemin de fer parmi les plus célèbres au monde.
À bientôt !
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