J'aurais donné des nouvelles plus rapidement si l'électricité ici ne coupait pas toutes les trente minutes pour cause de ... hmm ... de routine. Bref, bienvenue dans l'Orissa, État dans lequel nous avons choisi de mettre les pieds par méconnaissance totale de celui-ci. En effet, pas croisé l'ombre d'un seul touriste ici. Mais parlons un peu de la façon dont nous avons abouti dans ce coin un peu perdu ...
Trente-deux heures de train. Sans escale, sans transfert. 1500 kilomètres. Le conditionnement psychologique préalablement résigné a fait en sorte que ce fut tout à fait endurable, malgré les couchettes visiblement conçues pour des nains et autres désagréments vécus. Si vous regardez une carte de l'Inde, vous verrez que nous avons effectué un bon saut de puce. Traversé l'Andhra Pradesh au grand complet; État ponctué de paysages semi-désertiques rougeâtres, rizières verdoyantes et autres décors montagneux fort spectaculaires. Nous n'avons pas mis les pieds dans l'Andhra au sens propre mais nous l'avons vu défiler dans son ensemble comme aucun autre État auparavant. J'ai vu mon premier singe ! Sur le quai de la gare d'une ville dont le nom m'échappe totalement. Il était immense; je l'ai pris pour -un autre- mendiant cul-de-jatte la première fraction de seconde ou mon oeil s'est posé sur lui.
Parlant des mendiants, ceux-ci ont pas mal agrémenté notre périple de trente-deux heures. Premièrement, je vais mettre une chose au clair. Dans mon post précédent, j'avais mentionné avoir croisé trois travestis à Bangalore, pour ensuite affirmer "only in Bangalore". Je me rétracte. Ils sont soudainement partout. À chaque arrêt dans une gare importante, nous étions sollicités par eux (elles?), qui, tapant des mains, faisaient le tour des banquettes pour réclamer de l'argent. Et de nous gratifier d'un geste théâtral de dédain quand nous refusions. C'est alors qu'un souvenir m'est revenu à l'esprit (rien de personnel, rassurez-vous). Il me semble avoir vu à la télé il y a quelques années un documentaire sur de nébuleux eunuques indiens. Ceux-ci, ayant été privés de leur organe reproducteur, passaient leurs vie à errer et mendier à travers le pays, en étant habillés en femmes. Mais tout ça est très loin, je ne m'en souviens plus très bien. Bref, il existe sans doute une explication logique quant à l'existence de ces intrigants personnages.
Je reviendrai sur les fameux mendiants du train dans quelques instants, pour parler juste avant du train lui-même. Autant c'est hyper compliqué d'acheter un billet dans une gare, autant l'embarquement est d'une simplicité enfantine. Une fois sur place, il s'agit de trouver le tableau indicateur sur lequel sera indiqué le quai ou nous devrons nous rendre. Sur chaque wagon, une feuille est grossièrement collée avec le nom de tous les passagers ainsi que leur numéro de banquette. Impossible de se tromper. Rapide coup d'oeil pour réaliser qu'encore une fois, nous serons les seuls étrangers à bord. Futés comme nous sommes, on s'est évité le tracas de l'achat des billets en passant par une agence à Bangalore située près de notre hôtel. Les gentilles et jeunes demoiselles se sont occupés d'absolument tout, pour une commission vraiment basse (environ 1%). Restait plus qu'à se rendre à la gare l'esprit tranquille le lendemain.
Je parlais donc des mendiants dans le train. En ville ou n'importe ou ailleurs, c'est plutôt facile d'en faire abstraction. On donne ou pas, selon notre conscience et notre humeur du moment. Quand on choisit de ne pas donner, on les sème, même s'ils peuvent s'avérer très collants (parlez-en à Jonathan!) Mais dans le train, rien à faire. Ils restent devant vous, insistants. La fuite est impossible, à moins de s'improviser une destination finale, mais ce n'est pas raisonnable. On peut faire semblant de dormir, ou ne pas les regarder, mais la technique finit par présenter des failles. Au début du trajet, ça allait. Un vieillard par-ci, un amputé par-là, ponctué d'un gamin en haillons de temps en temps, sans compter nos amis les travellos. Mais plus l'interminable trajet avancait, plus la fréquence de leurs passages augmentait; embarquant à bord à chaque gare pour débarquer un peu plus loin, une fois l'aumône terminée. Le train est beaucoup trop long et les contrôleurs trop peu nombreux pour y changer quoi que ce soit. Mais en tant que Blancs, nous n'avions droit à aucun répit (puisque c'est connu, nous sommes tous de facto des multi-milliardaires). Une espèce de folle enceinte s'est même permise de m'invectiver violemment en me tapotant le visage de façon assez agressive suite à mon refus. J'étais tellement surpris que je n'ai pas vraiment réagi. Mais quelques instants plus tard, je me suis juré qu'on ne me la referait pas et que, Inde ou pas, un peu de savoir-vivre est de mise, bordel. Dommage pour l'autre bonne femme qui a suivi une heure plus tard, et qui a vu son bras revoler -gentiment, tout de même- après avoir pris l'initiative de me passer la main au visage elle aussi. Le tout sous le regard amusé (mais très gêné) de deux jeunes Indiens assis à côté de nous. Ils avaient la paix, eux. En tout cas, plus que nous. Fort sympathiques, mais ne disant pas un seul mot d'anglais, la socialisation n'a jamais vraiment pu avoir lieu, à part quelques sourires échangés. Bon, après, ce fut le tour du petit gars qui fait son numéro de cirque, suivi du chanteur à tam-tam (vraiment très talentueux, pour vrai), en passant par l'unijambiste astiquant l'allée. Un véritable défilé ... Vous aurez deviné que ce n'était donc pas vraiment de tout repos. La nuit par contre, nous étions tranquilles (en tout cas je pense, à moins qu'ils n'aient pas poussé l'audace jusqu'à me réveiller). Est-ce que je recommencerais cette expérience? Absolument ! Et je le referai. Je ne suis pas masochiste, mais je vous jure qu'après avoir vécu un truc du genre et croisé tous ces éclopés, notre propre vie et les tourments qu'elle comprend prennent une toute autre perspective, cette fois-ci relativisée. Je tenais à voir toutes les facettes de ce pays -sans exceptions- et j'en prends parfois plein la gueule. Mais c'est aussi ça l'Inde, ça ne peut pas toujours être Kovalam Beach, et c'est aussi un peu pour dealer avec ce genre de situations que je suis venu ici. Le dernier tronçon du trajet s'est fort bien déroulé. La vie étant drôlement faite, nous avons rencontré des gars de notre âge et parlant très bien anglais dans la ... dernière demi-heure du trajet. Sur trente-deux heures. Bon ... Petite parenthèse, les Indiens connaissent très bien l'existence du Québec, c'en est hallucinant. Quand on nous demande d'ou on vient et que l'on répond Canada, évidemment, la question qui suit est "Vancouver?". "No, Montreal". "Aaaah Quebec, français, comment allez-vous? Montrrrrrrrréal?" Du marchand de journaux jusqu'au prêtre dans un temple. Je ne m'attendais vraiment pas à ça, surtout quand je me dis qu'il y a sans doute moins de 20% des Américains qui savent que le Québec existe. Fin de la parenthèse.
Arrivée à Bhubaneswar samedi soir vers 22h30. De retour au Moyen-Âge; le contraste avec Bangalore est frappant. Il fait très froid. Les Indiens portent des tuques et des manteaux d'hiver. 15 degrés Celcius environ. À vous qui me lisez depuis la banquise, je ne me moque pas de vous, mais après avoir passé quelques semaines sous le soleil tropical, la différence thermique est notable. Dimanche, on a pris ça plutôt relax, en déambulant dans les rues pas mal toute la journée, comme on aime si bien le faire. Rien de tel pour prendre le pouls d'une ville. Première impression : très sal et très pauvre. La plupart des rues sont en terre battue, mais la vieille ville dans laquelle sont installés les temples (des dizaines, une des plus grandes concentration au pays) est magnifique et représente totalement l'Inde telle qu'on se l'imagine de loin. L'ambiance est relâchée, il y a même un peu moins de klaxons qu'ailleurs, on dirait. Zéro touriste, mais bizarrement, l'accueil est excellent et personne ne fait vraiment attention à nous. L'absence de tourisme et de la contamination qu'il peut entraîner dans les rapport avec la population locale est parfois une très bonne chose. La nuit à Bhubaneswar, les meutes de chiens errants (vraiment nombreux et dodus) hurlent en choeur pour je ne sais trop quelle raison. Des cris inqualifiables, comme s'ils étaient en train de massacrer quelqu'un. À glacer le sang ...
Aujourd'hui, ce fut la visite des temples, prise de photos, rencontre avec des prêtres. Le circuit touristique classique (il le faut, parfois). Demain, nous filons vers Puri, quatrième ville sainte de l'Inde, vraiment pas loin d'ici. Puri a des temples vénérés mais surtout ... de très belles plages. :) Coin très touristique, qui attire notamment beaucoup de Russes. Nous verrons bien ...
Les premières photos s'en viennent. Ça fait quelques fois que j'essaie mais soit l'ordi est trop lent, soit le temps me manque, soit ma prise USB est incompatible avec le système. Par contre, ça va prendre quelques jours : le net est ralenti au pays depuis quelques jours, suite à la rupture d'un câble sous-marin de fibre optique, au large de l'Égypte. Ça a l'air de rien comme ça, mais la différence est notable; c'est même un sujet chaud dans l'actualité indienne. Donc ce n'est pas vraiment le temps d'uploader des photos. Mais patience, j'en ai des vraiment pas mal...
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