J'aurais également pu intituler ce post ''tourisme de la mort''. Hier fut une journée forte en émotions, ayant sur notre itinéraire la visite de deux sites hautement syboliques en ce qui concerne le régime de terreur des Khmers Rouges.
Premier arrêt : Choeung Ek, ou encore les ''Killing Fields''. Ici furent emportés des milliers de Cambodgiens n'ayant pour seul destin que l'exécution sommaire, à coup de moyens rudiementaires bien souvent ; il fallait économiser les précieuses balles. 17 000 personnes y passèrent entre 1975 et 1978. Les restes d'environ 9000 d'entre eux furent découverts en 1980, et leurs crânes sont aujourd'hui exposés, nous regardant en plein visage, ayant l'air de nous supplier de ne jamais les oublier. Un monument d'environ une vingtaine de mètres de haut se trouve face à nous dès l'entrée sur le site, et ces crânes, divisés en catégories d'âge et de sexe, nous font face sur plusieurs étages. Dessous reposent leurs vêtements. Une fois le recueillement terminé, nous sommes invités à visiter d'autres endroits tout aussi macabres -extérieurs cette fois-ci- comme les lieux des charniers qui sont aujourd'hui de nouveau envahis par une nature, mais jeune et fragile. Tout à côté trône ''l'arbre de la torture'', sur lequel on attachait les enfants et bébés en les battant à mort devant les yeux suppliant de leurs mères, qui elles-mêmes se transformeraient en cadavres quelques moments plus tard de toute façon.
Après la visite de ce site, on devait se rendre directement à Tuol Sleng, mais pour l'instant j'en avais assez vu. Une virée au marché était au programme de la journee, et j' ai préféré passer à cette étape histoire de laisser retomber un peu la poussière. Deux heures et quelques achats plus tard, nous voila donc à Tuol Sleng. École secondaire transformée en centre de détention par les Khmers Rouges dès leur prise du pouvoir, qu'ils rebaptisèrent humblement l'An Zéro. En fait, les 17 000 personnes mortes à Choeung Ek ont fait leur "stage" ici avant, si je puis me permettre l'expression. De ce nombre, sept d'entre eux ont survécu. Et lorsque les Viet-Namiens sont venus libérer la ville en 1979, on tortura à mort les quatorze prisonniers qui étaient dans l'établissement. Chaque cellule est demeurée intacte, avec les lits et les instruments de torture, avec en plus une photo qui montre l'état des cadavres au moment de leur découverte. Les restes de ces quatorze malheureux reposent symboliquement dans ce qui fut jadis une cour d'école, juste à côté de la barre à gymnastique transformée en outil de pendaison. Mais ce n'est pas tout. Les Khmers Rouges prenaient en photo toutes les victimes de leur régime une fois entre leurs griffes. Des dizaines de milliers de visages sont donc exposés dans les diverses pièces de Tuol Sleng, si bien qu'après un moment, ça devient complètement insupportable. Impossible de ne pas réprimer un sanglot ou une boule dans la gorge en voyant tous ces regards complètement désespérés, sachant très bien ce qui les attend. Je vous épargne tout le reste. Mais entre autres : instruments de tortures exposés, dont de gros récipients d'eau dans lesquels on plongeait les victimes par la tête, pieds attachés, juste assez longtemps pour simuler la noyade, afin de soutirer des confessions ou des délations. Pauvre eux, ils étaient exécutés sur-le-champ par après, confession ou pas. Tiens, une petite pensée pour nos amis Américains à Bahia Guantanamo ici, qui revendiquent fièrement le droit, qu'ils prendront de toute façon, d'utiliser encore cette technique. Bref, impossible de ne pas sortir de ces visites complètement à l'envers. Imaginez la nature humaine dans ce qu'elle a de pire. Maintenant, imaginez dix fois pire.
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