Revenons donc un peu plus de vingt-quatre heures en arrière. Lorsque le bus fait son entrée dans Saigon, je constate que nous traversons le quartier de Phan Ngu Lao, et c'est exactement là que je désirais loger : beaucoup de restos, bars et hôtels bon marché. Ça tombe bien, le chauffeur nous demande justement s'il y en a parmi nous qui souhaitent s'arrêter ici plutôt qu'au terminus. Je débarque donc avec quatre ou cinq autres personnes. Trouver un endroit où loger fut, comme d'habitude, très facile. Je me suis dégoté une adorable petite guesthouse familiale où l'on se sent automatiquement chez soi : le petit bébé qui joue au milieu du hall d'entrée, le père qui gosse sur internet dans le salon, la maman à la cuisine qui prépare les repas (''demain midi je mange avec vous'', que j'ai promis). Je pense être le seul client de la place, et j'ai droit à toutes les petites attentions.
Pour 10$US, c'est un véritable petit palace que l'on m'offre, si on compare à ma petite chambre de Phnom Penh : air climatisé, mini-bar (mais ça c'est sournois pour la facture finale, j'évite pour l'instant), télévision. Tiens, parlant de télévision, j'ai accès à TV5 Monde pour la première fois depuis le début du voyage. Hier, je me suis tapé le bulletin de nouvelles de la SRC. L'animateur Sébastien Bovet articulait tellement trop que je me suis dit qu'il s'agissait sans doute d'une édition ''internationale''. Bingo ! Le générique me le confirmera. Puis, avant d'aller au dodo, je tombe sur Guy A. et Sylvie dans ''Un gars, une fille''... sous-titré ! Mais c'était bien d'écouter ça.
Etre seul change l'atmosphère à 100%, évidemment. Je ne regrette pas une seconde d'avoir tenté l'expérience. Mais j'ai bien eu peur que ça n'arrive pas : durant le trajet de bus, j'ai fraternisé avec un sympathique type de Victoria, BC. Son voyage commencait tout juste et il semblait un peu stressé de débarquer à Saigon. Je craignais qu'il me propose que l'on se cherche un hôtel ensemble, mais j'avais préparé le terrain : durant le trajet, j'ai pris soin de mentionner à quelques reprises combien le fait de débarquer seul dans cette ville de sept millions d'habitants m'enthousiasmait et que j'étais content d'essayer ça. Ça a porté fruit : la proposition n'est jamais arrivée.
Sinon, le plus gros inconvénient concerne mon sens de l'orientation absolument inexistant. Celui de Jonathan était quand même assez bon : on pouvait partir explorer une ville les yeux fermés. Alors que maintenant, la moindre petite marche me demande un très gros effort de concentration, mais on s'en sort ! Je n'ai pas le choix de toute façon, je prends ça comme une pratique pour mon prochain gros projet où je partirai seul, cette fois-là.
Au niveau gastronomique, je suis carrément au paradis ici. Je suis un très grand fan des soupes ''Pho'', ou tonkinoises, ainsi que des rouleaux printanniers frais, pas les frits, mais ceux que l'on se fait servir enroulés dans une mince pâte de riz transparente. J'abuse pas mal de ces deux plats jusqu'à maintenant ; je ne pense pas avoir mangé autre chose. Ce soir, on va essayer de varier un peu : la cuisine vietnamienne semble avoir plusieurs autres très bons trucs à offrir. La plus grande déception est toutefois quand ces rouleaux arrivent frits, du genre resto chinois québécois, mais ce n'est arrivé qu'une seule fois jusqu'à maintenant.
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Dire que je capotais parce que la devise du riel cambodgien donnait lieu à des montants ridiculement élevés. Je n'avais rien vu. Bienvenue au pays des dongs ! Un dollar = 16 000 dongs ! Limite de retrait de deux millions par jour dans les guichets automatiques. Un bon petit repas avec une bière me coute quelque chose comme 120 000 dongs. Mais c'est le même phénomène qu'au Cambodge : les dongs et les dollars US sont utilisés parallèlement. Hier, je vais au dépanneur pour me procurer les magazines Time et The Economist (seul au resto, j'aime bien avoir des trucs à lire). Suspense, suspense, dans quelle devise me demandera-t-on de payer ? La fille me dit 6$ US. Parfait, je lui donne un 20. Ensuite, elle sort sa calculatrice, s'arrache les cheveux, appelle son frère à l'aide, tout ça pour savoir combien de dongs elle doit me redonner, avec le taux de change actuel et tout. Compliqué, vous dites? Elle m'a redonné une couple de 100 000, là. Sinon, ils sont pas mal tatillons sur la qualité des billets. La dame qui m'a fait du change à la frontière (et qui m'a un peu crossé, on va se l'avouer) m'a refilé un billet de 50 000 avec une légère déchirure sur le haut. Je n'arrive pas à le passer nul part, meme en essayant de jouer au prestidigitateur. Ils s'en rendent compte sur-le-champ. Ils me disent d'aller dans une banque et on me le changera ; on verra si j'ai le temps. C'est quand même juste 3$, au pire je le garderai dans ma collection d'argent, qu'il faudrait bien que je commence un jour. En tout cas, ça s'en vient un peu mêlant tout ça : en moins d'un mois, il a fallu apprendre à composer avec les roupies, les bahts, les riels, les dongs et les dollars US. Rentrer à la maison, ce sera comme prendre des vacances, finalement.
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Autre petit changement : l'écriture utilsée au Viet-Nam est exactement la même que chez nous. Tiens c'est vrai, je n'avais jamais remarqué. Bon, il y a quelques variations bizarres comme des cédilles sous les ''o''. Ça n'aide toutefois en rien à mieux comprendre, mais contrairement au thai ou à l'hindi, on peut au moins prononcer, ou tenter de le faire. Et pour se remémorer un nom de rue ou de resto, c'est bien !
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Demain, visite du musée Cu Chi, ou un truc comme ça, et qui concerne l'histoire de la Guerre du Viet-Nam. C'est situé un peu en-dehors de la ville. Il paraît que c'est presque aussi insupportable que ce que nous avons vu au Cambodge. Je ne vais pas voir ces trucs par voyeurisme macabre, mais pour tenter de mieux comprendre ces événements, ces conflits, ces régimes. Ensuite, je compte aller me perdre un peu dans le quartier chinois (qui est très bien, parait-il) dans l'espoir de manger des dim sum. Finalement, un petit tour du coté du marché Ben Thanh, espèce de lieu chaotique ou l'on vend absolument tout, des chiens dépecés ''prêts-a-manger'' aux paires de Air Jordan contrefaites. J'avais adoré l'ambiance de celui de Phonm Penh, alors on remet ça !
À bientot ...
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