Voilà maintenant quatre jours que nous sommes dans cette ville plutôt relaxe, et nous avons signé pour deux journées supplémentaires ce matin. Pourquoi s'éterniser ici ? Pour plusieurs raisons. L'ambiance est super; des gens de partout et une vague impression que le temps s'est arrêté il y a trente ans. Ensuite, le fait que les chambres d'hôtel sont à un prix absolument dérisoire. La chambre que l'on occupe nous revient à 150 Rps la nuit, pour deux (1$ = environ 40 Rps). Rajouter à tout ça deux autres données : mon estomac a fait des siennes et j'ai passé une journée et demi alité, puis finalement le fait que notre prochaine étape est Calcutta, à 12h de train. Avec le trajet de plus de trente heures de la semaine dernière, on n'est pas pressés de retourner sur les rails.
Bon, d'abord, on va mettre une chose au clair. Il y a deux sortes de touristes à Puri : les voyageurs ordinaires comme nous, puis les hippies qui n'ont pas tout à fait dégelé de leur trip d'acide de 1973. On pourrait rajouter une troisième catégorie : les jeunes hippies en formation, suivant les traces de la catégorie précédente. Le gouvernement tient un magasin de ganja à deux coins de rue d'ici. Toute la ville est continuellement stoned, c'en est parfois même agaçant. Du serveur de resto qui fait circuler le gros spliff à 9h le matin, au chauffeur de rickshaw qui s'arrête trois fois en dix kilomètres pour se fumer un shilom. Comme nous sommes de jeunes hommes purs et à l'abri de ces déviations, on se contente d'observer le tout, bien entendu. Mais c'est ce que ça donne : une ville ou tout le monde a les yeux rouges dès 9h le matin, évoluant dans une ambiance plutôt désinvolte. Les gens ont la conversation facile. Je pense au gérant d'un resto que nous aimons bien et qui nous explique, spliff à la main, à quel point nous sommes chanceux nous, hommes Occidentaux, de pouvoir fréquenter des femmes sans nécessairement les marier. Que le choix de la personne avec qui on partage notre vie vient de nous, et non de nos parents. Puis de se lancer dans une long plaidoyer contre certaines valeurs conservatrices de son pays. C'est certain qu'il a raison, mais ailleurs en Inde les gens n'abordent pas ce genre de sujets, surtout pas avec les étrangers. Quand je dis que le temps semble s'être arrêté : à notre hôtel, nous avons comme voisins de chambre deux Français dans la quarantaine sortis tout droits d'un roman hippie des années 70. Fabriquant mais surtout fumant des shiloms à journée longue dans leurs chambres, ils ont des histoires abracadabrantes à raconter, toujours en train de monter toutes sortes de combines pour prolonger leur voyage. Ces temps-ci, ils parlent de peut-être vendre leur passeport. Vous voyez le genre. Pas des enfants de choeur. Ils sont toutefois de bonne compagnie, mais à très petite dose ...
Il y a un village de pêcheurs donnant directement sur la plage, à environ 50 mètres de l'hôtel. Ici, ils ont trouvé une bonne recette pour faire du fric : repêcher des touristes en manque d'authenticité indienne et les inviter à prendre un repas dans leur humble demeure. C'est ainsi que nous avons été dénichés par Sithi, une gentille femme dans la trentaine. On se donne rendez-vous chez elle vers 19h, et elle nous cuisinera du thon à l'indienne. Elle ne parle pas d'argent, mais c'est certain qu'on déboursera quelque chose. Le souper se passe à merveille, on paye la tournée de bière à son mari pêcheur ainsi qu'à son collègue.
- Et toi Sithi, tu prends une bière ?
- Non, non, jamais. En Inde, les femmes ne boivent pas et ne fument pas. C'est mauvais pour la santé.
- C'est sûr.
- Nous, on a trop de choses à faire. La cuisine, la lessive, les tâches. "But it's ok like this. Men drink, not women. And woman live longer".
Ok, changeons de sujet. Les deux boys pêcheurs nous invitent à pêcher le crabe le surlendemain, que Sithi nous cuisinera immédiatement après. Rendez-vous mercredi, à midi. Suuuper! À la fin du souper donc, Sithi nous dit qu'elle ne fait pas ça pour l'argent, qu'elle veut rencontrer des touristes et tout. Ouais, bon. Nous lui donnons un billet de 500 Rps et elle saute de joie. (Sans compter que les boys ne nous ont pas ramené le change pour la bière, mais bon, ça va aller).
Partie de pêche, mercredi midi. Vieille barque en bois, filet troué. "We are poor people you know". Il nous montre son filet complètement troué. Par contre, la veille il nous avait dit qu'il pêchait aussi le thon. Sûrement pas avec ça. On commence à soupçonner une légère mise en scène. Surtout quand il se met à nous demander si on pourra lui donner un souvenir par après, que tous les touristes font ça. L'autre pêcheur est fasciné par mes lunettes de soleil, et demande à les essayer. Il trippe pas mal en découvrant de nouvelles couleurs à l'océan. Les deux se les échangent et rient comme des petits fous. Ah ben voilà, je leur donnerai mes lunettes, ils en feront bon usage et elles m'ont coûté 10$ au Québec. La partie de pêche se passe bien, on récolte cinq ou six crabes. De retour à la maison, on se le fait servir bien bouilli. Délicieux, mais difficile à manger quand même. Vient le temps de donner les fameux "souvenirs". J'offre mes lunettes. ''Thank you, but it's not Indian style''. Pardon? Bon. Jo a pensé offrir une chemise qu'il a apportée du Québec. ''Des manches longues? Ah non, on ne porte pas ça''. Ok, là ils font la fine bouche. Donnons un autre 500 Rps à Sithi (1000 Rps pour deux repas, une fortune, quand même) et sacrons notre camp. Voilà qu'elle nous dit que ce n'est pas suffisant et que ça lui a coûté plus que ça !! Sans compter que les gars nous ont refait le coup du change de la bière. On ne donnera pas un sou de plus évidemment, mais c'est ce qui est agaçant avec les Indiens parfois. Ils disent une chose et son contraire, et peu importe ce qu'on donne, ce n'est jamais assez. On lui aurait donné 1000 par repas qu'elle aurait rechigné. On ne peut pas leur en vouloir quand on regarde les conditions sanitaires de leur village. Absolument pitoyables. Mais donner de l'argent directement aux Indiens, comme ça, je ne pense pas que ce soit la meilleure chose à faire, en y réfléchissant avec recul. Elle a beau faire fortune avec son petit resto improvisé pour touristes, mais que peut-elle bien faire avec cet argent? Ses enfants vont à l'école, sa maison ne peut pas être améliorée faute d'espace, et le système de castes indiens étant ce qu'il est, il est impensable qu'elle quitte son village un jour. Résultat? Le mari boit les profits. Eh oui ... À voir l'égoût à ciel ouvert qui sert de plage, cet argent pourrait certainement être mieux investi. Parlant de ça, lors du dîner de crabe, je demande à aller à la toilette. Il n'y en a pas, bien entendu. "It's ok, go on the beach". Bah, d'accord, faisons comme les Indiens. Par contre, rendu sur la plage, je constate qu'il y a du monde partout partout. Peu importe ou je me trouve, il y a quelqu'un à moins de cinq mètres de moi. Hmmm. Je reviens à la hutte en demandant ou je dois aller exactement. Sithi réveille son mari qui cuve sa bière, et me voilà escorté pour aller pisser !!! Bon, me dis-je, au moins il me conduira sans doute à un petit spot un peu plus intime. "There! It's here!" Entre deux barques de pêcheurs bien pleines et deux mecs accroupis en train de déféquer. Pas le choix ...
L'expérience d'une vie.
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Hier soir, il a plu sur l'Orissa. Premières précipitations que je vois en six semaines. Il fait beau, chez nous ?
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Le coût de la vie en Inde est dérisoire : je confirme officiellement. Mi-février, et je roule toujours sur mon premier 1000. Yeah baby !
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Rendez-vous à Calcutta.
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2 comments:
Salut François,
Mon nom est Luc et j'suis un des chums à Jo.
Très intéressant votre petite histoire avec ces crosseurs de pêcheurs...laissez-vous pas avoir! :)
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