C'est ici que la vraie partie de plaisir commence. Car on se l'avouera, nous l'avons eu tout de même facile au Kerala; absolument aucun incident désagréable à signaler. Peut-être avons-nous lancé dix fois la pièce de monnaie par terre et que nous avons obtenu le côté pile neuf fois, qui sait. Toujours est-il que Madurai et le Tamil Nadu, c'est différent, très différent même. Beaucoup moins de gens parlent l'anglais, et on sent que l'habitude de côtoyer des touristes est moins présente que chez la province voisine.
Le trajet de bus de nuit qui partait de Cochin fut assez pénible et interminable. Par contre, ô comble de joie, nous n'avons tué personne cette fois-ci. Nous nous sommes pris un bus dit ''Deluxe'', avec une télé et des sièges confortables, pour faire changement. Un peu le genre de car qu'on retrouve dans le Disneyland touristique qu'est la Thaïlande. Je ne sais pas si les Indiens sont sourds, mais le volume lors du film était vraiment fort et agressant. Absolument impossible de fermer l'oeil, mais bizarrement, personne ne semblait en faire de cas. Pour vous donner une idée, le volume de mon lecteur MP3 était pratiquement dans le tapis, mais rien à faire, tout ce que j'entendais étaient les chants aigus et difficilement supportables de la jeune fille en vedette dans cet -hmm hmm- excellent film. Souvent en Inde, alors qu'on pense que tout est réglo et qu'il n'y a pas de problèmes, c'est là que, comme par magie, les troubles surviennent.
Un peu avant le départ, le contrôleur circule dans l'allée et vend ses billets (ça fonctionne comme ça). Jonathan prenant l'air dehors, je réponds que je veux deux billets pour Madurai. Il me demande un prix beaucoup plus élevé que prévu, mais en argent canadien, le décalage n'est pas si mal. Il est tard, je suis fatigué et je n'ai pas envie de m'obstiner. Je paye, il me remet six billets, trois chacun, et continue sa tournée. J'aime bien le bus, tout est si simple comparé au train (j'y reviendrai). C'était sans compter sur le surprenant contrôleur. Une fois partis de Cochin, il refait une tournée pour ramasser les billets -quel système, tout de même-. Rendu à moi et Jo, il regarde nos billets, et nous fait signe que ça ne fonctionne pas. Pardon? Mais c'est toi qui me les a vendus il y a à peine dix minutes!! Le type ne parle pas anglais, évidemment. Je crois comprendre quelque chose comme "Two dollars". Le bougre, alors que je suis convaincu qu'il nous a déjà fait payer au moins le double du prix, voilà maintenant qu'il essaie de nous extorquer de l'argent. Dans ce genre de situation, j'ai trouvé une bonne tactique. "Scuse me sir, I don't understand anything". Il lève les bras en l'air, et s'en va, laissant tomber. Je dis à Jonathan qu'on n'a certainement pas fini de se faire enquiquiner par cet abruti. Bizarrement, il nous foutera la sainte paix jusqu'à Madurai. Décidément... Ce genre de type sera un peu à l'image de ce qu'on trouvera à Madurai, très jolie ville avec un temple sublime, mais peuplée de requins, pour qui nous ne sommes que des distributeurs automatiques sur deux pattes.
Nous arrivons en ville alors que le festival du Pongal bat son plein. Je n'ai jamais vraiment réussi à savoir ce que c'était, à part le fait qu'on relâche des taureaux dans la foule dans un village près d'ici (un peu comme en Espagne) et qu'hier, il y a eu plus de 120 blessés. On décide de passer notre tour. Ce festival fait en sorte qu'il fut assez difficile de trouver un hôtel, mais on a fini par y arriver. Une chose est certaine : personne ne nous fera de cadeaux ici. Dans les différents guides, on y indique que tout est deux fois plus cher qu'ailleurs, et on le constate dès notre premier trajet de rickshaw, qui nous revient à 80 Rps alors que le même à Cochin en aurait coûté 30, gros max. Faut dire que malgre tout, on s'en vient tout de même pas mal pour négocier! Vous auriez dû voir le chauffeur de rickshaw nous courir après quand on a tourné les talons et refusé son offre ridicule. "Come on, we know the prices". Avec nos teints basanés et notre attitude relax (plus qu'au début en tout cas), ça doit commencer à paraître que nous ne sommes plus fraîchement débarqués. Même si ça ne nous empêche pas de nous faire encore avoir à l'occasion, mais bon, quiconque a déjà voyagé en Inde vous dira que ça fait un peu parti du jeu.
Le soir, nous décidons d'aller visiter le temple de Tiruparankundram, à 8 km au sud de la ville, qu'on dit magnifique car sculpté dans le roc. Encore une fois, nous payons un bon prix pour accéder au temple, et on suit naïvement le type qui se prétend notre guide et qui parle un anglais laborieux, dont on ne comprend absolument rien de ses explications. Il nous demande chacun 100 Rps à la fin de la visite! Moi qui pensait que ses services étaient inclus. C'était bien entendu notre erreur; il faut toujours tout mettre au clair ici. Et négocier une fois le service offert, ça ne se fait juste pas. Notre pseudo-guide le savait trop bien. Il nous a au moins aidé à obtenir notre permis pour prendre des photos du temple (dont son sublime éléphant) qui nous a été fort utile: alors que je prenais une photo d'une magnifique sculpture, un agent s'approche de moi en hurlant, me disant qu'on doit se munir d'un permis pour prendre des photos. On lui tend nos permis; il a eu l'air tellement déçu. Des roupies en moins pour lui. Bref, voyez un peu l'ambiance ici. Mais au moins nous avons eu droit à tout le cérémonial : purification dans l'eau sacrée (en ai-je vraiment besoin?;)), chants et cris des pellerins en transe (vraiment impressionnant, voire même épeurant) et nous avons défilé devant des prêtres qui nous ont gratifié des fameux points rouges et blancs sur le front. Nous voilà donc maintenant des adorateurs de Ganesh et Sheeva (wow, mes deux préférés en plus! ^_^)
Mais Madurai, malgré ses nombreuses tares, ressemble davantage à l'image que je me faisais de l'Inde. Ici, des vaches dans la rue, il y en a plus que le client en demande. Pour le festival de Pongal, elles et leurs collègues chèvres sont peinturées de couleurs vives. Assez spécial! Et on vit aussi de très beaux moments ici. Alors qu'on se promène dans une ruelle encombrée de bovins, une gang d'enfants joue au cricket, à même le bithume. Ils nous invitent à nous joindre à eux! Le petit Sanji nous explique les règles élémentaires du jeu, que je finis enfin par comprendre après toutes ces années. Comme nous étions un peu bousculés, on leur a promis de repasser demain à la même heure. Donc, le bilan est mitigé pour Madurai, qui demeure une ville magnifique. Le festival actuel n'aide sans doute en rien à la surrenchère, dont les Indiens sont aussi victimes.
À part ça, j'ai découvert les joies des tailleurs. Ici, tous les hommes portent la chemise, et on comprend pourquoi; leur mince tissu permet d'endurer davantage la chaleur infernale. Je vais prendre livraison d'une autre chemise taillée sur mesure pour moi tout à l'heure, et croyez-le ou non, j'ai obtenu un excellent prix.
J'avais dit plus haut que je vous parlerais de l'enfer des trains et de leurs processus de réservation, mais j'y reviendrai une autre fois. Assez écrit pour aujourd'hui, et je meurs de faim. Au programme ce soir : visite d'un des plus grands temples de l'Inde, situé tout juste à côté de notre hôtel. Magnifique et assez long à visiter, paraît-il. Si on regarde sur une carte de Madurai, il fait carrément office de ville dans la ville, un peu comme la cité interdite à Beijing (proportionnellement, bien entendu).
On s'en reparle.
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