Wednesday, January 23, 2008

Tanjore II

Nous sommes maintenant à Pondichéry, ancien comptoir français non dénué de charme. Mais revenons quelques jours en arrière, avec la fin de notre exploration de l'étonnante Tanjore ...

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Dimanche matin, visite du Marata Palace Museum, le palais du maharaja datant du XVIe siècle. On y trouve principalement des objets historiques ayant servi les souverains sous divers règnes, mais fait intéressant, on l'a également transformé en musée de sculptures représentant -encore une fois- plusieurs divinités hindoues (quoique j'ai aussi aperçu un Bouddha), le tout sous forme de bronze et de granit. C'est comme si les autorités avaient eu peur que les seuls cossins du maharaja soient d'une morne banalité; on y a donc transféré tout cet évantail de personnifications mythologiques, donc certaines datent du Xe siècle. Mais ce que j'ai surtout retenu de ce musée, ce sont ses catacombes. Le guide nous fait descendre un sombre escalier et on se retrouve devant une pièce complètement obscure, de laquelle on ne distingue rien du tout. Interdit d'y entrer, et on comprend très vite pourquoi. L'odeur de vermine et d'urine séchée nous saute aux narines, mais aussi à la gorge. Ensuite, il y a le bruit. Imaginez des milliers de rats et de souris simultanément dans une même pièce, poussant tous ensemble ces petits cris stridents qui leurs sont propres, et on obtient à peu près le résultat. Ça grouille de vie là-dedans. Il aurait fallu me payer quelques millions pour que je fasse un seul pas dans cette pièce. Ensuite, nous sommes montés en haut de la Clock Tower, qui surplombe le temple ainsi que la ville; magnifique vue en perspective. Rien de particulier à signaler, si ce n'est l'étroitesse exagérée des escaliers (fortement déconseillé aux obèses) et, bien entendu, ces centaines de déjections de rongeurs un peu partout dans la tour. Les gars, un p'tit coup de moppe, ça vous dirait?

Le soir venu, visite du temple de Brihadishvara. Je n'ai pas vraiment l'habitude de m'étendre sur les visites de temples, si ce n'est que celui-ci m'a inspiré une réflexion, de laquelle est née une fascination envers tout ce qui se déroulait sous mes yeux. L'atmosphère était moins exaltée et fanatique qu'à Tiruparankudram, mais tout aussi pieuse et solonnelle; on ne peut qu'avoir un immense respect -et, avouons-le, un peu d'envie- face à une telle foi. Ça doit par moments représenter une solide béquille pour supporter l'insupportable. En discutant de ça avec Jonathan autour d'une bonne Kingfisher par après, on s'est dit que c'était pratiquement un miracle qu'une telle religion polythéiste ait réussi à frayer son chemin et à persister jusqu'à notre époque, le tout avec une ferveur semblant plus forte que jamais. Dans n'importe quel autre pays, tous ces temples seraient relégués au rang de vestiges, et on visiterait ces artéfacts comme on visite un musée. Mais ici, les scènes se déroulent sous nos yeux exactement comme elles se déroulaient il y a quelques milliers d'années. Assister à tout ce cérémonial, c'est carrément une sensation de voyager dans le temps. C'est un peu comme si les Égyptiens vénéraient encore Osiris et Amon-Rê. Alors qu'aujourd'hui, tout ce qu'il reste des religions polythéistes nous est présenté sous forme de ruines, l'hindouisme persiste, avec une quasi-arrogance, à maintenir son joug sur ces centaines de millions d'Indiens qui respectent ses règles scrupuleusement. C'est également de voir la nouvelle génération, téléphone portable à la main. Ils s'inclinent devant les dieux exactement comme leurs grands-parents, ce qui fait réaliser que les Indiens ne transformeront pas leurs temples en musées de sitôt.

Pour terminer cette interminable parenthèse religieuse, un petit mot sur Ganesh, ce dieu à tête d'éléphant. Son histoire est plutôt amusante. Fils de Shiva et Parvati, extrêmement vénéré par les hindous. Il représente notamment la chance (son avatar est présent dans presque tous les bus, taxis, rickshaws et autres). Shiva, au tempérament plutôt bouillant, rentre d'un voyage de plusieurs années. À son retour, il retrouve Parvati en compagnie d'un jeune homme, ce qui le met dans tous ses états. N'étant pas du genre à s'encombrer de formalités, il coupe la tête du jeune Adonis sur-le-champ, pour réaliser par après que ce n'était que son propre fils qui avait grandi pendant son absence. Pour réparer son erreur, Shiva le maladroit prend la route et l'initiative de trouver une nouvelle tête pour son p'tit gars, soit celle du premier être vivant qu'il croisera. Et ce fut un éléphant, tout bonnement ...

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