Friday, January 25, 2008

Pondichéry

Depuis deux jours, nous tentons l’expérience de la guesthouse, et c’est plutôt sympathique. Un peu le genre d’ambiance ‘’Auberge espagnole’’, avec des gens d’un peu partout, particulièrement des Français, encore une fois (dont Benoît, qui a quitté Strasbourg il y a huit mois et qui a abouti ici sans prendre l’avion une seule fois avant le Tibet!) ... Le soir venu, tout le monde se réunit sur la superbe terrasse située sur le toit de l’habitation, avec magnifique vue sur la mer, et on s’enfile tous joyeusement quelques bières provenant du frigo généreusement rempli par Jean-François, le propriétaire. J-F est un Belge au début de la cinquantaine, et qui tient deux autres établissements du genre dans la région pour occuper sa pré-retraite. Le rez-de-chaussée de la guesthouse est actuellement occupé par une famille indienne, fort nombreuse et sincèrement sympathique. La dame fait un peu office de maman de l’endroit, cuisinant nos repas et lavant notre linge sale. J-F les a installés là temporairement parce qu’ils ont été expulsés du bout de trottoir qu’ils squattaient. En attendant de trouver un endroit ou aller, ils habitent ici avec nous. Seulement, J-F a appris hier que le père de famille (qu’on ne voit jamais) est sérieusement un accro de la bouteille et passe ses journées à picoler, comme beaucoup d’Indiens malheureusement. Le généreux proprio ne sait pas trop comment gérer la situation avec cette nouvelle variable dans l’équation. Il veut bien les aider, mais le père devra aussi s’aider lui-même. Dommage pour cette famille si souriante et attachante, à l’image du quartier d’ailleurs. Pauvreté extrême, mais je n’ai jamais vu autant de vie et de sourires dans les rues. Nous sommes environ à deux kilomètres à l’est du quartier français, vers Auroville, et comme je l’ai mentionné, directement sur le bord de la mer.

Parlant du quartier français, j’avais mentionné lors de mon précédent post qu’il m’avait quelque peu déçu au premier abord. C’est toujours un peu le cas, même si un semblant de vie s’y est réinstallé. En effet, j’ai finalement appris qu’avant-hier c’était un jour de festival et qu’à peu près tout était fermé. Le quartier est bien sûr magnifique, calme, bordé d’arbres et dépourvu d’intense circulation automobile. Gros changement par rapport à l’ensemble des rues en Inde. Une jolie promenade pleine de palmiers longe la côte, sur laquelle les Indiens se réunissent le soir en famille. Mais l’ambiance reste un peu étrange. J’ai cru trouver une explication sur le pourquoi de cette morne atmosphère : l’ashram de Sri Aurobindo. C’est un mouvement religieux né dans les années 60 et fondé par le Sri en question (également à l’origine de la création de la cité expérimentale d’Auroville, non loin d’ici et qu’on visitera peut-être). Ce mouvement enraciné à Pondichéry s’est considérablement enrichi avec les années, grâce entre autres à l’immense dévotion de ses fidèles, notamment suite au décès de son fondateur. Sa compagne, une Française appellée « La Mère » (aujourd’hui décédée) a pris le relais et a fait de l’ashram la puissante organisation qu’elle est aujourd’hui. On reconnaît les immeubles que possède le mouvement par les couleurs blanches et grises qui ornent leurs facades. Pour finalement constater qu’une très grande proportion du Pondichéry français lui appartiennent. Or, les valeurs du mouvement ne correspondent pas nécessairement avec ce qui pourrait faire de Pondi une ville animée et excitante. En guise d’exemple, nous nous sommes informés sur les tarifs dans l’une des guesthouses de l’ashram, et dès qu’on y entre, deux immenses portraits d’Aurobindo et de la Mère nous font face. Drôle d’atmosphère au départ. Ensuite, un écriteau sur le mur indique que le couvre-feu est à 22h30, et qu’il est interdit de fumer et de boire (autant dire de respirer :P) dans l’établissement. Bref, cet état d’esprit un peu trop zen pour des gens normaux s’est réflété sur l’ensemble du Pondi français, puisque l’ashram y acquière de plus en plus de propriétés, au gand déplaisir de plusieurs pondichériens rencontrés, d’ailleurs.

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Jeudi après-midi, un peu passé 13h. Petit rafraîchissement dans un établissement du Pondichéry indien pour amorcer l’après-midi. Un type nous aborde pour nous demander une cigarette, puis s’asseoit avec nous. Je remarque les couleurs du drapeau indien sur ses vêtements, ce que portent normalement les politiciens ou autres dignitaires. Dans un anglais laborieux, il nous explique que les gens assis à la table là-bas (tiens, ils portent tous le même uniforme!) sont des membres du Congrès ou du Parlement du Tamil Nadu (je ne sais plus trop). Et que le gros type, dans le milieu, est le « chairman » du Congrès. Wow! Mais voilà qu’ils se lèvent tous et viennent s’asseoir à notre table, sous le regard intrigué des autres Indiens ! Un seul type parle anglais, je crois que c’est le secrétaire du chairman. Extrêmement sympathique, nous faisons connaissance et il nous explique qu’ils sont effectivement des politiciens importants. De la façon dont nous sommes observés par les autres clients, je n’ai pas de misère à le croire. Seulement, ils sont sévèrement éméchés. Ils aiment le Canada, nous sommes tous amis, les Américains sont des salauds, les musulmans ne font que foutre la merde partout, etc. On se fait expliquer qu’eux, en tant que politiciens indiens, suivent les traces de Gandhi et qu’ils sont là pour servir le peuple. Et voilà qu’il se commande un grand verre de whisky pour fêter cette déclaration (je vous rappelle qu’il est à peine passé 13h) ... Le chairman écoute le tout d’un air amusé même s’il ne comprend strictement rien à la conversation. Il nous pose parfois des questions banales par l’entremise de son secrétaire-interprète, du genre combien d’heures de vol ça nous a pris pour arriver ici, ou encore dans quel domaine nous étudions. Petite parenthèse là-dessus, on dirait qu’en Inde et également chez les autres étrangers rencontrés, les sciences politiques sont extrêmement respectées. Pas mal plus que chez nous en tout cas ! Les politiciens nous présentaient à leurs collègues comme les deux diplômés canadiens en sciences politiques, et en insistant là-dessus. Ça fait changement ! Finalement, le secrétaire nous laisse sa carte et nous dit de l’appeler n’importe quand pour avoi droit à une visite des villages de son comté, avec son équipe. Seulement, se souviendra-t-il de nous une fois déssaoulé? Les voilà qui partent tous soudainement en coup de vent. Peut-être avaient-ils une réunion ou un truc du genre. Deux minutes après, un Indien vient nous demander ce qu’on pense des gens avec qui on vient de fraterniser. On sent dans sa voix une espèce de crainte mélangée avec un certain respect. Nous répondons évidemment qu’on les a trouvé super sympathiques et qu’ils sont probablement d’excellents politiciens (on ne commencera pas à chercher le trouble!) ... Le type répond « Yes, yes, great men » pas l’air convaincu du tout, puis s’en va. Tout le monde nous regarde. Nous sommes devenus l’attraction. Finis ton verre Jo, on s’en va d’ici ! Le soir venu, je raconte mon expérience à Jean-François, le propriétaire de la guesthouse. Il semble vraiment impressionné par notre rencontre lorsqu’on lui tend la carte que les politiciens nous ont donné. En revanche, il n’est pas étonné du tout d’apprendre que l’intelligentsia politique du Tamil Nadu virait une brosse un jeudi après-midi. « Pour avoir eu à dealer avec quelques-uns d’entre eux, les politiciens en Inde, malheureusement, c’est ça ... » Malheureusement pour l’Inde, en effet. On ne les rappellera pas ...

1 comment:

Anonymous said...

Cher cousin,

Ton blog est génial. Tu possèdes une plume que je jalouse. J'écoutais ce matin (vendredi) Paul Arcand et un de ses chroniqueurs du vendredi, Philippe de Vienne, se trouvait dans la même région que tu visites et j'ai pensé à toi. Moi, Arianne et Étienne te souhaitons un super voyage et si tu peux prendre quelques photos de superbes serpents ou de magnifiques tigres, ça les comblerait.

À bientôt!!

Anne-Marie xx