Wednesday, January 30, 2008

Bangalore

Arrivée à Bangalore (7M d'habitants) mardi matin à 5h30. C'est à peu près la pire heure pour débarquer dans une ville : nous sommes à moitié morts, pas très envie de chercher un hôtel, et la plupart de ceux-ci offrent un check-out 24h, ce qui fait qu'on doit quitter le lendemain à la même heure. Ça nous laisse donc deux options : attendre à la gare de bus jusqu'à environ 9h (soit une heure qui a de l'allure pour le jour ou nous voudrons quitter) ou encore trouver immédiatement un hôtel pas cher dans les environs et aller faire une sieste jusqu'à midi, pour ensuite trouver un gîte mieux situé quand nous serons en pleine possession de nos moyens. C'est cette option que l'on choisit.

Nous découvrons le centre-ville de Bangalore en début d'après-midi. Première surprise : c'est une ville verte, enfin beaucoup plus que ce à quoi je m'attendais. Des arbres partout, et un immense parc (le Cubban) qui se veut un havre de paix en plein coeur de la ville. Jouxtant celui-ci, de larges boulevards dégagés, comme celui qui est bordé de beaux grands palmiers et ou sont installés côte-à-côte l'hôtel de ville et le Parlement de l'État du Karnataka. Sur la façade du Parlement, un écriteau indique "Government's work is God's work". Ok ... Nous nous installons en plein centre-ville, l'équivalenent de si on se prenait une chambre au coin de Ste-Catherine et Crescent à Montréal. Le centre est hyper occidentalisé, ou se succèdent les Pizza Hut, Subway, McDo (qui servent des Maharaja Mac, sans boeuf bien entendu), Levis' et autres enseignes qui sont toutes sauf dépaysantes. Rien à voir en tout cas avec la vieille ville ou nous étions installés ce matin, près de notre point de chute en bus. Sauf pour le traffic qui est aussi chaotique qu'ailleurs en Inde, on pourrait se croire dans une ville américaine (avec un peu d'imagination). Aux ordures les saris pour les filles et les moustaches pour les gars ! Ici, on porte jeans et t-shirts, le I-Pod bien vissé sur les oreilles, et on pense à un endroit ou aller fêter ce soir. Car même si ce n'est rien d'extravagant, il existe un nightlife ici, avec ses clubs, ses drinks très chers (on l'a appris à nos dépends), des dress-code (ça aussi! pas de sandales ...), des pistes de danse et tout le kit. Exactement comme chez nous, le tout arrosé de la même musique. Ça vaut bien la peine d'être à des dizaines de milliers de kilomètres de chez soi pour entendre du Akon et du 50 Cent dans des bars ! Mais une chose est sûre, ça fait changement des sombres tavernes 100% masculines ou on devait se rendre pour boire un verre. Quant à notre hôtel, il nous coûte un prix de fou, mais c'était le prix à payer pour être en plein coeur de l'action. Petit-déj inclus (indien ou occidental), ça c'est bien. Une fois qu'on a trouvé notre hôtel, il fallait retourner à l'ancien là ou on avait laissé toutes nos affaires. Seul hic, nous étions en fin d'après-midi, en pleine heure de pointe. Un peu plus d'une heure pour faire une dizaine de kilomètres aller-retour.

Il y a des feux de circulation ici, et étonamment, ils sont plutôt respectés. En revanche, les piétons sont totalement délinquants; ça traverse des boulevards de six voies sur le feu rouge, même si une armée de voitures, motos, bus et rickshaws s'amènent à toute vitesse. Mais ces derniers ne bronchent pas : petit coup de klaxon et hop! on contourne les piétons à 60 km/h. Comme si c'était tout à fait normal. En fait, ça semble l'être. ''Une anarchie qui fonctionne'' disait l'économiste John Galbraith à propos de l'Inde. À l'image de sa circulation.

Forcément, la population de la ville est beaucoup moins homogène que ce qu'on a été habitués de voir jusqu'à maintenant. Ça se comprend : avec les milliers d'emplois dans le secteur de la haute technologie qui sont disponibles ici, les gens viennent de partout. Beaucoup de Chinois et de Coréens (enfin, si je me fie aux faciès), mais également d'Indiens du nord. Tout ça insuffle une énergie toute particulière à la ville; on sent véritablement qu'il se passe quelque chose ici, que l'avenir s'annonce plutôt bien. Bangalore ne résiste pas à la tendance indienne visant à changer tous les noms des grandes villes, pour se détacher de son passé colonial et ajuster ces patronymes aux langues locales. On s'apprête à rebaptiser prochainement la ville Bangaluru, comme son nom en Kannada, la langue du Karnataka. Mais rien n'est encore décidé officiellement. Petite parenthèse, ça fait une dizaine d'Indiens roux que je croise à Bangalore, alors que je n'en avais vu aucun jusqu'à maintenant. Drôle de look. Ah oui, on a aussi aperçu trois travellos en sari hier soir. Only in Bangalore ! Oops, Bangaluru ...

Iron Maiden était en ville dernièrement. Croisé deux jeunes Indiens aux cheveux longs et arborant un t-shirt du groupe (un à Ernakulam et un ici). L'accueil fut tellement bon qu'ils reviennent en rappel demain soir, mais à Bombay cette fois-ci. Bruce Dickinson racontait dans le Times of India qu'ils auraient facilement pu jouer trois soirs à Bangalore, en se fiant aux milliers de personnes qui se sont massées autour du stade simplement pour pouvoir entendre. Ce pays évolue décidément dans le bon sens ! ...

Il y a une chose que je n'aime pas en Inde (et dans beaucoup de pays d'ailleurs) et Bangalore n'y échappe pas. Absolument impossible de magasiner en paix, même dans les grands centres d'achat ! Si on a le malheur de regarder un article qui nous plaît plus de trois secondes, même de l'extérieur du magasin, c'est automatique, le harcèlement commence. Come in, come in, good prices, bla bla bla ... Ils devraient réviser leur stratégie; pour moi et pour beaucoup d'autres, j'en suis sûr, ça a carrément l'effet inverse que ce qu'ils recherchent : je m'en vais. Pas besoin d'un intermédiaire, si j'ai besoin de toi, on se reparlera quand j'apporterai mon article à la caisse, pour le payer. Un peu comme chez nous quand dans une boutique, la vendeuse vous suit à la trace, écume sur le bord de la bouche en pensant à sa commission potentielle. Ici c'est pareil, mais à la puissance mille. Ça peut être lourd ...

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Aperçu deux fois en ville jusqu'à maintenant : une Occidentale arborant un t-shirt de l'Église de Scientologie, volet recrutement. Les problème, c'est qu'elle passe ses journées seule à lire dans les restos et cafés. La domination planétaire scientologique ne semble donc pas être pour demain ...

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Demain, nous quittons l'Inde du Sud. Direction Bubaneshwar, capitale de l'Orissa. Notre premier trajet en train, qui sera d'une modeste durée de 30h. Mais en "sleeper class", donc tout devrait bien aller. Ça va prendre pas mal de lecture ...

Sunday, January 27, 2008

Pondichéry II

Finalement, on s'est tellement plus à Pondi et à la guesthouse que nous y sommes toujours. Ça fait vraiment changement des hôtels impersonnels, on se sent vraiment chez nous, et ce séjour entouré de gens très sympathiques a plutôt fait du bien. Donc, vraiment pas grand chose de nouveau à raconter. Nous sommes actuellement à côté de la gare de bus de Pondichéry, et nous venons d'acheter nos billets pour Bangalore; départ à 23h30 ce soir pour un long trajet de nuit. Très compliqué, comme d'habitude. Le parcours du combattant. Le préposé au guichet nous fait un simple non de la tête lorsqu'on lui dit que nous voulons des billets pour Bangalore. "Ok, ou devons-nous aller alors?" Un autre non. Pour finalement apprendre qu'il fallait remplir un formulaire et le tendre à ce même no-man, qui nous imprimera nos billets sans poser aucune question. La barrière de la langue, parfois ...

Nous n'irons donc pas à Auroville. C'est le genre d'endroit qu'on ne visite pas en une demi-journée; plusieurs jours sont nécessaires pour visiter et s'imprégner correctement de l'ambiance et de la mentalité des gens sur place. Sinon, on ne peut qu'avoir une vision altérée de ce projet. Deux des ''colocs'' à la guesthouse y partent lors des prochains jours pour un projet de reboisement ou un truc du genre. Logés et nourris pour à peu près rien. Ça aurait pu être une expérience intéressante, mais il fallait s'engager pour deux semaines, et ça ne cadre pas tellement avec notre itinéraire projeté. C'est toutefois le genre de truc qu'on aura envie de faire dans quelques semaines, peut-être du côté de Calcutta. C'est une chose de se déplacer et de voyager, mais viendra un moment ou on cherchera quelque chose de constructif à faire. Concernant Auroville, nous l'avons tout de même un peu effleurée en allant passer l'après-midi à Repos Beach hier, une des plages les plus fréquentées de la cité. Normalement, c'est réservé aux Aurovilliens et à leurs invités, mais personne ne nous a embêtés. Nos deux gueules d'Occidentaux nous ont servi de passeport : il y régnait en effet une légère odeur d'apartheid qui m'a mis un peu mal à l'aise. Les Indiens ne devaient pas dépasser une certaine ligne sur la plage, et même dans la mer. Bien sûr, les plus futés d'entre eux n'avaient qu'à glisser quelques billets au gardien (à la vue de tous!) pour avoir l'immense privilège de se baigner du côté des Blancs. Malaise ... J'ose espérer que cette atmosphère sectaire n'est pas à l'image d'Auroville en général.

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Avant hier, c'était la fête de la République ! Bonne ambiance en ville, avec du kitsch à fond comme savent si bien le faire les Indiens. Tous les bâtiments gouvernementaux étaient décorés de lumières étincellantes, du genre celles que l'on met chez nous pour Noël, mais en bien plus nombreuses, fluorescentes et flashantes. Des drapeaux indiens et du monde partout, comme d'habitude. Pas de défilé militaire ou autres trucs du genre; il aurait fallu être à Delhi pour ça.

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Suggestion impérative de lecture à quiconque s'intéresse à l'Inde et à sa hiérarchisation des individus incompréhensible pour nous : l'Équilibre du Monde, de Rohinton Mistry. Un chef d'oeuvre que je n'ai pas hâte de terminer ...

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- Le u accent aigu est totalement introuvable sur les claviers d'ici, même après reconfiguration.

- Les voitures en Inde, quand elles reculent, nous gratifient d'une petite chanson, parfois même accompagnée d'un très bon beat !

- Plusieurs femmes indiennes croisées ont le visage maquillé en vert. Aucune idée pourquoi. Mais elles ont l'air en phase terminale ...

- Ça manque de singes et autres animaux exotiques. Pas vu un seul macaque jusqu'à maintenant. Sans doute plus au nord. En fait de bestioles, à part les rats gigantesques et les coquerelles, rien à signaler, à ma grande déception ...

- Les enfants indiens sont les plus mignons que l'on puisse s'imaginer. En leur souhaitant sincèrement un avenir décent, à eux et à leur pays ...

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On se reparle dans la Silicon Valley indienne, là ou l'émergence économique de l'Inde est apparament la plus visible, soit à Bangalore-la-gigantesque ! (y a un McDo là-bas?)

Friday, January 25, 2008

Pondichéry

Depuis deux jours, nous tentons l’expérience de la guesthouse, et c’est plutôt sympathique. Un peu le genre d’ambiance ‘’Auberge espagnole’’, avec des gens d’un peu partout, particulièrement des Français, encore une fois (dont Benoît, qui a quitté Strasbourg il y a huit mois et qui a abouti ici sans prendre l’avion une seule fois avant le Tibet!) ... Le soir venu, tout le monde se réunit sur la superbe terrasse située sur le toit de l’habitation, avec magnifique vue sur la mer, et on s’enfile tous joyeusement quelques bières provenant du frigo généreusement rempli par Jean-François, le propriétaire. J-F est un Belge au début de la cinquantaine, et qui tient deux autres établissements du genre dans la région pour occuper sa pré-retraite. Le rez-de-chaussée de la guesthouse est actuellement occupé par une famille indienne, fort nombreuse et sincèrement sympathique. La dame fait un peu office de maman de l’endroit, cuisinant nos repas et lavant notre linge sale. J-F les a installés là temporairement parce qu’ils ont été expulsés du bout de trottoir qu’ils squattaient. En attendant de trouver un endroit ou aller, ils habitent ici avec nous. Seulement, J-F a appris hier que le père de famille (qu’on ne voit jamais) est sérieusement un accro de la bouteille et passe ses journées à picoler, comme beaucoup d’Indiens malheureusement. Le généreux proprio ne sait pas trop comment gérer la situation avec cette nouvelle variable dans l’équation. Il veut bien les aider, mais le père devra aussi s’aider lui-même. Dommage pour cette famille si souriante et attachante, à l’image du quartier d’ailleurs. Pauvreté extrême, mais je n’ai jamais vu autant de vie et de sourires dans les rues. Nous sommes environ à deux kilomètres à l’est du quartier français, vers Auroville, et comme je l’ai mentionné, directement sur le bord de la mer.

Parlant du quartier français, j’avais mentionné lors de mon précédent post qu’il m’avait quelque peu déçu au premier abord. C’est toujours un peu le cas, même si un semblant de vie s’y est réinstallé. En effet, j’ai finalement appris qu’avant-hier c’était un jour de festival et qu’à peu près tout était fermé. Le quartier est bien sûr magnifique, calme, bordé d’arbres et dépourvu d’intense circulation automobile. Gros changement par rapport à l’ensemble des rues en Inde. Une jolie promenade pleine de palmiers longe la côte, sur laquelle les Indiens se réunissent le soir en famille. Mais l’ambiance reste un peu étrange. J’ai cru trouver une explication sur le pourquoi de cette morne atmosphère : l’ashram de Sri Aurobindo. C’est un mouvement religieux né dans les années 60 et fondé par le Sri en question (également à l’origine de la création de la cité expérimentale d’Auroville, non loin d’ici et qu’on visitera peut-être). Ce mouvement enraciné à Pondichéry s’est considérablement enrichi avec les années, grâce entre autres à l’immense dévotion de ses fidèles, notamment suite au décès de son fondateur. Sa compagne, une Française appellée « La Mère » (aujourd’hui décédée) a pris le relais et a fait de l’ashram la puissante organisation qu’elle est aujourd’hui. On reconnaît les immeubles que possède le mouvement par les couleurs blanches et grises qui ornent leurs facades. Pour finalement constater qu’une très grande proportion du Pondichéry français lui appartiennent. Or, les valeurs du mouvement ne correspondent pas nécessairement avec ce qui pourrait faire de Pondi une ville animée et excitante. En guise d’exemple, nous nous sommes informés sur les tarifs dans l’une des guesthouses de l’ashram, et dès qu’on y entre, deux immenses portraits d’Aurobindo et de la Mère nous font face. Drôle d’atmosphère au départ. Ensuite, un écriteau sur le mur indique que le couvre-feu est à 22h30, et qu’il est interdit de fumer et de boire (autant dire de respirer :P) dans l’établissement. Bref, cet état d’esprit un peu trop zen pour des gens normaux s’est réflété sur l’ensemble du Pondi français, puisque l’ashram y acquière de plus en plus de propriétés, au gand déplaisir de plusieurs pondichériens rencontrés, d’ailleurs.

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Jeudi après-midi, un peu passé 13h. Petit rafraîchissement dans un établissement du Pondichéry indien pour amorcer l’après-midi. Un type nous aborde pour nous demander une cigarette, puis s’asseoit avec nous. Je remarque les couleurs du drapeau indien sur ses vêtements, ce que portent normalement les politiciens ou autres dignitaires. Dans un anglais laborieux, il nous explique que les gens assis à la table là-bas (tiens, ils portent tous le même uniforme!) sont des membres du Congrès ou du Parlement du Tamil Nadu (je ne sais plus trop). Et que le gros type, dans le milieu, est le « chairman » du Congrès. Wow! Mais voilà qu’ils se lèvent tous et viennent s’asseoir à notre table, sous le regard intrigué des autres Indiens ! Un seul type parle anglais, je crois que c’est le secrétaire du chairman. Extrêmement sympathique, nous faisons connaissance et il nous explique qu’ils sont effectivement des politiciens importants. De la façon dont nous sommes observés par les autres clients, je n’ai pas de misère à le croire. Seulement, ils sont sévèrement éméchés. Ils aiment le Canada, nous sommes tous amis, les Américains sont des salauds, les musulmans ne font que foutre la merde partout, etc. On se fait expliquer qu’eux, en tant que politiciens indiens, suivent les traces de Gandhi et qu’ils sont là pour servir le peuple. Et voilà qu’il se commande un grand verre de whisky pour fêter cette déclaration (je vous rappelle qu’il est à peine passé 13h) ... Le chairman écoute le tout d’un air amusé même s’il ne comprend strictement rien à la conversation. Il nous pose parfois des questions banales par l’entremise de son secrétaire-interprète, du genre combien d’heures de vol ça nous a pris pour arriver ici, ou encore dans quel domaine nous étudions. Petite parenthèse là-dessus, on dirait qu’en Inde et également chez les autres étrangers rencontrés, les sciences politiques sont extrêmement respectées. Pas mal plus que chez nous en tout cas ! Les politiciens nous présentaient à leurs collègues comme les deux diplômés canadiens en sciences politiques, et en insistant là-dessus. Ça fait changement ! Finalement, le secrétaire nous laisse sa carte et nous dit de l’appeler n’importe quand pour avoi droit à une visite des villages de son comté, avec son équipe. Seulement, se souviendra-t-il de nous une fois déssaoulé? Les voilà qui partent tous soudainement en coup de vent. Peut-être avaient-ils une réunion ou un truc du genre. Deux minutes après, un Indien vient nous demander ce qu’on pense des gens avec qui on vient de fraterniser. On sent dans sa voix une espèce de crainte mélangée avec un certain respect. Nous répondons évidemment qu’on les a trouvé super sympathiques et qu’ils sont probablement d’excellents politiciens (on ne commencera pas à chercher le trouble!) ... Le type répond « Yes, yes, great men » pas l’air convaincu du tout, puis s’en va. Tout le monde nous regarde. Nous sommes devenus l’attraction. Finis ton verre Jo, on s’en va d’ici ! Le soir venu, je raconte mon expérience à Jean-François, le propriétaire de la guesthouse. Il semble vraiment impressionné par notre rencontre lorsqu’on lui tend la carte que les politiciens nous ont donné. En revanche, il n’est pas étonné du tout d’apprendre que l’intelligentsia politique du Tamil Nadu virait une brosse un jeudi après-midi. « Pour avoir eu à dealer avec quelques-uns d’entre eux, les politiciens en Inde, malheureusement, c’est ça ... » Malheureusement pour l’Inde, en effet. On ne les rappellera pas ...

Wednesday, January 23, 2008

Chidambaram

Après Tanjore, nous avions prévu nous rendre directement à Pondichéry. Mais les liaison directes étant rares et surtout compliquées, nous avons décidé de faire halte à Chidambaram, petite bourgade entre les deux villes. Nous étions assez fatigués des derniers jours, et la pause d'une demi-journée s'est transformée en une remise sur pied de deux jours. En effet, l'hôtel nous a tellement plu (chambre double, dans le vrai sens du terme; chacun notre pièce) que nous avons décidé d'y rester et de se reposer un peu. Une ville indienne comme tant d'autres, quoiqu'un peu plus relaxe. Devinez quoi! On y trouve également un magnifique temple ...

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Comme mentionné précédemment, nous sommes arrivés à Pondichéry. J'en reparlerai en détails un peu plus tard, car nous l'avons à peine effleurée. Dans la vieille ville, sur le bord de la mer (le golfe de Bengale en fait), les rues se nomment Dumas, Boissy, Verne et compagnie. Les gendarmes portent des chapeaux à la Louis de Funès, il y a un lycée français, des écriteaux en français un peu partout. Vous l'aurez deviné, il s'agit d'une ancienne colonie française. Bien que ces derniers soient partis il y a fort longtemps, ça respire encore la France dans la vieille ville. Mais la vraie Pondichéry, au nord du canal, forme l'écrasante majorité de la ville et est 100% indienne, avec son bruit et son activité ininterrompue. C'est d'ailleurs là qu'on loge pour l'instant, car le vieux coin est exagérément hors de prix. On pense rester ici trois ou quatre jours, ce qui fait que je reviendrai sur cette ville une fois que je l'aurai mieux saisie. La première impression : un peu décevant. La ville française est morte, pas très grande, aucune action; tout semble figé. Et nous étions venus un peu pour elle. En revanche, un Pizza Hut a satisfait notre faim cet après-midi.

:)

A+

Tanjore II

Nous sommes maintenant à Pondichéry, ancien comptoir français non dénué de charme. Mais revenons quelques jours en arrière, avec la fin de notre exploration de l'étonnante Tanjore ...

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Dimanche matin, visite du Marata Palace Museum, le palais du maharaja datant du XVIe siècle. On y trouve principalement des objets historiques ayant servi les souverains sous divers règnes, mais fait intéressant, on l'a également transformé en musée de sculptures représentant -encore une fois- plusieurs divinités hindoues (quoique j'ai aussi aperçu un Bouddha), le tout sous forme de bronze et de granit. C'est comme si les autorités avaient eu peur que les seuls cossins du maharaja soient d'une morne banalité; on y a donc transféré tout cet évantail de personnifications mythologiques, donc certaines datent du Xe siècle. Mais ce que j'ai surtout retenu de ce musée, ce sont ses catacombes. Le guide nous fait descendre un sombre escalier et on se retrouve devant une pièce complètement obscure, de laquelle on ne distingue rien du tout. Interdit d'y entrer, et on comprend très vite pourquoi. L'odeur de vermine et d'urine séchée nous saute aux narines, mais aussi à la gorge. Ensuite, il y a le bruit. Imaginez des milliers de rats et de souris simultanément dans une même pièce, poussant tous ensemble ces petits cris stridents qui leurs sont propres, et on obtient à peu près le résultat. Ça grouille de vie là-dedans. Il aurait fallu me payer quelques millions pour que je fasse un seul pas dans cette pièce. Ensuite, nous sommes montés en haut de la Clock Tower, qui surplombe le temple ainsi que la ville; magnifique vue en perspective. Rien de particulier à signaler, si ce n'est l'étroitesse exagérée des escaliers (fortement déconseillé aux obèses) et, bien entendu, ces centaines de déjections de rongeurs un peu partout dans la tour. Les gars, un p'tit coup de moppe, ça vous dirait?

Le soir venu, visite du temple de Brihadishvara. Je n'ai pas vraiment l'habitude de m'étendre sur les visites de temples, si ce n'est que celui-ci m'a inspiré une réflexion, de laquelle est née une fascination envers tout ce qui se déroulait sous mes yeux. L'atmosphère était moins exaltée et fanatique qu'à Tiruparankudram, mais tout aussi pieuse et solonnelle; on ne peut qu'avoir un immense respect -et, avouons-le, un peu d'envie- face à une telle foi. Ça doit par moments représenter une solide béquille pour supporter l'insupportable. En discutant de ça avec Jonathan autour d'une bonne Kingfisher par après, on s'est dit que c'était pratiquement un miracle qu'une telle religion polythéiste ait réussi à frayer son chemin et à persister jusqu'à notre époque, le tout avec une ferveur semblant plus forte que jamais. Dans n'importe quel autre pays, tous ces temples seraient relégués au rang de vestiges, et on visiterait ces artéfacts comme on visite un musée. Mais ici, les scènes se déroulent sous nos yeux exactement comme elles se déroulaient il y a quelques milliers d'années. Assister à tout ce cérémonial, c'est carrément une sensation de voyager dans le temps. C'est un peu comme si les Égyptiens vénéraient encore Osiris et Amon-Rê. Alors qu'aujourd'hui, tout ce qu'il reste des religions polythéistes nous est présenté sous forme de ruines, l'hindouisme persiste, avec une quasi-arrogance, à maintenir son joug sur ces centaines de millions d'Indiens qui respectent ses règles scrupuleusement. C'est également de voir la nouvelle génération, téléphone portable à la main. Ils s'inclinent devant les dieux exactement comme leurs grands-parents, ce qui fait réaliser que les Indiens ne transformeront pas leurs temples en musées de sitôt.

Pour terminer cette interminable parenthèse religieuse, un petit mot sur Ganesh, ce dieu à tête d'éléphant. Son histoire est plutôt amusante. Fils de Shiva et Parvati, extrêmement vénéré par les hindous. Il représente notamment la chance (son avatar est présent dans presque tous les bus, taxis, rickshaws et autres). Shiva, au tempérament plutôt bouillant, rentre d'un voyage de plusieurs années. À son retour, il retrouve Parvati en compagnie d'un jeune homme, ce qui le met dans tous ses états. N'étant pas du genre à s'encombrer de formalités, il coupe la tête du jeune Adonis sur-le-champ, pour réaliser par après que ce n'était que son propre fils qui avait grandi pendant son absence. Pour réparer son erreur, Shiva le maladroit prend la route et l'initiative de trouver une nouvelle tête pour son p'tit gars, soit celle du premier être vivant qu'il croisera. Et ce fut un éléphant, tout bonnement ...

Sunday, January 20, 2008

Trichy - Tanjore

Nous sommes partis (enfin) de Madurai samedi matin, ville qui nous aura laissé une impression plutôt ordinaire. Notre objectif au Tamil Nadu est de rejoindre Auroville et Pondichéry avant de s'attaquer à Bangalore et au Karnataka. Mais rejoindre Pondy en une seule étape, ce serait exagérément long. Nous avons donc ciblé les villes de Trichy et Tanjore pour faire des haltes de deux à trois journées dans chacune d'elles. D'ailleurs, on commence à trouver que les choses se déroulent vite, très vite même. Il est vrai que nous disposons de plusieurs mois devant nous, mais nous sommes incapables de rester plus de deux jours dans une même ville. Une fois les principaux monuments visités et les principales artères arpentées, c'est plus fort que nous; nous avons la bougeotte et nous levons l'ancre. On peut estimer qu'à ce rythme, nous n'aurons probablement pas besoin de renouveller le visa indien après le 31 mai. Dépendamment du budget dont nous disposerons rendus là, nous nous attaquerons fort probablement à un autre pays (ce ne sont pas les idées qui manquent!) ou encore nous rentrerons sagement à la maison. Mais ça me semble un peu tôt. Rentrer quelque chose comme début août, alors que l'été bat encore son plein au Québec, ça me semblerait bien. De toute façon, le périple en est encore à ses balbutiements, et si je pense déjà au retour, c'est purement technique et c'est dû à mon éternel état d'esprit angoissé qui cherche toujours à tout planifier. Nous sommes encore très loin du coup de blues et pour l'instant, on s'amuse encore comme des petits fous!

Revenons donc à nos moutons. Départ de Madurai, direction Trichy. En plein trajet, nous apprenons que nous nous sommes trompés de circuit et que notre bus ne fait pas de liaison directe entre les deux villes. Jonathan étant assis complètement à l'avant du bus et moi complètement à l'arrière (les deux seules places restantes à l'embarquement), je le vois soudainement me faire un grand signe alors que nous nous arrêtons à un petit village. Ça y est, c'est sans doute le moment de débarquer! Nous sortons en catastrophe et sautons à bord d'un autre bus déjà en marche sur lequel est vaguement indiqué Trichy. Wow! On s'en vient vraiment les pros du bus! Jo m'apprendra plus tard qu'un bon samaritain assis en avant avec lui s'est occupé de lui expliquer toute la marche à suivre pour réparer notre erreur et finalement gagner Trichy.

Parlant de cette chère Trichy, nous y arrivons donc. Équipés de nos gros sacs qui semblent s'alourdir de jour en jour, nous sillonnons la ville à la recherche d'un hôtel. D'habitude, il s'agit d'une simple formalité. Bien entendu, il nous arrive parfois de nous faire dire que c'est complet, mais après avoir essayé un ou deux gîtes, on finit généralement par y arriver. Mais cette fois-ci, après le troisième hôtel qui se dit complet, nous commencons à constater la gravité de la situation. Un jeune couple d'Anglais, dont le type semble un peu désespéré, nous le confirmera : il n'y a plus une chambre de disponible dans Trichy. Un gros mariage a lieu en ville cette fin de semaine et l'heureux couple attend plus de mille invités. Bon... Nos Anglais nous racontent qu'ils arrivent de Pondichéry et qu'ils continueront donc directement vers le Kerala. Tiens donc... C'est ce qu'on appelle littéralement deux routes qui se croisent. Après les salutations d'usage, on se souhaite bonne chance et chaque duo emprunte sa propre direction. Quelques secondes plus tard, un jeune garçon d'environ huit ans nous aborde avec sa mère, et nous demande si nous avons des pièces de monnaie de notre pays, car il en fait la collection. Bah ouais, pourquoi pas ! Un castor et un caribou plus tard, il nous raconte qu'il est un apprenti-yogi et qu'il prend part à des compétitions nationales, faisant des postures de yoga que très peu savent faire. Ouais, bon. Mais il nous sort un album de photos le montrant dans toutes sortes de positions contorsionnées; c'est bel et bien lui et c'est plutôt impressionant. Flexible le ti-gars !

Bon c'est pas tout, faudrait pas oublier que nous sommes pognés ici, pas d'hôtel, qu'il fait un bon 35 degrés, qu'on a nos gros sacs et qu'on a rien mangé de la journée. Manger! Voilà une riche idée. On fera le point autour d'un bon dosaï, au resto de cet énième hôtel qui vient de nous revirer de bord. On prend donc congé du ti-gars et c'est ce qu'on fait. Nous en venons assez vite à la conclusion qu'un seul choix s'impose : regagner la gare de bus et filer à Tanjore (Tanjavur pour les intimes). Grrr... On vient de se taper 3h30 de bus, je ne suis pas super enthousiaste à l'idée, mais soyons réalistes : c'est ça ou dormir dans la rue. Au revoir Trichy! Ce fut bref mais intense.

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Après un trajet sans histoire jusqu'à Tanjore, cette dernière nous réserve quelques agréables surprises : non seulement le premier hôtel que nous essayons nous accueille sans problème, mais c'est le moins cher depuis le début du voyage, avec en prime les lits les plus douillets et confortables qu'il nous ait été donné de tester en Inde. De plus, c'est très très propre. Un petit lézard nous tient même compagnie. En espérant qu'il fasse son boulot et chasse bien les moustiques, car certaines nuits sont pénibles de ce point de vue. Mais ou est donc l'arnaque dans cet hôtel? Aucune idée, mais certains hôteliers devraient s'en inspirer. L'ambiance à Tanjore s'annonce donc plutôt agréable...

La bouffe est toujours aussi mangeable, même si je commence parfois à trouver que du riz et des sauces, ça peut manquer un peu de consistance. Je vais vous confier un secret, si vous promettez de ne le répéter à personne : le premier McDo qu'on croise à Bangalore risque de passer un sal quart d'heure ...

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Muthu est partout. Il s'agit de la figue emblématique du cinéma du Tamil Nadu, communément appelé Kollywood (en opposition à Bollywood, située à Bombay). Cet acteur fait carrément office de demi-dieu ici, un peu comme Sébastien de Loft Story au Québec, mais en un peu moins hot (euhh....) Dans les villes tamoules, il figure sur énormément de panneaux publicitaires. J'ai eu la chance de le découvrir à Montréal avant le départ en louant quelques-uns de ses films, et croyez-moi, don't fuck with that guy! ...

A+ !

Finalement ...

Oui j'écris pas mal ! Beaucoup plus que prévu, même. Mais en toute honnêteté, je comprends maintenant beaucoup mieux ceux qui tiennent de tels journaux de bord en voyage et qui les alimentent régulièrement. Premièrement, ça me permet de garder un certain contact avec la réalité lors d'une expérience si déroutante. Ensuite, en bon égoïste que je suis, je le fais également beaucoup pour moi. Nous vivons tellement d'émotions, de rencontres et d'anecdotes quotidiennement que le fait de les transmettre par écrit alors que c'est encore frais dans ma mémoire, c'est une garantie contre l'oubli, et quelque chose que je relirai sans doute avec grand plaisir un jour. C'est en quelque sorte un journal intime auquel je vous donne accès, bande de chanceux. Mais blague à part, le fait d'écrire fréquemment permet d'être davantage en état d'alerte intellectuel et de conserver une vivacité d'esprit -du moins je l'espère- qui autrement serait si facile d'abandonner ou de laisser aller dans un pays comme l'Inde. Voilà! :)

Thursday, January 17, 2008

Madurai

C'est ici que la vraie partie de plaisir commence. Car on se l'avouera, nous l'avons eu tout de même facile au Kerala; absolument aucun incident désagréable à signaler. Peut-être avons-nous lancé dix fois la pièce de monnaie par terre et que nous avons obtenu le côté pile neuf fois, qui sait. Toujours est-il que Madurai et le Tamil Nadu, c'est différent, très différent même. Beaucoup moins de gens parlent l'anglais, et on sent que l'habitude de côtoyer des touristes est moins présente que chez la province voisine.

Le trajet de bus de nuit qui partait de Cochin fut assez pénible et interminable. Par contre, ô comble de joie, nous n'avons tué personne cette fois-ci. Nous nous sommes pris un bus dit ''Deluxe'', avec une télé et des sièges confortables, pour faire changement. Un peu le genre de car qu'on retrouve dans le Disneyland touristique qu'est la Thaïlande. Je ne sais pas si les Indiens sont sourds, mais le volume lors du film était vraiment fort et agressant. Absolument impossible de fermer l'oeil, mais bizarrement, personne ne semblait en faire de cas. Pour vous donner une idée, le volume de mon lecteur MP3 était pratiquement dans le tapis, mais rien à faire, tout ce que j'entendais étaient les chants aigus et difficilement supportables de la jeune fille en vedette dans cet -hmm hmm- excellent film. Souvent en Inde, alors qu'on pense que tout est réglo et qu'il n'y a pas de problèmes, c'est là que, comme par magie, les troubles surviennent.

Un peu avant le départ, le contrôleur circule dans l'allée et vend ses billets (ça fonctionne comme ça). Jonathan prenant l'air dehors, je réponds que je veux deux billets pour Madurai. Il me demande un prix beaucoup plus élevé que prévu, mais en argent canadien, le décalage n'est pas si mal. Il est tard, je suis fatigué et je n'ai pas envie de m'obstiner. Je paye, il me remet six billets, trois chacun, et continue sa tournée. J'aime bien le bus, tout est si simple comparé au train (j'y reviendrai). C'était sans compter sur le surprenant contrôleur. Une fois partis de Cochin, il refait une tournée pour ramasser les billets -quel système, tout de même-. Rendu à moi et Jo, il regarde nos billets, et nous fait signe que ça ne fonctionne pas. Pardon? Mais c'est toi qui me les a vendus il y a à peine dix minutes!! Le type ne parle pas anglais, évidemment. Je crois comprendre quelque chose comme "Two dollars". Le bougre, alors que je suis convaincu qu'il nous a déjà fait payer au moins le double du prix, voilà maintenant qu'il essaie de nous extorquer de l'argent. Dans ce genre de situation, j'ai trouvé une bonne tactique. "Scuse me sir, I don't understand anything". Il lève les bras en l'air, et s'en va, laissant tomber. Je dis à Jonathan qu'on n'a certainement pas fini de se faire enquiquiner par cet abruti. Bizarrement, il nous foutera la sainte paix jusqu'à Madurai. Décidément... Ce genre de type sera un peu à l'image de ce qu'on trouvera à Madurai, très jolie ville avec un temple sublime, mais peuplée de requins, pour qui nous ne sommes que des distributeurs automatiques sur deux pattes.

Nous arrivons en ville alors que le festival du Pongal bat son plein. Je n'ai jamais vraiment réussi à savoir ce que c'était, à part le fait qu'on relâche des taureaux dans la foule dans un village près d'ici (un peu comme en Espagne) et qu'hier, il y a eu plus de 120 blessés. On décide de passer notre tour. Ce festival fait en sorte qu'il fut assez difficile de trouver un hôtel, mais on a fini par y arriver. Une chose est certaine : personne ne nous fera de cadeaux ici. Dans les différents guides, on y indique que tout est deux fois plus cher qu'ailleurs, et on le constate dès notre premier trajet de rickshaw, qui nous revient à 80 Rps alors que le même à Cochin en aurait coûté 30, gros max. Faut dire que malgre tout, on s'en vient tout de même pas mal pour négocier! Vous auriez dû voir le chauffeur de rickshaw nous courir après quand on a tourné les talons et refusé son offre ridicule. "Come on, we know the prices". Avec nos teints basanés et notre attitude relax (plus qu'au début en tout cas), ça doit commencer à paraître que nous ne sommes plus fraîchement débarqués. Même si ça ne nous empêche pas de nous faire encore avoir à l'occasion, mais bon, quiconque a déjà voyagé en Inde vous dira que ça fait un peu parti du jeu.

Le soir, nous décidons d'aller visiter le temple de Tiruparankundram, à 8 km au sud de la ville, qu'on dit magnifique car sculpté dans le roc. Encore une fois, nous payons un bon prix pour accéder au temple, et on suit naïvement le type qui se prétend notre guide et qui parle un anglais laborieux, dont on ne comprend absolument rien de ses explications. Il nous demande chacun 100 Rps à la fin de la visite! Moi qui pensait que ses services étaient inclus. C'était bien entendu notre erreur; il faut toujours tout mettre au clair ici. Et négocier une fois le service offert, ça ne se fait juste pas. Notre pseudo-guide le savait trop bien. Il nous a au moins aidé à obtenir notre permis pour prendre des photos du temple (dont son sublime éléphant) qui nous a été fort utile: alors que je prenais une photo d'une magnifique sculpture, un agent s'approche de moi en hurlant, me disant qu'on doit se munir d'un permis pour prendre des photos. On lui tend nos permis; il a eu l'air tellement déçu. Des roupies en moins pour lui. Bref, voyez un peu l'ambiance ici. Mais au moins nous avons eu droit à tout le cérémonial : purification dans l'eau sacrée (en ai-je vraiment besoin?;)), chants et cris des pellerins en transe (vraiment impressionnant, voire même épeurant) et nous avons défilé devant des prêtres qui nous ont gratifié des fameux points rouges et blancs sur le front. Nous voilà donc maintenant des adorateurs de Ganesh et Sheeva (wow, mes deux préférés en plus! ^_^)

Mais Madurai, malgré ses nombreuses tares, ressemble davantage à l'image que je me faisais de l'Inde. Ici, des vaches dans la rue, il y en a plus que le client en demande. Pour le festival de Pongal, elles et leurs collègues chèvres sont peinturées de couleurs vives. Assez spécial! Et on vit aussi de très beaux moments ici. Alors qu'on se promène dans une ruelle encombrée de bovins, une gang d'enfants joue au cricket, à même le bithume. Ils nous invitent à nous joindre à eux! Le petit Sanji nous explique les règles élémentaires du jeu, que je finis enfin par comprendre après toutes ces années. Comme nous étions un peu bousculés, on leur a promis de repasser demain à la même heure. Donc, le bilan est mitigé pour Madurai, qui demeure une ville magnifique. Le festival actuel n'aide sans doute en rien à la surrenchère, dont les Indiens sont aussi victimes.

À part ça, j'ai découvert les joies des tailleurs. Ici, tous les hommes portent la chemise, et on comprend pourquoi; leur mince tissu permet d'endurer davantage la chaleur infernale. Je vais prendre livraison d'une autre chemise taillée sur mesure pour moi tout à l'heure, et croyez-le ou non, j'ai obtenu un excellent prix.

J'avais dit plus haut que je vous parlerais de l'enfer des trains et de leurs processus de réservation, mais j'y reviendrai une autre fois. Assez écrit pour aujourd'hui, et je meurs de faim. Au programme ce soir : visite d'un des plus grands temples de l'Inde, situé tout juste à côté de notre hôtel. Magnifique et assez long à visiter, paraît-il. Si on regarde sur une carte de Madurai, il fait carrément office de ville dans la ville, un peu comme la cité interdite à Beijing (proportionnellement, bien entendu).

On s'en reparle.

Cochin (suite et fin)

Nous avons eu l'immense honneur d'assister à un concert de sithar au Kashi Art Cafe à Cochin, deux jours avant notre départ pour Madurai. Il s'agissait du grand Pandit Ajit Singh, plutôt connu au Kerala, même s'il vit désormais en France. Ça nous a coûté 500 Rps pour deux, ce qui est une assez bonne somme ici, mais le jeu en valait vraiment la chandelle. Nous sommes ressortis de là tout zens, un peu comme après un massage. Lui et son percusionniste nous surprenaient au détour de chaque note; j'ai toujours bien aimé cet instrument, mais après avoir assisté à une telle performance, je l'ai maintenant adopté.

Le lendemain, nous sommes allés nous ballader dans le secteur nommé Mattancherry, qui comprend entre autres le Jew Town ainsi que le Dutch Palace, qui témoigne de l'époque où les Hollandais étaient présents à Cochin. Un espèce d'hybride entre la culture hollandaise (architecture) et kéralaise (fresques et oeuvres d'art). Krishna était pas mal présent sur les murs, et on a pu assister à des scènes de débauche le mettant en vedette, et où il semblait vraiment savoir quoi faire de ses multiples mains... Sinon, nous avons bien apprécié ces quelques jours à Cochin, où on en trouve pour tous les goûts (de l'agitation indienne au calme des quartiers de pêcheurs) sur une assez petite superficie. Bien que très touristique, c'est le genre de ville que je recommenderais à quiconque veut découvrir l'Inde en amortissant le choc.

J'ai appris un truc amusant en jasant avec Marina, une jeune Française bien sympathique, à l'hôtel Santa Cruz où nous logions. Bollywood cherche souvent des figurants occidentaux pour participer à une ou des scènes de ses nombreux films (plus de 900 sont tournés chaque année). Si on repasse par Bombay, ça pourrait être une expérience fort sympathique!

On décide finalement de passer de Cochin à Madurai en bus de nuit.

Monday, January 14, 2008

Ernakulam - Cochin

Nous quittons Allepey le 13 au matin pour rejoindre Ernakulam, grande ville moderne avec ses édifices en verre, située tout juste de l'autre côté de la vieille ville de Fort Cochin. Nous prenons un bus bondé, dans lequel nous resterons debouts durant les 90 minutes que dureront le trajet. Jusque là, rien d'anormal. Le drame se produit alors qu'il ne reste que quelques kilomètres à gruger avant d'atteindre Ernakulam. Comme d'habitude, le chauffeur conduit en fou. Nous traversons un pont très peu large, sur lequel tenter un dépassement serait hasardeux, puisqu'il n'y a qu'une voie dans chaque direction. Évidemment, le chauffeur entreprend un dépassement, même s'il y a une dizaine de motos et autres véhicules dans la voie inverse. Je retiens mon souffle, en me disant qu'il a l'habitude; ses cheveux grisonnants me font penser qu'il en a vu bien d'autres. Et pourtant... On entend un bruit d'impact; tous les passagers se lèvent pour voir ce qui est arrivé, et on voit un type gisant sur l'asphalte, à côté de sa moto qui semble être une perte totale. Le chauffeur s'arrête tout juste après le pont, après avoir été dépassé par deux motos qui l'ont joyeusement insulté. Il va sur les lieux de l'accident à pied, et nous laisse (passagers et contrôleur) sous un soleil de plomb, en bordure de la route. On ne le reverra jamais. Un peu tout le monde se demande ce qu'il est advenu du pauvre type, mais ça aussi on ne le saura jamais. Probablement mort. Le prochain bus nous ramassera dans 30 minutes pour finir le trajet, nous annonce le contrôleur. Inutile de dire que l'ambiance n'était pas à la fête. À voir comment ils conduisent, ce genre de scène doit se produire plusieurs fois par jour en Inde; mais le vivre, c'est autre chose. Ça donne envie de ''switcher'' pour le train, ce qu'on prévoit faire tôt ou tard de toute façon.

En tout cas. Ernakulam me plaît dès le départ. J'ai toujours aimé les grandes villes, et c'est la plus grosse agglomération qu'on a vu depuis notre arrivée au pays. Par contre, qui dit grande ville (je spécifie que le terme ''grande'' est très relatif puisqu'on est en Inde) dit plus de mendiants et de sans-abris. Des gens qui dorment par terre, des lèpreux et autres éclopés qui quêtent, on commence à en voir. Le guide du Routard donne de judicieux conseils en ce qui concerne les mendiants. Vaut mieux éviter de donner aux enfants; de un, il est presque impossible que l'argent leur revienne à eux -un genre de pimp surveille le tout du coin de la rue-, de deux, ça ne les encourage certainement pas à tenter d'améliorer leur sort autrement que par la mendicité. Ils conseillent plutôt de donner à ceux qui n'auront jamais d'autres choix, comme les vieillards sans-abris, les veuves, les décrissés de la vie. C'est ce qu'on fait, mais avec parcimonie, bien évidemment. Parce que de toute façon, s'il fallait donner à tous ceux qui nous tendent la main, je serais mieux de commencer tout de suite à me magasiner un billet de retour pour Montréal. Dans un tout autre ordre d'idées, le CPI -parti marxiste au pouvoir au Kerala- doit être en plein congrès ou quelque chose comme ça, car nous avons aperçu plusieurs véhicules du parti munis de haut-parleurs et scandant des slogans propagandistes dans les rues d'Ernakulam.

Ce matin, nous avons pris le ferry pour traverser à Fort Cochin. Normalement, quand on débarque d'un train ou d'un bus, on fait quelques pas dans la ville avant de se prendre un rickshaw; sauter sur la première offre venue, c'est pratiquement l'arnaque assurée. On préfère que ce soit nous qui choisissions notre chauffeur que l'inverse. Pourtant, un dénommé Baboo nous aborde en français, et il nous met tout de suite en confiance. Il nous conduit à l'hôtel voulu, et nous propose d'attendre dehors : si jamais c'est complet, il pourra nous aider à en trouver un autre. Tiens, c'est gentil ça! Ce n'est pas complet, par contre pas de chambre disponible avant midi, et il est 10h30. Baboo nous offre un petit tour de ville d'une heure pour 50 roupies, le temps que la chambre se libère. Excellente idée! Il démarre en criant ''C'est parti mon kiki!'' Ce qui frappe avant tout, c'est la tranquilité ambiante de Fort Cochin, par rapprt à sa soeur agitée qu'est Ernakulam. On socialise un peu avec notre nouvel ami, et je me réjouis enfin de trouver un Indien qui sait prononcer mon nom. C'est alors qu'il nous fait une offre. "Les gars, comme vous le savez, nous les chauffeurs de rickshaws touchons des commissions si on amène des clients dans des magasins ou des hôtels". On le savait, mais ils ne le disent jamais. Son honnêteté m'épate. Il poursuit. " Je vous propose de vous ammener dans trois magasins, restez cinq minutes, faites semblant de regarder, mais n'achetez rien, c'est vraiment trop cher. Je recevrai 50 roupies par magasin et bien entendu votre tour de ville sera totalement gratuit. On appelle ça un deal?'' You bet! Tout le monde est content, même si les tournées de magasin ne furent pas de tout repos. C'était parfois difficile d'en sortir, mais bon, fallait bien occuper la matinée, et Fort Cochin, on en fait vite le tour. Nous nous sommes ensuite arrêtés au marché des pêcheurs pour boire un thé et pour regarder la marchandise. Ça semblait bien frais. :) Fort Cochin est la ville ou est mort l'explorateur Vasco de Gama, et on peut aller observer sa tombe à deux pas de notre hôtel, dans une église qui fut la première de confession chrétienne à être érigée en Inde. Un peu plus loin, on y trouve également la première synagogue à avoir été bâtie sur le sol indien. Décidément, ça respire l'histoire ici ... Fort Cochin sera notre dernière étape kéralaise. J'ignore combien de jours nous resterons ici, mais on file dans le Tamil Nadu par après, plus précisément à Madurai.

Sinon, un petit pêle-mêle de choses à dire sur l'Inde et les Indiens.
- L'Indien, quand il veut soit vous saluer, vous remercier, ou vous faire part de son approbation, hochera la tête de gauche à droite, un peu comme une figurine bubblehead. Le premier à m'avoir fait ça était un militaire à l'aéroport de Bombay, et je me demandais ce que ça signifiait. Je me le demande encore un peu. Mais bon, ils passent leur temps à se le faire entre eux. Peut-être qu'un jour, je comprendrai ce que ça signifie EXACTEMENT.
- Même si l'homosexualité est un sujet hyper tabou ici, les hommes Indiens se manifestent entre eux des signes d'amitié difficilement imaginables en Occident. Il n'est vraiment pas rare de voir deux hommes se tenir par la main. Sur une plage de Kovalam, j'ai vu un homme qui avait la tête couchée sur les genoux de son ami, qui lui jouait dans les cheveux. Un peu après, ils sont allés rejoindre leurs femmes. Déroutant ...
- Les restaurants sont très souvent séparés en deux : la pièce principale, ou mangent les hommes, et la salle baptisée ''Women and families''. De même que dans les files d'attente dans les billeteries, les hommes et les femmes font la file séparément.
- Dans les salles de bain, le pommeau de douche est directement à côté du lavabo. Pas de rideau, pas de démarcation, rien. Un drain par terre suffit à évacuer l'eau. Bien entendu, un bonne paire de tongs (gougounes) est indispensable pour s'éviter quelques grimaces au moment de la douche.
- J'avais peur que ma carte de guichet ne fonctionne pas ici. Erreur, elle fonctionne partout. Simplement vérifier les mentions Cirrus et Maestro à côté du sigle ATM et le tour est joué.
- Mon coup de coeur culinaire jusqu'à maintenant : le poulet biryani. Deux morceaux de poulet ensevelis sous du riz pilaf, dans lequel est également dissimulé un oeuf cuit dur. Manger ça le midi avant une longue marche sous le soleil, c'est l'énergie assurée.

Voilà. Maintenant vous savez tout.

Saturday, January 12, 2008

Quilon - Allepey

Nous avons quitté Kovalam beach il y a environ trois jours (un peu de difficulté avec la notion du temps ici). Nous avions hâte de terminer cettte parenthèse qui nous a fait du bien mais qui, on se l'avouera, ne respirait pas particulièrement l'authenticité indienne. Tôt le matin, on cherche l'arrêt de bus pour se rendre à Quilon en marchant sur le bord de la plage avec nos gros sacs à dos, quand l'inexplicable se produit. Un chien mignon comme tout commence à nous coller, puis se met à nous suivre, pour finalement nous devancer. Il se retourne de temps en temps, pour voir si on suit toujours. Rendus sur la route goudronnée, le chien se couche tout à coup sous une pancarte ou il est indiqué ''Bus stop'' et nous regarde droit dans les yeux. On hallucinait. Je lui ai demandé à la blague combien de roupies il nous chargeait pour ça, mais il s'est enfui sans demander son reste. Bizarre, bizarre ... ! Dans ce pays, vaut parfois mieux ne pas chercher à comprendre ...

Finalement, on a décidé que c'était plus simple de prendre un rickshaw (merci quand même le chien) pour retourner à Thiruvananthapuram ou les départs sont beaucoup plus fréquents, pour attraper sur place un bus pour Quilon. Quelle aventure ! Évidemment, les deux seuls non-Indiens à bord, chauffeur qui conduit en maudit malade (je veux bien croire qu'ils cherchent à se sortir au plus vite du cycle des réincarnations, mais faudrait songer à ne pas trop exagérer). On est arrivés sains et saufs à Quilon, petite ville de 300 000 habitants très animée mais ou il n'y a strictement rien à voir. Aucun monument, ni temple qui se démarque particulièrement. C'était avant tout un point de départ pour rejoindre Allepey par les backwaters. Fin d'après-midi, on se boit une petite Heineken bien méritée sur le toit de l'hôtel en se demandant quoi faire d'ici le souper (on venait de parcourir deux fois l'ensemble des grandes artères de la ville) quand on entend une voiture sur laquelle est hissé un haut-parleur qui hurle des ordres en malayalam. Après quelques minutes, intrigué, je vais demander au tenancier de l'hôtel de quoi il s'agit. Il me répond, tout content, que c'est le défilé annuel de tous les élèves et étudiants de la ville, événement qui inaugure un festival d'arts. Il nous dit qu'on ne doit absolument pas manquer ça et que je dois retourner à ma chambre prendre mon appareil photo. On descend dans la rue et effectivement, celle-ci est bloquée à la circulation (enfin un petit break) et une foule se masse des deux côtés de la rue. Ce fut tout un spectacle ! Pour prendre des photos, j'en ai pris ! Défilé haut en couleurs mettant en vedette les différentes écoles de Quilon qui rivalisaient d'imagination pour nous concocter des costumes et des mises en scène assez incroyables. On passait du défilé militaire aux déguisements de Gandhi, en passant par Michael Jackson et le père Noël, sans oublier évidemment de nombreuses personnifications des mythologies hindoues, chrétiennes et musulmanes. Un char allégorique représentait fièrement un missile atomique peinturé aux couleurs du drapeau indien, ce qui nous a fait prendre conscience d'un certain patriotisme indien qu'on n'avait pas vraiment eu la chance de percevoir jusqu'à maintenant.

Parfois, les rôles s'inversaient et donnaient lieu à des situations invraisemblables comme je les adore. Les plus jeunes écoliers (ceux du primaire) qui défilaient, très surpris de voir des non-Indiens s'intéresser et assister à cet événement, nous envoyaient la main en nous demandant nos noms et en nous arrosant de ''Nice to meet you'' et autres salamalecs du genre. Bref, pour certains de ces enfants, c'était nous le show, et non la spectaculaire parade dont ils faisaient parti et qui se déroulait sous nos yeux. On pensait s'ennuyer durant cette brève étape à Quilon, mais la ville s'est occupée de nous divertir un peu ! Hallucinant le nombre d'écoles et d'enfants dans cette ville, on comprend un peu mieux pourquoi ce pays sera le plus peuplé de la Terre en 2030. Sinon, notre hôtel était plutôt rudimentaire à Quilon, mais non dépourvu d'exotisme. Juste à côté d'une mosquée, dont le premier appel à la prière qui a surgi des minarets nous a pris par surprise. En revanche, on aurait bien pu se passer de l'exotisme de la prière de 5h du matin. Des jeunes Indiennes pratiquaient des chants et ce qui semblait être une pièce de théâtre tout juste à côté de notre fenêtre, dès 6h30 du matin. Bref, vous aurez compris que c'était un tantinet mouvementé.

Sinon, nous sommes arrivés à Allepey hier soir, après un trajet de bateau de 8h ponctué de paysages à couper le souffle des backwaters, ainsi que de rencontres sympas. Allepey est une petite ville charmante, bordée de canaux; on lui donne même le surnom de Venise du sud de l'Inde. Ouin, mettons ... Nous sommes atteris dans un hôtel très luxueux pour 500 roupies, de loin le plus propre qu'on ait connu depuis notre arrivée ici. Mais nous ne sommes pas venus ici pour vivre dans le luxe. Ce matin, on a changé d'hôtel pour un autre qui nous revient à la moitié du prix, pas mal plus glauque et décrissé. Yeah! Ça c'est l'Inde... Nous revenons de visiter un temple hindou absolument époustouflant (Kidahgam Parambu), bâti au XIIème siècle et orné de statues magnifiques représentant des scènes un peu moins magnifiques; la plupart des mythologies s'étant écrites dans le sang.

Sinon, moi et Jo divergeons un peu d'opinion sur les prochaines étapes à suivre. On s'est entendus pour direction Cochin demain, puis le Tamil Nadu (Rameswaram, Tanjor, Trichy) mais je suis attiré par Bangalore et le Karnataka ensuite, alors que lui vise plutôt l'Orissa. Aucun problème, on avait prévu que ça arriverait. On se séparera sans doute une ou deux semaines, pour se retrouver plus au nord, peut-être à Hampi. Maintenant que l'introduction au pays (du moins le sud) est complétée, on n'a aucune crainte à faire des petits bouts de chemin en solitaire, et c'est d'ailleurs ce que la plupart des voyageurs que nous croisons font. Ça risque de favoriser les rencontres avec les Indiens et les situations délicates dont il faut se démerder seul, comme je les aime. Je vous tiens au courant dans les prochains jours, sans doute.

A+!

P.S. Contrairement à mes appréhensions, l'estomac tient le coup à 100%, même si on ne mange pas tout à fait dans des 5 étoiles. La bouffe est excellente et généreuse jusqu'à maintenant. Miam miam! Ça donne faim ça ...

Photos

Namaskaram! J'ai un petit problème avec mes photos, si bien que ça risque de prendre quelques temps avant que je puisse vous les montrer. Premier problème : les transférer sur les ordis d'ici. Hier il a fallu que je m'arrange avec le boss du cybercafé pour qu'il les upload sur son ordi à lui, pour après les transférer sur le poste que j'utilise, pour cause d'incompatibilité de ma prise USB ou un truc du genre. Jusque là ça va. Mais les uploader sur des sites comme Flickr ou Facebook, c'est la galère totale. Ça prend quelque chose comme 4 minutes à chaque batch de 5 photos. Et j'en ai plus de 150 jusqu'à maintenant. De deux choses l'une. Soit que je m'achèterai des nouvelles cartes mémoires de temps en temps et que les photos ne seront disponibles qu'à mon retour (on trouve des cartes mémoires partout ici), ou soit que je les compresse et que je les envoie à un ami qui lui, s'occupera de les transférer sur un site avec une vitesse de connection digne de ce nom. Si vous ne comprenez rien à tout le charabia que je viens d'écrire, je vais résumer en deux mots : les photos seront sans doute disponible un jour, si je trouve le temps de les compresser. Sinon, il faudra attendre ...

Monday, January 7, 2008

Bienvenue à Kovalam beach !

Nous voici maintenant à Kovalam Beach, à 13 kilomètres au sud de Thiruvananthapuram. Nous sommes finalement restés deux jours dans cette ville, qui au départ ne semble pas d'un très grand intérêt (c'était avant tout notre point de chute). Mais à force de déambuler dans la ville, on y trouve un certain charme. Une des grandes particularités de cette ville, c'est la cohabitation harmonieuse entre hindous, musulmans et chrétiens. Au coeur d'un même carrefour près du bazar, on retrouve un temple hindou, une mosquée et une cathédrale dont l'architecture n'est pas sans nous rappeler celle de Notre-Dame. Si on bifurque dans une petite rue au hasard, on peut se retrouver complètement perdu au coeur d'un quartier résidentiel cossu, comme des villages en plein dans la ville, loin des boulevard chaotiques ou se cotoient voitures, rickshaws, motos, piétons et animaux. Il a fallu apprendre à traverser les rues à l'indienne, c'est-à-dire en se fermant les yeux, en retenant notre souffle et en priant Ganesh. :) Parlant de Ganesh, on a rencontré un type portant ce nom dans un petit bar miteux, pour se rendre compte que l'alcool existe en Inde, mais que c'est plutôt caché. On s'est ramassé dans un backstore très sombre, à midi, ou les Indiens s'enfilaient plusieurs verres derrière la cravate.

Bon. Comme je disais, nous sommes à Kovalam depuis deux jours. Il s'agit d'une station balnéaire sur le bord de la mer, très touristique. Jonathan voulait faire un peu de plage pour qu'on se remette du décalage horaire. Je suis allé sous les Tropiques il n'y a pas si longtemps, donc je n'en ressentais pas particulièrement le besoin, mais comme j'ai l'esprit de sacrifice, j'ai accepté d'aller me prélasser un peu. Nous sommes en haute saison, donc nous payons tout un peu plus cher, mais nous le faisions en connaissance de cause. La mer d'Oman est complètement déchaînée, les vagues sont complètement débiles, et on passe la journée à se baigner parmi les touristes (russes pour la plupart) mais également beaucoup d'Indiens et de pêcheurs. Il y a énormément de mendiants et de rabatteurs sur le bord de la plage, mais si on demeure ferme et sympathique à la fois, ils n'insistent pas trop. Nous sommes arrivés hier matin à 5h du mat pour profiter du lever du soleil, et dès notre descente du taxi, un type nous attend et nous demande si nous avons un hôtel réservé à Kovalam. La réponse est non, mais on déteste se faire imposer quoi que ce soit. Il nous propose de seulement venir voir son hôtel dans lequel il nous propose une chambre à 500 roupies. On le suit, à contrecoeur. Mais.... c'est vraiment excellent pour le prix demandé! Beau petit resort avec piscine, resto, et la chambre est vraiment très propre pour les standards d'ici. Ça nous revient environ à 5$ chacun pour la nuit. On apprend par après que le type (Wilson) possède plusieurs hôtels dans le coin et qu'il a très bonne réputation. On dirait qu'il faut parfois se lancer et ne pas toujours douter des propositions qui nous sont offertes.

On raconte ça à Étienne, un Français rencontré en dînant sur la plage, et sa femme en bave de jalousie. "Tu vois, je t'avais dit qu'on devait aller chez Wilson!'' Héhéhé. Parlant d'Étienne, ce fut une rencontre vraiment super et enrichissante. Il a 60 ans et vient en Inde chaque année depuis les années 70. Il nous en a beaucoup appris sur le pays (on sentait le vécu), sur le climat politique, les moeurs, etc. Notamment le fait que le Kerala est dirigé par des marxistes et que l'opposition est formée d'un parti encore plus à gauche qui accuse les marxistes de succomber au capitalisme. Tiens donc! C'est pour ça qu'il y a les portraits de Marx et Lénine un peu partout à Thiruvananthapuram! Étienne a insisté pour nous donner sa carte très détaillé de l'Inde qu'il venait tout juste d'acheter, malgré notre refus. Vraiment un chic type. Il nous a présenté à ses amis et tout le kit.

À part ça, il y a de l'électricité environ deux heures par jour, mais on s'y fait. On lave notre linge à la chandelle dans une chaudière (excellent résultat!) C'est tellement ensoleillé et innondé de palmiers (du jamais vu pour ma part) que le petit confort douillet devient vite une préoccupation futile. On pense rester ici encore un jour ou deux et ensuite on fonce vers Quilon, pour gagner Cochin par les backwaters, célèbre réseau de rivières et de canaux qui traverse tout le Kerala, là ou se confondent l'eau et le ciel. Ensuite, rendez-vous en pays tamoul, au Tamil Nadu. Mais ça peut changer.

Étant donné que moi et Jonathan disposons exactement du même budget, que nous mangeons et dormons aux mêmes places, on a décidé de mettre notre argent en commun. Pas mal moins chiant et compliqué. Le voyage s'arrêtera quand on n'aura plus d'argent, ou quand on sera écoeurés. Sur un budget de 14 000$, il nous reste 13 860 (et nous sommes dans une des zones les plus chères du pays). Ça devrait aller.

Je vous laisse avec une initiation à l'humour indien.

- Mettre des feux de circulation aux intersections
- Peinturer des traverses de piétons dans la rue
- Un robinet de douche sur lequel est indiqué ''eau chaude" (celle-là c'est la meilleure)
- Un chauffeur de rickshaw qui veut nous faire faire une ride de 3 km pour 120 roupies et qui nous dit ''very good price!'' Hahaha! Mais ils sont si sympathiques.

Les photos viendront quand j'en aurai assez pour que ça vaille la peine.

Bon, assez. Je vous donne des nouvelles quand nous serons ailleurs!

À bientôt!

P.S. J'ai ajouté un lien vers le blog de Jonathan, histoire de voir le tout sous une autre perspective!

Friday, January 4, 2008

5 janvier, 13h21

Salut à tous ! Je ne pensais pas passer si vite ici, mais puisque le collègue voulait absolument aller dire à ses proches qu'il était bien vivant, j'en profite pour vous dire que moi aussi.

L'arrivée fut plutôt mouvementée à Bombay. On a testé de plein fouet la rigueur de la bureaucratie indienne. On se faisait balancer d'un bureau à l'autre, passe les douanes, reviens vers l'arrière, repasse les douanes, employés qui s'engueulent entre eux, c'était de toute beauté! :) Ah oui notre vol pour Thiruvananthapuram a été reporte de cinq heures, mais maintenant nous y sommes. Nous n'avons à peu près pas dormi depuis le départ, et puisque nous voulons nous adapter le plus vite au décalage, on va essayer de se coucher à une heure normale indienne ce soir.

Sinon, c'est absolument trop genial, je sens qu'on ne va pas s'ennuyer. Chaque centimètre carré nous garroche la vie à la puissance 1000. On s'est trouvé un hôtel juste assez crade en plein centre-ville, mais pour vraiment pas cher et très bien situé. Mon cybercafé se situe tout juste en face d'un terrain de cricket et d'un temple hindou, les deux étant très actifs en ce moment, le tout noyé dans un concert ininterrompu de klaxons. Contrairement à mes attentes, ça sent bon en ville, très très bon même. Une espèce d'odeur d'épices et d'encens avec un je-ne-sais-quoi qui fusionne les gaz à echappements et le patchouli (sans joke).

Bon, cet après-midi on va aller magasiner des sandales (nos souliers sont vraiment trop chauds) et peut-être aller voir la game de cricket en face. On est en mode apprivoisement, mais le choc appréhendé ne fut visiblement pas au rendez-vous. Je suis quasiment déçu. On va rester à Thiruva encore deux jours, peut-être changer d'hôtel si on voit mieux point de vue qualité-prix (on est encore en rodage, peut-être qu'on s'est fait avoir qui sait) et après, on va aller sur la côte se prendre quelques jours de plage pour ensuite attaquer le pays par l'interieur. Ou peut-être pas. On verra. :)

Portez-vous bien, et on se reparle un moment donné. Ah oui, j'ajouterai des photos un de ces quatre, mais au vu de l'ordi disponible ici, ce sera pas gagné. Je pense qu'il accepte encore les grosses disquettes molles, donc pour les prises USB faudra voir. Fek c'est ca. A+! :)

Frank

Wednesday, January 2, 2008

Et c'est parti !

Alors ça y est! Après toute cette attente, nous y sommes enfin. Ou presque.

Nous foulerons le sol indien le 4 janvier au matin, après avoir préparé ce projet durant environ un an. Pour l'instant nous sommes deux, moi et Jonathan, mais il n'est pas impossible que d'autres viennent se greffer à notre périple en cours de route. La destination initiale choisie pour aborder ce gigantesque pays déroutant est l'État du Kerala, situé dans le sud-ouest du pays. Tout simplement parce qu'il est reconnu pour sa douceur de vivre, son climat tropical, et son ambiance (un peu) moins agitée que sur le reste du sous-continent. On s'est dit que ce serait la meilleure façon d'amoindrir le choc culturel autant que possible. Le Kerala est un des États les plus riches du pays (enfin je devais dire un des moins pauvres) et un des plus éduqués, avec un taux d'alphabétisation avoisinant les 90%, ce qui est un miracle pour un pays comme l'Inde. Une importante minorité chrétienne y habite, ce qui fait qu'il n'est pas rare d'y croiser des églises qui me rappelleront peut-être certains coins du Québec. Mais ça me surprendrait.

J'ignore à quelle fréquence j'alimenterai ce blog; je le ferai quand j'en aurai le temps et l'envie, mais je tenterai de faire en sorte de donner des nouvelles sur notre itinéraire et notre expérience de temps en temps. J'ai trop souvent vu, ou plutôt lu, des voyageurs complètement esclaves de leurs petits carnets de route, comme s'ils étaient davantage préoccupés par ce que les autres verraient de leur expérience que par leur expérience elle-même. Enfin bref, parlant d'itinéraire, tout ce que je peux vous dire est que pour l'instant celui-ci est complètement inexistant. Il se dessinera en cours de route, au gré des rencontres et des circonstances. Plusieurs variables entrent dans l'équation, notamment le fait que notre visa indien expire le 31 mai 2008, ce qui fait en sorte que nous devrons sortir de l'Inde au moins une fois avant cette date si nous désirons le renouveller. Y reviendrons-nous? Aucune idée. Peut-être que le fait de sortir du pays nous donnera envie de continuer ailleurs, ou tout simplement rentrer au pays, qui sait. Vous voyez donc un peu le scénario : aucun plan de match et c'est exactement ce que nous désirions, à part peut-être le fait qu’on va rester à Thiruvananthapuram (petit village d'un million d'habitants, capitale du Kerala) pour trois ou quatre jours. Après ça, on va peut-être remonter la côte ouest vers Goa, ou encore mettre plein cap vers Bangalore ou Chennai. Pour les curieux, je vous invite à consulter une carte de l'Inde, il y en a plein sur le net. :)

Je pense avoir apporté l'essentiel dans mon sac à dos : du OFF anti-moustique en quantité industrielle (ce serait peu cool de chopper une malaria), un "sac à viande", qui consiste en un drap replié et cousu sur lui-même; item essentiel quand on est un peu au fait de l'hygiène des hôtels plus ou moins bas de gamme, mon appareil photo, un peu de papier hygiénique (produit de luxe en Inde, et moi, utiliser ma main gauche pour ça, vous savez...), des bons souliers de marche, de la crème solaire, et des vêtements pour "toffer" trois ou quatre jours. Essentiel de savoir qu'en Inde, on peut s'habiller pour trois fois rien, ce qui constitue un paradis pour quelqu'un qui désire voyager léger. Nous logerons dans des hôtels plutôt rudimentaires (et en Inde rudimentaire veut dire rudimentaire), mais quand nous en aurons assez de la crasse ambiante, on se permettra certainement de fréquenter des établissements un peu plus luxueux. Tout comme pour ce qui est de la bouffe, ça risque de varier des petites bouffes de rue (mais qui font en sorte qu'on est sujets au Delhi-belly) à de grands restos, quand nous serons un peu en manque d'occident.

Alors voilà. On se reparle de l'autre côté de la grande flaque, et je vous souhaite à tous une merveilleuse année!

François